La guerre de légitimité au sein de l’Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) vient de connaître un tournant judiciaire. Le weekend dernier à Kinshasa, les avocats conseils du sénateur Modeste Bahati Lukwebo ont annoncé que le Tribunal de Grande Instance de Gombe a reconnu leur client comme le “seul élu au Congrès habilité à engager l’AFDC”.
Dans une déclaration lue devant la presse, le collectif d’avocats a indiqué que cette décision met fin à la cacophonie observée ces derniers mois au sein du parti cher à l’actuel à l’ancien président du Sénat.
« Le TGI/Gombe a dit le droit. Monsieur Modeste Bahati Lukwebo est le seul représentant légal de l’AFDC élu au Congrès qui avait été organisé à Kinshasa. Toute autre personne qui parlera encore au nom de l’AFDC s’exposera à des poursuites judiciaires pour usurpation de titre et trouble à l’ordre public », ont prévenu les conseils de Bahati.
Ils ont promis de saisir la justice contre “tout individu ou groupe” qui continuerait à poser des actes au nom du parti sans mandat de Bahati.
Retour sur la dissention à l’AFDC
Cette décision judiciaire intervient après plusieurs mois de crise ouverte au sein de l’AFDC. Le parti, membre influent de l’Union Sacrée, a été secoué par des divergences entre deux tendances revendiquant chacune la direction.
D’un côté, le camp Bahati, qui s’appuie sur sa qualité de Président National et d’Autorité morale. De l’autre, un groupe de cadres, emmené par certains vice-présidents et secrétaires nationaux, qui l’avaient destitué lors d’un “congrès” parallèle tenu à Lubumbashi en début d’année. Ces derniers lui reprochaient une “gestion solitaire” et des “décisions unilatérales” dans la conduite du parti et au sein des institutions.
La scission s’est rapidement traduite sur le terrain politique. Deux délégations AFDC se sont présentées lors de certaines activités officielles. Deux lignes de communication contradictoires ont été diffusées. Au Parlement, la question s’est posée de savoir qui engageait réellement le parti au Congrès, notamment pour les décisions nécessitant la signature du représentant légal.
Saisi pour trancher, le Tribunal de Grande Instance de Gombe a finalement donné raison à Modeste Bahati Lukwebo. Selon ses avocats, le jugement confirme que seul le Président national, élu par le dernier congrès statutaire, a qualité pour représenter l’AFDC dans toutes les instances nationales, dont le Congrès.
Vers une réunification ?
Pour l’entourage de Bahati, ce jugement est “une victoire de la légalité sur l’aventure”. Il permet, selon eux, de recadrer le parti et de parler d’une seule voix au moment où l’Union Sacrée aborde des échéances importantes.
Les avocats ont toutefois appelé les frondeurs au calme. « La porte du dialogue reste ouverte, mais dans le respect des statuts et sous l’autorité du Président National », ont-ils ajouté.
Du côté des dissidents, aucune réaction officielle n’avait encore été enregistrée dimanche soir.
Créée en 2010, l’AFDC est l’un des regroupements politiques majeurs de la majorité. La clarification judiciaire devrait donc avoir un impact direct sur son positionnement et sa représentativité au sein du Parlement et du Gouvernement.
