La tension politique monte en République démocratique du Congo. Réunie au sein de la Coalition Article 64 (C64), l’opposition a appelé à une journée « ville morte » le mercredi 3 juin pour protester contre une proposition de loi sur le référendum, examinée le 27 mai à l’Assemblée nationale.
« Rébellion contre la Constitution »
Selon la C64, le texte vise à contourner les dispositions verrouillées de la Constitution afin de permettre un éventuel troisième mandat présidentiel. Lors d’une déclaration publique, Martin Fayulu, président de l’ECiDé, a accusé Félix Tshisekedi de mener une « rébellion » contre la Constitution. Il a aussi dénoncé un « partage de la gestion du pays avec Paul Kagame » et évoqué un projet de « balkanisation » de la RDC.
Le député Christian Mwando estime pour sa part que la proposition de loi cherche à affaiblir les articles 219 et 220. L’article 219 interdit tout référendum en période de guerre ou d’état de siège. L’article 220 protège notamment la limitation du nombre de mandats présidentiels.
« Le texte utilise des mécanismes exceptionnels pour contourner ces verrous constitutionnels », a déclaré Christian Mwando, président du groupe parlementaire Ensemble pour la République et membre de la C64.
Kinshasa paralysée le temps d’une action
Par l’opération « ville morte », l’opposition entend paralyser les activités économiques et administratives dans plusieurs grandes villes. Cette mobilisation est aussi perçue comme un test politique majeur face au pouvoir. Une forte adhésion populaire serait interprétée comme un signal envoyé au régime de Félix Tshisekedi. Aucune journée « ville morte » d’ampleur nationale n’avait été organisée en RDC depuis plus de six ans.
Des barricades à Masina
La contestation prend déjà la rue à Kinshasa. Le jeudi 28 mai, un groupe de jeunes se réclamant de l’ECiDé a brièvement perturbé la circulation sur le boulevard Lumumba, dans la commune de Masina. Partis du quartier 3 vers le saut-de-mouton Pascal, où se situe une permanence de l’ECiDé, les manifestants ont érigé des barricades de fortune et incendié des pneus, provoquant un important ralentissement sur l’un des axes les plus fréquentés de la capitale.
Au rythme de slogans en lingala, les protestataires ont réaffirmé leur opposition à toute révision constitutionnelle, qu’ils considèrent comme une tentative d’ouvrir la voie à un troisième mandat. « Pas de troisième mandat, pas de changement de Constitution », lançaient-ils dans une ambiance tendue, dans ce fief réputé favorable à Martin Fayulu.
Le Parlement avance, l’opposition boycotte
Au Parlement, les tensions se sont aussi fait sentir. Mercredi, les députés du groupe Ensemble ont boycotté l’examen de la proposition de loi sur l’organisation du référendum, initiée par le député Paul Gaspard Ngondankoy. Le texte a néanmoins été validé, sous réserve d’amendements, par la commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale.
Un rapport de force le 3 juin
Pour de nombreux observateurs, la journée du 3 juin dépasse une simple protestation. C’est un rapport de force direct entre l’opposition et le pouvoir de Félix Tshisekedi. Portée par Martin Fayulu, candidat malheureux aux deux dernières présidentielles, la mobilisation pourrait marquer un tournant. Si l’appel est massivement suivi, l’opposition démontrera sa capacité de mobilisation et sa résistance face aux ambitions prêtées au pouvoir de modifier la Constitution pour permettre au chef de l’État de se maintenir au-delà de 2028.
À l’inverse, si Kinshasa et les grandes villes poursuivent leurs activités normalement, la faible mobilisation pourrait être lue comme un désaveu populaire et accentuer l’affaiblissement de l’opposition sur la scène politique nationale.
