La marche organisée ce mardi 22 septembre 2026 par l’UDPS, parti au pouvoir, doit interpeller profondément la conscience nationale et internationale.
Qu’une formation politique puisse organiser une manifestation pacifique, encadrée et autorisée, et aller jusqu’au bout de son itinéraire sans violences, sans répression ni entraves majeures, est en soi un fait qui devrait relever de la normalité démocratique.
Mais cette normalité ne peut avoir de sens que si elle s’applique à tous.
C’est précisément là que se situe notre préoccupation. Depuis plusieurs mois, nous constatons, en tant qu’opposition, un traitement que nous considérons comme profondément inégal dans l’exercice des libertés publiques. Lorsque l’opposition manifeste, elle fait face, selon les cas rapportés, à des interdictions, des tracasseries, des intimidations, des violences ,des arrestations voir même des tueries. La manifestation de la C64 du 15 septembre 2026, notamment, a donné lieu à des incidents et à des accusations de violences que nous avons fermement dénoncés.
La liberté de manifester ne peut pas être une liberté réservée à la majorité au pouvoir.
La démocratie ne consiste pas à permettre à ceux qui gouvernent de s’exprimer tout en réduisant au silence ceux qui les contestent. Elle repose sur l’égalité des citoyens et des formations politiques devant la loi, sur la liberté d’expression, la liberté de réunion et le droit de manifester pacifiquement.
Dès lors, la marche de l’UDPS du 22 septembre pose une question fondamentale : si une manifestation pacifique peut être organisée et encadrée lorsqu’elle est portée par le parti au pouvoir, pourquoi devrait-elle devenir dangereuse, interdite ou réprimée lorsqu’elle est organisée par l’opposition ?
Nous refusons cette logique de deux poids, deux mesures.
Nous refusons également que la République soit divisée entre ceux qui auraient le droit de manifester et ceux auxquels ce droit serait refusé. La RDC appartient à tous les Congolais, majorité comme opposition. Les institutions de la République doivent servir la Nation et non une famille politique.
Ce qui est permis au parti au pouvoir doit pouvoir l’être également à l’opposition, dans le strict respect de la loi. C’est cela, l’État de droit. C’est cela, la démocratie.
Nous appelons donc les institutions compétentes, la société civile, les médias, les organisations de défense des droits humains ainsi que la communauté internationale à rester particulièrement vigilants et justes face à toute restriction disproportionnée des libertés publiques.
Notre combat n’est pas dirigé contre une communauté, une province ou les militants d’un parti. Il porte sur un principe : aucun pouvoir, quelle que soit sa majorité, ne doit être au-dessus de la Constitution et des lois de la République.
La démocratie congolaise a été conquise au prix de nombreux sacrifices. Elle ne doit pas être progressivement vidée de sa substance par l’intimidation, l’exclusion ou la répression de l’opposition.
Nous voulons une République dans laquelle la majorité gouverne, mais où l’opposition peut librement s’exprimer, se réunir, manifester et préparer l’alternance.
2028 doit être l’occasion d’une alternance démocratique, pacifique et constitutionnelle.
Notre responsabilité collective est de défendre l’ordre constitutionnel, les libertés publiques et le principe de l’alternance. Nous ne devons pas reculer devant les dérives du pouvoir, mais leur opposer une résistance civique, pacifique, démocratique et constitutionnelle.
La République démocratique du Congo mérite mieux que la politique du « deux poids, deux mesures ».
La démocratie doit être la même pour tous. La liberté doit être la même pour tous. La République doit appartenir à tous.
Emery Okundji Ndjovu
Secrétaire général de FONUS
Cofondateur de la C64.
