Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a mis les pieds dans le plat. Vendredi 10 juillet, lors de la 94e réunion du Conseil des ministres, il a présenté les premiers chiffres d’un audit qui dérange : la base de données de la Police nationale congolaise regorge d’irrégularités. Sur 157 886 dossiers passés au crible, 63 817 ont été classés prioritaires. Un signal d’alarme pour un gouvernement qui veut reprendre la main sur sa police.
Derrière ces chiffres se cache un gouffre budgétaire. Selon les estimations livrées au Conseil, l’inaction coûterait à l’État entre 8,32 et 19,42 millions de dollars chaque mois. Soit jusqu’à 233 millions de dollars par an qui partiraient vers des agents inactifs, présumés fictifs ou en situation administrative bancale. Dans un contexte de ressources limitées, tolérer de telles fuites relève du choix politique. Le choix fait aujourd’hui est celui de la rupture.
Kinshasa ne veut plus gérer à l’aveugle. Le plan validé jeudi 9 juillet mise sur le contrôle physique et la délivrance de cartes biométriques. L’idée est simple : un policier, une identité, une paie. Le gouvernement a saisi le Conseil pour boucler le financement et étendre l’opération à tout le pays. C’est présenté comme un investissement de gouvernance. En réalité, c’est une reprise de souveraineté administrative.
Un dossier porté au plus haut niveau
La réunion d’évaluation a réuni du lourd : Shabani à l’Intérieur, Jean-Pierre Lihau à la Fonction publique, Adolphe Muzito au Budget, le haut commandement de la PNC et le partenaire technique Africa Business Agency. Tous ont validé les conclusions de la première phase. Ce consensus ministériel donne du poids politique à l’opération. Il dit aussi que l’exécutif mesure le risque : toucher à la masse salariale de la police, c’est toucher à des rentes solidement installées.
Ces dossiers prioritaires ne sont pas de simples lignes Excel. Ce sont des agents non actifs, des noms qui circulent sans corps, des situations troubles qui durent depuis des années. Le contrôle physique qui démarre vise à confronter le papier à la réalité. C’est long, c’est sensible, c’est coûteux. Mais sans cette étape, toute réforme restera cosmétique.
On ne peut exiger discipline et service public d’une institution dont l’État ignore la moitié des effectifs. Une police mal identifiée est une police vulnérable à la corruption, au clientélisme et à l’improvisation. Assainir le fichier, c’est donc d’abord redonner de la dignité à ceux qui portent réellement l’uniforme et qui, eux, manquent de tout sur le terrain.
Valider à Kinshasa est une chose. Déployer dans le Grand Kasaï, au Nord-Kivu, en Ituri ou à l’Équateur en est une autre. C’est là que les résistances se feront sentir. L’enjeu pour le gouvernement est de ne pas laisser l’opération s’enliser dans les capitales provinciales. L’extension nationale sera le vrai baromètre de la volonté politique.
Au-delà des 233 millions d’économies potentielles, l’enjeu est de crédibilité. Si l’État parvient à nettoyer son fichier policier, il enverra un message fort : l’argent du contribuable doit financer la sécurité, pas des fantômes administratifs. L’audit a fait tomber les masques. Place maintenant à l’action. Le pays attend de voir si la détermination affichée tiendra jusqu’au dernier commissariat.
Cedrick Katay Kalombo
