2 Août : Le diplomate Jean-Pierre Yodi appelle le monde à faire justice aux victimes congolais

Mutuma Kuamba
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À l’occasion de la journée nationale de commémoration du Génocide pour des crimes économiques (Genocost), célébrée le 2 août sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo, Me Jean-Pierre Yodi, Ministre-Conseiller à l’Ambassade de la RDC en Suisse, a lancé un appel solennel à la communauté internationale. Dans un message poignant transmis depuis Berne, le diplomate congolais exige que le “Plus jamais ça” devienne une réalité pour le peuple congolais.

Pour lui, le 2 août ne peut se résumer à une date symbolique. Il doit s’imposer comme une interpellation de conscience.

“Le 2 août n’est pas une date comme les autres. C’est une journée de mémoire, de recueillement et d’interpellation. Une journée où la République Démocratique du Congo se souvient de ses millions de victimes tombées sous les balles, les machettes, les bombes, la famine organisée et les déplacements forcés. Une journée où l’humanité tout entière devrait s’interroger sur l’une des plus grandes tragédies de notre époque”, déclare Me Jean-Pierre Yodi.
Le Ministre-Conseiller rappelle que le GENOCOST n’est pas un simple chapitre fermé de l’histoire.
“Le GENOCOST n’est pas seulement une page douloureuse de l’histoire congolaise. C’est une blessure encore ouverte.”

Il dresse un bilan tragique de plus de trois décennies : des femmes violées, des enfants massacrés, des villages rasés, des familles décimées et des millions de déplacés. “Derrière chaque chiffre se cache un visage, une histoire, une vie brutalement interrompue.”

“Les activités se poursuivent dans l’indifférence”

Le plus préoccupant, souligne le diplomate, c’est que les massacres ne relèvent pas uniquement du passé. L’Est du pays continue de saigner.
“Aujourd’hui encore, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, des populations innocentes continuent de mourir dans une indifférence qui scandalise la conscience humaine. Les atrocités se poursuivent, perpétrées avec une brutalité qui défie toute notion d’humanité. Chaque jour qui passe apporte son lot de victimes, de déplacés et d’orphelins.”

Face à cette situation, Me Yodi pose une question directe à la communauté internationale : “Combien de vies congolaises faudra-t-il encore sacrifier avant que le monde ne décide d’agir ?”

Dans son message, Jean-Pierre Yodi établit un lien direct entre les violences et la richesse du sous-sol congolais. Un paradoxe qui, selon lui, alimente les convoitises et les guerres.

“La République Démocratique du Congo possède l’un des sous-sols les plus riches de la planète. Ces ressources, qui auraient dû être une bénédiction pour son peuple, sont devenues, dans de nombreuses circonstances, un facteur alimentant les violences et les convoitises.”

Il dénonce avec force la hiérarchie de valeurs qui semble primer dans certains cercles.
“Il est profondément révoltant que, dans certains contextes, les intérêts économiques semblent parfois bénéficier d’une attention plus soutenue que le sort des populations civiles. Aucune ressource minière, aussi stratégique soit-elle, ne peut avoir plus de valeur qu’une vie humaine. Aucune considération économique ne saurait justifier le sang versé d’un enfant, d’une mère ou d’un vieillard.”

Vérité, justice et réparation: tritipique exigé

Pour le Ministre-Conseiller, le peuple congolais ne quête ni pitié ni discours de façade. Il réclame des actes concrets fondés sur trois piliers.

“Le peuple congolais ne réclame ni compassion passagère ni déclarations de circonstance. Il réclame ce que tout peuple est en droit d’attendre de la communauté des nations : la vérité, la justice et la réparation.”
Il développe la thèse de la justice pour briser le cycle de l’impunité. “Lorsqu’aucun responsable n’est appelé à répondre de ses actes, les bourreaux se sentent encouragés à poursuivre leurs exactions.”
La réparation, comme droit fondamental et reconnaissance de la souffrance.
Et la vérité, “essentielle. Aucun peuple ne peut bâtir un avenir solide sur le déni, l’oubli ou l’indifférence.”

Universaliser le plus jamais ça

Me Jean-Pierre Yodi rappelle que le monde s’est engagé après d’autres génocides. Cet engagement doit valoir pour la RDC.
“Le monde a proclamé « Plus jamais ça » après les grands génocides et crimes de masse qui ont marqué l’histoire contemporaine. Ce principe ne peut être universel s’il ne s’applique pas également au peuple congolais. Les vies congolaises ont la même valeur que toutes les autres vies humaines.”

En ce 2 août, il estime que la mémoire impose une responsabilité collective : “refuser l’indifférence, dénoncer l’impunité et défendre la dignité humaine partout où elle est menacée.”

Le diplomate refuse que le Genocost se limite à une commémoration annuelle. Il doit se traduire par des actions.

“Le GENOCOST ne doit pas être une simple cérémonie annuelle. Il doit devenir un engagement permanent pour que cessent les violences, que les auteurs des crimes répondent de leurs actes et que les victimes obtiennent enfin la justice et la réparation auxquelles elles ont droit.”
Il formule trois refus catégoriques : “Nous ne pouvons accepter que les générations futures héritent d’un pays où les massacres deviennent une fatalité. Nous ne pouvons accepter que la richesse du sous-sol continue d’être associée au sang de ceux qui vivent à sa surface. Nous ne pouvons accepter que le silence continue de protéger ceux qui commettent ou favorisent les atrocités.”

Pour conclure son message, Me Jean-Pierre Yodi lance un appel direct aux États, aux organisations régionales, aux institutions de justice et à tous les défenseurs de la paix.
“Au nom des millions de victimes, au nom des survivants, au nom des générations futures, nous lançons un appel solennel à la communauté internationale, aux organisations régionales, aux États, aux institutions de justice et à toutes les personnes éprises de paix : agissez pour que la justice triomphe, que les victimes soient réparées ET que la dignité humaine soit enfin restaurée.”

Il termine par une formule qui résume toute sa démarche : “Parce que la mémoire sans justice demeure une souffrance. Parce que la paix sans vérité reste une illusion. Parce que l’impunité prépare toujours les crimes de demain. Le peuple congolais mérite de vivre dans la paix, la sécurité et la dignité. Plus jamais ça en République Démocratique du Congo.”

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