Le bilan humain ne cesse de s’alourdir sur les voies navigables congolaises. Selon des chiffres compilés par la presse, au moins 98 personnes ont perdu la vie cette année dans des accidents sur le fleuve et les lacs, un bilan probablement en deçà de la réalité. Le secteur administré par Jean-Pierre Bemba est particulièrement concerné.
Les drames survenus le 2 octobre 2026 à Lukolela, dans la province de l’Équateur, et le 4 octobre à Nganda Musolo, dans l’est de Kinshasa, illustrent une fois de plus la vulnérabilité d’un système de transport fluvial en crise. À chaque catastrophe, le même scénario se répète : compassion officielle, promesses d’enquêtes, annonces de contrôles renforcés, puis retour à l’ordinaire — jusqu’au naufrage suivant.
Pourtant, les causes de ces tragédies sont bien documentées : embarcations surchargées, insuffisance des équipements de sauvetage, navigation nocturne, bateaux inadaptés, informalité du secteur, infrastructures portuaires défaillantes et moyens de secours limités. Ces facteurs sont connus, identifiables, et donc évitables.
Le véritable enjeu n’est pas seulement la catastrophe elle-même, mais la persistance des conditions qui la rendent possible. Une réglementation, aussi stricte soit-elle, demeure inefficace si elle n’est pas appliquée. La sécurité fluviale exige des contrôles effectifs avant le départ, une limitation rigoureuse du nombre de passagers, la généralisation des équipements de sécurité, la professionnalisation des conducteurs, la modernisation des ports et le renforcement des capacités de recherche et de sauvetage.
Pour des millions de Congolais, les voies navigables ne sont pas un luxe : elles constituent un moyen essentiel de déplacement, de commerce et de subsistance. La sécurité fluviale devrait donc être érigée en priorité nationale, au même titre que la sécurité routière.
Les autorités promettent régulièrement de tirer les leçons des drames. La véritable leçon serait d’agir avant qu’ils ne surviennent. Gouverner, ce n’est pas seulement gérer les conséquences d’une catastrophe, c’est aussi anticiper les risques et prendre les décisions nécessaires pour les prévenir.
La RDC ne manque pas de fleuves. Elle ne doit pas manquer de volonté politique pour garantir à ses citoyens une navigation sûre. Si les mêmes risques persistent, le prochain naufrage ne sera pas une surprise : il sera la conséquence d’une absence d’anticipation. Et lorsqu’une catastrophe était prévisible, la question de la responsabilité ne peut plus être éludée.
