En s’associant à huit autres membres du Conseil de sécurité pour défendre la Cour pénale internationale (CPI) face aux pressions américaines, la République démocratique du Congo envoie un message clair : son rapprochement stratégique avec Washington ne remet pas en cause son attachement au droit international. Une position d’équilibre qui illustre les nouvelles subtilités de la diplomatie congolaise. Alors que de certains observateurs locaux s’attendaient à une attitude de « suiviste » de la part du gouvernement congolais, Kinshasa a surpris en défendant la juridiction de La Haye.
La signature par la RDC de la déclaration commune de neuf membres du Conseil de sécurité en soutien à la Cour pénale internationale n’est pas un simple geste symbolique. Elle intervient à un moment où Kinshasa entretient un partenariat renforcé avec les États-Unis, notamment autour de la mise en œuvre de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, ainsi que des projets de coopération dans le secteur des minerais stratégiques. À première vue, cette prise de position pourrait apparaître comme un désaveu de Washington, engagé dans une offensive politique contre la CPI. En réalité, elle traduit davantage la volonté de Kinshasa de préserver une cohérence diplomatique qu’une volonté de confrontation avec son partenaire américain.
Une fidélité au Statut de Rome
La RDC est l’un des premiers États africains à avoir ratifié le Statut de Rome. Depuis plus de vingt ans, la CPI est directement impliquée dans les dossiers congolais. Les procès de Thomas Lubanga, Germain Katanga, Bosco Ntaganda ou encore les enquêtes ouvertes sur les crimes commis dans l’est du pays ont profondément inscrit la justice internationale dans l’histoire contemporaine congolaise.
Pour les autorités congolaises, défendre la Cour revient donc à défendre un instrument qui demeure, malgré ses limites et les critiques dont elle fait l’objet, un recours essentiel dans la lutte contre l’impunité des auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
À l’heure où la violence persiste dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, affaiblir la CPI irait à l’encontre des intérêts de Kinshasa, qui continue de réclamer des poursuites contre les responsables des exactions commises sur son territoire.
Un partenariat mais sans alignement automatique
Depuis plusieurs années, les relations entre Kinshasa et Washington connaissent un net réchauffement. Les États-Unis jouent un rôle majeur dans les efforts diplomatiques visant à stabiliser l’est de la RDC, notamment à travers leur soutien au processus de paix entre Kinshasa et Kigali.
Parallèlement, la coopération économique s’est intensifiée autour des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques — cobalt, cuivre, lithium, coltan ou encore germanium — indispensables à la transition énergétique mondiale.
Mais cette proximité ne signifie pas que la RDC s’aligne systématiquement sur toutes les positions américaines. En rejoignant la déclaration des neuf membres du Conseil de sécurité, Kinshasa rappelle qu’un partenariat stratégique n’implique pas une convergence absolue sur les questions de gouvernance mondiale. La diplomatie congolaise cherche ainsi à préserver une marge d’autonomie sur les sujets liés au droit international.
Une crédibilité internationale en jeu
Le choix de soutenir la CPI est également cohérent avec le rôle que la RDC entend jouer au Conseil de sécurité. Membre non permanent, Kinshasa cherche à apparaître comme un défenseur du multilatéralisme et du respect des institutions internationales. Une prise de distance vis-à-vis de la déclaration aurait pu fragiliser cette image, d’autant plus que la RDC sollicite régulièrement l’appui des Nations unies pour faire face à la crise sécuritaire dans l’est du pays.
Sur le plan diplomatique, défendre l’indépendance de la CPI renforce aussi la cohérence du discours congolais lorsqu’il appelle à davantage de responsabilité pour les groupes armés et leurs soutiens extérieurs.
