L’arrestation spectaculaire de l’influenceuse Denise Mukendi Dusauchoy en Tanzanie, le 30 août 2026, suivie de son extradition rapide vers Kinshasa, marque un tournant dans la stratégie judiciaire et sécuritaire du pouvoir congolais. Au-delà du cas individuel de cette figure devenue l’une des voix les plus critiques du régime, c’est tout un écosystème politique et administratif qui pourrait être fragilisé par les révélations contenues dans les téléphones de la prévenue.
Denise Dusauchoy n’a pas toujours été une opposante. Ancienne partisane de Félix Tshisekedi et candidate aux élections de 2023 sous la bannière de la majorité présidentielle, elle était alors une proche du régime. Son basculement dans l’opposition virulente, puis son ralliement à la rébellion de l’AFC-M23, remonte à un événement personnel douloureux : la fuite de ses vidéos intimes, qu’elle attribue à la famille présidentielle, survenue après sa libération conditionnelle en mars 2025.
Depuis, elle est devenue une “voix ouvertement hostile à Kinshasa”, multipliant les critiques contre ses anciens alliés qu’elle qualifie désormais de “bourreaux”, tout en glorifiant les nouveaux maîtres de Goma et Bukavu.
Une arrestation qui en annonce d’autres
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a été clair : l’arrestation de Denise Dusauchoy est “la première d’une longue liste”. “Où que vous vous trouviez dans le monde, la justice vous atteindra”, a-t-il averti. Selon certaines sources, pas moins de 22 autres personnes, visées pour des propos jugés insultants sur les réseaux sociaux, seraient dans le collimateur des autorités.
Les téléphones de Denise Dusauchoy contiendraient des informations sensibles impliquant non seulement des opposants, mais aussi des personnalités au sein même du régime.
Ces téléphones, qui ont pu être saisis ou consultés lors de ses différentes détentions, contiendraient des échanges, des contacts et des informations compromettantes peut-être pour des figures de l’administration actuelle et même au sein de l’opposition, selon le chroniqueur Israël Mutombo qui affirme que la dame détenait 5 téléphones qui seront exploités comme une mine d’or.
Quelles têtes pourraient tomber ?
Si les contenus des téléphones de Denise Dusauchoy devaient être exploités pleinement par la justice, plusieurs scénarios sont envisageables, notamment des personnalités de l’entourage présidentiel.
Des figures de l’opposition et de la rébellion : Ses liens avec l’AFC-M23, matérialisés par plusieurs séjours à Goma, pourraient révéler l’étendue de ses connexions avec les ennemis déclarés du régime.
En ouvrant cette boîte de Pandore judiciaire, le pouvoir congolais prend un risque calculé. D’un côté, il envoie un message de fermeté à tous ceux qui, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, critiquent le régime ou soutiennent la rébellion. De l’autre, il s’expose à ce que l’enquête, si elle est menée sérieusement, remonte jusqu’à ses propres rangs.
Le gouvernement a d’ailleurs pris soin de rappeler que l’arrestation “constitue un acte de procédure judiciaire et ne préjuge en rien de sa culpabilité”. Une formule de prudence qui pourrait aussi masquer une certaine appréhension quant à la suite des événements.
