Le communiqué du Rapporteur de l’Assemblée nationale invitant les députés nationaux à produire des photos et vidéos de leurs « réalisations » dans leurs circonscriptions électorales, notamment les écoles, ponts, routes, centres de santé ou autres ouvrages, soulève une question fondamentale sur la conception que nous avons aujourd’hui du mandat parlementaire en République démocratique du Congo.
Un député national n’est pas un gouverneur, un ministre, un maire ou un entrepreneur public.
La Constitution confie au Parlement une mission claire : légiférer et contrôler l’action du Gouvernement, les entreprises publiques ainsi que les services publics de l’État. C’est précisément cette fonction de représentation, de législation et de contrôle qui fonde l’existence même du Parlement dans une démocratie.
Dès lors, pourquoi demande-t-on aujourd’hui aux députés de venir présenter des photos des routes qu’ils auraient construites, des écoles qu’ils auraient bâties, des centres de santé qu’ils auraient réalisés ou des ouvrages qu’ils auraient financés ?
Depuis quand la construction d’une route ou d’une école est-elle devenue un critère d’évaluation du travail constitutionnel d’un député national ?
Il y a là, à mes yeux, une dangereuse confusion des rôles entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.
Le député doit pouvoir dire :
« Voici les lois que j’ai contribué à voter. Voici les actions du Gouvernement que j’ai contrôlées. Voici les détournements ou les dysfonctionnements que j’ai dénoncés. Voici les questions écrites et orales que j’ai adressées au Gouvernement. Voici les commissions d’enquête auxquelles j’ai participé. Voici les intérêts de ma population que j’ai défendus. »
Voilà le bilan parlementaire !
Mais demander à un député de présenter principalement des ouvrages qu’il aurait construits dans sa circonscription revient à installer progressivement dans l’opinion l’idée que le bon député serait celui qui construit des routes et des écoles, alors que ces responsabilités relèvent prioritairement de l’action publique et de l’exécutif.
Plus grave encore, cette logique risque d’encourager une pratique que nous devons combattre : le clientélisme politique et la transformation du mandat parlementaire en opération de visibilité personnelle.
Un Parlement fort n’est pas celui qui exhibe le plus de photos d’inaugurations.
Un Parlement fort est celui qui contrôle réellement ceux qui gouvernent.
Dans un pays où la population attend des réponses sur la guerre à l’Est, la pauvreté, la corruption, le chômage, l’insécurité, la mauvaise gestion des ressources publiques et la dégradation des services de base, le rôle d’un député n’est pas de rivaliser avec les ministres sur les chantiers.
Son rôle est de leur demander des comptes.
Je ne suis pas contre les œuvres sociales des députés. Tout élu peut, à titre personnel, contribuer à sa communauté. Mais il ne faut surtout pas présenter ces actions privées ou politiques comme le cœur du mandat constitutionnel du député national.
La RDC a besoin d’un Parlement qui légifère, qui contrôle et qui exige des comptes, et non d’un Parlement transformé en agence d’exécution des travaux publics.
La démocratie ne se mesure pas au nombre de photos de réalisations affichées par les députés. Elle se mesure à leur capacité à défendre le peuple, à contrôler le pouvoir et à empêcher la mauvaise gouvernance.
C’est cela, le véritable bilan d’un député national.
Et c’est précisément cette confusion des missions entre l’Exécutif et le Législatif qu’il faut avoir le courage de dénoncer.
Emery OKUNDJI NDJOVU
Secrétaire Général de FONUS
Cofondateur de la C64 et Député honoraire.
