Le dialogue national lancé le 27 août 2026 par Félix Tshisekedi exclut d’emblée deux poids lourds de la crise congolaise : l’AFC/M23 et Joseph Kabila. Une décision qui interroge la capacité de ces assises à résoudre les maux profonds de la RDC. Décryptage d’un processus aux lignes rouges strictes et aux réactions déjà vives.
Un format inédit, mais des limites claires
Pour ce dialogue, Félix Tshisekedi a choisi la rupture. Fini les tables rondes kinoises : le processus partira des provinces pour remonter vers la capitale, et devra boucler en trois mois. Objectif affiché : susciter un “sursaut national” autour de la défense de la République et de la consolidation de la paix.
Mais le cadre est verrouillé par trois lignes rouges majeures :
· Pas de place pour les armes : L’AFC/M23 est écartée comme composante politique – le Président refuse que “les conquêtes militaires soient converties en légitimité politique”.
· Pas de partage du pouvoir : Tshisekedi exclut toute transition ou cogestion, voulant maintenir les institutions issues des urnes.
· Pas de médiation étrangère : le dialogue se tiendra sur le sol congolais, sans facilitateur international.
Des exclusions qui interrogent la résolution du conflit
L’exclusion de l’AFC/M23 est la plus épineuse. Le mouvement contrôle des territoires à l’Est et reste l’acteur armé principal du conflit. L’écarter revient, selon plusieurs observateurs, à “dialoguer sans traiter le nœud du problème”. L’analyste Bob Kabamba évoque même un possible “mono-dialogue”, un exercice à sens unique où le pouvoir dicte ses conditions.
Quant à Joseph Kabila, bien que condamné à mort par contumace pour son soutien présumé aux rebelles, son exclusion, ainsi que celle de ses alliés politiques, est perçue comme une manœuvre visant à écarter une opposition jugée encombrante.
Une opposition unie contre un “dialogue verrouillé”
Le format a provoqué une levée de boucliers chez une grande partie de la classe politique, qui dénonce un “simulacre” :
· Martin Fayulu exige la présence de Kabila et du chef de l’AFC/M23, Corneille Nangaa.
· Delly Sesanga est catégorique : “Un dialogue exclusif ne serait pas un dialogue qui apporte des solutions.”
· Moïse Katumbi rejette le format, qu’il juge inspirer la méfiance.
Cette opposition quasi unanime prive d’emblée le dialogue d’une grande partie de sa légitimité politique.
Doha : une voie parallèle pour la paix ?
Face à ces exclusions, le Président maintient un dialogue parallèle avec l’AFC/M23 à Doha (Qatar). Ce processus a déjà permis des avancées concrètes : libération de prisonniers et mise en place d’un mécanisme de vérification du cessez-le-feu. Une stratégie à deux vitesses qui distingue la gestion du conflit armé de la refondation politique, mais qui crée un risque de déconnexion entre les deux.
En excluant les acteurs clés du conflit, Félix Tshisekedi parie que des consultations populaires et un “sursaut national” pourront contourner les blocages politiques. Un pari risqué : un dialogue perçu comme un instrument de consolidation du pouvoir risque d’échouer, comme par le passé, sans apporter de solution durable à la crise. Sa réussite dépendra de sa capacité à évoluer vers une plus grande inclusivité.
