Le Parti pour un Congo Nouveau, (PCN), parti membre de l’Union Sacrée de la Nation, a rendu public depuis dimanche 20 juillet 2026 un cahier des charges de 10 points pour encadrer le dialogue national inclusif prôné par le Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Dans une déclaration politique signée par son Autorité Morale, Willy Bakonga Wilima, ancien ministre de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Technique, le PCN salue l’initiative présidentielle tout en posant des lignes rouges: respect de la souveraineté, retrait des troupes étrangères, justice pour les victimes et refus de tout partage du pouvoir.
Soutien de principe au dialogue de Tshisekedi
D’entrée de jeu, le PCN réaffirme son engagement aux côtés des institutions légitimes de la République. Le parti salue « l’ouverture politique et l’esprit de responsabilité dont fait preuve le Chef de l’État » à travers son adhésion au principe d’un dialogue national inclusif.
Pour Willy Bakonga, cette démarche « traduit son profond attachement à l’unité nationale, sa volonté constante de rechercher des solutions concertées aux défis auxquels fait face notre pays ».
Mais le PCN met en garde : un dialogue ne peut réussir que s’il est mené dans le « strict respect de la souveraineté nationale, de l’indépendance de la République et de l’intégrité territoriale du pays ». Citant l’article 5 de la Constitution, le parti rappelle que « la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple congolais » et qu’aucun accord issu du dialogue ne peut « légitimer une occupation étrangère ».
10 revendications du PCN : de la sécurité à la réforme constitutionnelle
Le cœur de la déclaration de Willy Bakonga repose sur 10 préalables présentés comme un « cahier des charges politique, patriotique et républicain ».
- Respect du mandat de Tshisekedi et des institutions.
Premier point : le PCN réaffirme son « attachement au respect du mandat constitutionnel » du Président de la République. Invoquant les articles 69 et suivants de la Constitution, le parti rappelle que le Chef de l’État est « le garant de la Nation, de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale ». C’est un message clair à l’opposition et aux participants au dialogue : la question du mandat n’est pas négociable. - Indemnisation des victimes.
Le PCN érige la justice transitionnelle en condition morale. Le parti exige la mise en place d’un « mécanisme national d’indemnisation et de réparation en faveur des victimes » des guerres, massacres, déplacements forcés et violences sexuelles. « La paix durable ne peut être construite sans justice ni réparation », martèle la déclaration, en se référant aux articles 16 et 61 de la Constitution. - Reclassement socioéconomique.
Au-delà de l’indemnisation, le PCN recommande une « politique nationale de reclassement socioéconomique des victimes des conflits armés, des déplacés internes ». Objectif : répondre aux impératifs de « justice sociale et de reconstruction nationale ». - Exclusion des groupes armés des élections.
Mesure la plus politique : « Nul ne peut se porter candidat aux futures élections, toute personne membre d’un groupe rebelle ou qui a fait recours aux armes ». Une condition d’éligibilité qui vise directement les mouvements armés actifs dans l’Est et qui pourrait exclure certains acteurs politiques du futur processus électoral. - Recensement général obligatoire.
Le PCN juge « indispensable » le recensement général de la population par l’ONIP avant toute élection. Pour le parti, il faut « établir une base de données fiable, identifier les citoyens congolais et sécuriser le corps électoral face aux infiltrations ». C’est présenté comme « un impératif de souveraineté nationale ». - Libération des provinces occupées.
Sur le plan sécuritaire, le PCN pose comme priorité « non négociable » la restauration de l’autorité de l’État sur « l’ensemble du territoire national ». Le dialogue doit « réaffirmer l’engagement de toutes les parties à œuvrer pour la libération totale des territoires occupés » en référence aux accords en cours de discussion avec les États-Unis. - Retrait des troupes rwandaises.
Point le plus ferme : « Le PCN exige le retrait immédiat et sans condition de toutes les forces étrangères présentes illégalement sur le territoire national ». Le parti cite les articles 2 et 3 de la Constitution sur l’intégrité territoriale. Cette exigence intervient alors que Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23. - Rejet du mixage et brassage dans l’armée.
Le PCN « s’oppose à toute politique de mixage ou de brassage susceptible d’affaiblir davantage les FARDC ». Le parti invoque la Loi organique de 2011 et plaide pour « une armée républicaine, professionnelle et disciplinée ». C’est un rejet implicite des anciens processus d’intégration des groupes armés dans l’armée. - Réflexion sur une réforme constitutionnelle.
Surprise dans le document : le PCN « estime qu’une réflexion nationale approfondie sur certaines dispositions institutionnelles de la Constitution pourrait contribuer à renforcer la stabilité des institutions ». Le parti ne détaille pas quelles dispositions, mais ouvre la porte à un débat constitutionnel avant les prochaines échéances électorales. - Refus du partage du pouvoir.
Enfin, le PCN « rejette toute tentative visant à transformer le dialogue national en cadre de partage du pouvoir ou de redistribution des postes politiques ». Pour Willy Bakonga, le dialogue _« doit demeurer un espace de recherche de solutions aux problèmes fondamentaux de la Nation et non un mécanisme destiné à satisfaire des ambitions individuelles ».
Dialogue sous haute tension
La publication de ce cahier des charges intervient dans un contexte où le Président Tshisekedi multiplie les consultations pour un dialogue national censé dégager un consensus sur la paix à l’Est et la gouvernance.
Le PCN, en se positionnant comme membre loyal de l’Union Sacrée, cherche à influencer l’agenda. En posant le retrait rwandais et l’exclusion des rebelles comme préalables, le parti durcit le ton face aux médiations régionales.
Sur la question électorale, le recensement et la condition d’éligibilité risquent de susciter des débats. L’ONIP n’a pas encore bouclé le processus et l’idée d’écarter des candidats ayant porté les armes divise déjà la classe politique.
La proposition d’une « réflexion sur la Constitution » est aussi à surveiller. Si le PCN ne parle pas de saut de mandat, l’évocation d’une réforme à quelques années des élections sera forcément lue comme un ballon d’essai.
En conclusion, Willy Bakonga estime que le dialogue est « une opportunité majeure pour renforcer l’unité nationale, consolider la paix ». Mais le succès dépendra, selon lui, du « respect absolu de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale, de la justice pour les victimes, du renforcement des institutions républicaines ».
Le PCN ferme donc la porte à toute discussion sur un gouvernement d’union nationale ou une cohabitation. Le message est clair : dialoguer oui, mais sur les problèmes du pays et non sur les postes.
Signée à Kinshasa, la déclaration marque la première grande sortie politique du PCN depuis le début des consultations sur le dialogue national.
