Après ses menaces d’arrêter le gouverneur militaire de l’Ituri ou de prendre le contrôle de la ville de Kisangani, l’armée congolaise a finalement réagi à ces propos. Ce qui a poussé l’armée (UPDF) de répliquer en se désolidarisant des tweets de son chef, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Museveni.
« Nous leur avons dit qu’on ne mène pas les opérations, on ne collabore pas État par État dans des tweets. S’il s’avère vrai que le compte Twitter qu’on a utilisé sur les réseaux sociaux, est bien pour lui le chef d’état-major de l’armée ougandaise, nous avons montré notre indignation pour dire que nous ne sommes pas d’accord, nous ne sommes pas contents. Il ne peut pas menacer un gouverneur nommé par ordonnance, établi ici en Ituri. Ça, ce n’est pas son devoir, il n’a pas droit de faire cela. Et nous lui avons dit que s’il continue, nous aurons aussi des réponses farouches s’il s’avère vrai que c’est son compte. Et nous avons aussi parler dans cette réunion (Ndlr: réunion d’harmonisation) », a déclaré le chef d’état major adjoint des FARDC, le lieutenant-général Jacques Ychaligonza Nduru.
L’armée ougandaise, de son côté, s’est désolidarisée des agissements du fils Museveni.
« Le compte utilisé par [Muhoozi Kainerugaba] ne constitue pas un canal officiel de l’armée ougandaise et ne doit donc pas engager l’armée ougandaise », a déclaré Chris Omagezi, porte-parole de l’armée ougandaise. Ce dernier a réagi à la demande de l’armée congolaise qui a exigé des explications à l’armée ougandaise après une série de tweets de ce chef de l’UPDF (Uganda People’s Defense Forces).
Avant la chute de Goma et Bukavu, chefs-lieux des provinces du Nord et du Sud-Kivu, ses tweets n’étaient vraiment pas pris au sérieux en République démocratique du Congo. Mais depuis que cette menace d’attaquer Goma et d’y « tuer » tous « les mercenaires blancs » qui travaillaient avec l’armée congolaise s’est finalement concrétisée, les Congolais prennent désormais au sérieux tous les tweets du fils Museveni les concernant, notamment celui de la prise de Kisangani par l’armée ougandaise si le Mouvement du 23 mars (M23) ne le faisait pas de sitôt.
Dans ce tweet, le chef des armées ougandaises affirmait précisément ceci : « L’UPDF ne s’opposera pas à la prise de Kisangani par le M23. Mais il leur faudra agir vite, sinon nous le ferons nous-mêmes. » Il avait évoqué également des messages WhatsApp reçus de « compatriotes de Kisangani » et écrit : « Nous pourrions capturer la vidéo demain si Mzee [son père président] nous le permettait. »
Dans une série de messages publiés sur ce même compte Twitter, le général Muhoozi a qualifié le gouverneur militaire de l’Ituri de « très stupide », l’accusant de s’opposer depuis le début aux opérations de l’UPDF en République démocratique du Congo. « Nous allons l’arrêter très bientôt », a-t-il écrit en parlant du général congolais Johnny Luboya Nkashama.
Pourtant déployée en RDC depuis novembre 2021, l’UPDF collabore avec les FARDC dans le cadre de l’opération conjointe « Shujaa », lancée pour traquer les ADF (des rebelles ougandais actifs en RDC depuis 2014), responsables de massacres en RDC et d’attentats en Ouganda. L’armée ougandaise est présente dans les territoires de Djugu et Mahagi depuis la mi-février 2025. Ces derniers temps, leurs actions ont été élargies pour combattre les rebelles de CODECO qui, depuis 2017, tuent des civils en Ituri.
CN
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