Représentant le Président Félix-Antoine Tshisekedi, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a appelé jeudi 24bseptembreb à la tribune de l’ONU à restaurer la confiance dans le multilatéralisme par une application constante du droit international.
Devant les délégations des 193 États membres réunies pour la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, la Cheffe du Gouvernement congolais a livré un discours offensif, à plusieurs reprises interrompu par les acclamations de la salle, centré sur la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), la réforme de l’ONU et la souveraineté sur les ressources naturelles.
« La confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là où cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances », a déclaré Judith Suminwa Tuluka dès l’entame de son allocution.
Pour Kinshasa, la transformation des Nations Unies ne peut se faire sans un retour aux fondamentaux de la Charte : l’égalité souveraine des États, le règlement pacifique des différends, l’interdiction du recours à la force et le respect de l’intégrité territoriale. Un message clair à l’adresse des grandes puissances.
L’Est de la RDC au cœur du discours_
Une partie importante de l’intervention a été consacrée à la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. La Première ministre a décrit une crise humanitaire persistante : déplacements forcés massifs, violences sexuelles systématiques contre les femmes et les filles, recrutement d’enfants et occupation de territoires.
« Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations Unies », a-t-elle affirmé avec fermeté. Judith Suminwa a rappelé les engagements pris dans le cadre de l’Accord de paix de Washington, du processus de Doha et de la feuille de route de l’Union africaine. Mais pour elle, l’heure n’est plus aux nouveaux textes.
« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle martelé, en référence directe à la résolution 2773 du Conseil de sécurité qui exige le retrait des troupes rwandaises et la fin du soutien au M23.
La Cheffe du gouvernement a également balayé l’argument du prétexte des FDLR. Elle a indiqué que la question des Forces démocratiques de libération du Rwanda ne pouvait plus servir de justification au maintien d’une présence militaire étrangère sur le territoire congolais, rappelant les mesures concrètes engagées par Kinshasa en matière de désarmement, démobilisation et réinsertion.
Pour la RDC, le deux poids deux mesures dans le traitement des crises internationales sape la crédibilité même des Nations Unies. Le plaidoyer de Judith Suminwa a trouvé un écho auprès de plusieurs délégations africaines présentes.
Le monde de 1945 n’est plus : la RDC réclame deux sièges permanents pour l’Afrique
En dehors de la situation préoccupante de la RDC, la Première ministre a porté un plaidoyer plus large pour une réforme de la gouvernance mondiale. Selon elle, les institutions internationales ne reflètent plus les réalités contemporaines.
« Le monde de 1945 n’est plus », a-t-elle déclaré, citant la révolution numérique, la transition énergétique, le dérèglement climatique et l’intelligence artificielle parmi les transformations qui redessinent les équilibres mondiaux et qui exigent de nouvelles règles.
La RDC a réaffirmé son adhésion pleine et entière au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, la position commune africaine sur la réforme du Conseil de sécurité. Cette position prévoit notamment l’attribution de deux sièges permanents pour l’Afrique au Conseil de sécurité avec toutes les prérogatives qui s’y attachent, y compris le droit de veto, ainsi que deux sièges non permanents supplémentaires.
Pour Judith Suminwa, il est anachronique que le continent qui compte 1,4 milliard d’habitants et qui est le théâtre de plus de la moitié des dossiers du Conseil reste sans représentation permanente.
Des minerais critiques à l’industrialisation: la RDC ne veut plus être le sous-sol du monde
Autre axe majeur du discours, très attendu par les partenaires économiques : la place de la RDC dans la transition énergétique mondiale. Forte de ses réserves en cobalt, cuivre, lithium et coltan, la RDC a voulu changer de narratif.
« Nous ne voulons plus être seulement le sous-sol de l’économie mondiale ; nous entendons en devenir un atelier, un laboratoire et un partenaire souverain », a-t-elle affirmé sous les applaudissements.
La Première ministre a annoncé la proposition congolaise d’un cadre mondial pour des chaînes de valeur des minerais critiques “justes, traçables et résilientes”, sous l’égide des Nations Unies et en partenariat avec l’Union africaine. L’idée est de sortir du modèle extractif pour imposer une transformation locale accrue et une répartition plus équitable de la valeur.
Ce cadre devrait permettre de lutter contre l’exploitation illégale dans l’Est, de garantir la traçabilité et d’assurer que la transition énergétique ne se fasse pas au détriment des pays producteurs.
Santé, climat et développement
La Cheffe du gouvernement a également présenté les autres priorités nationales. Sur le plan sanitaire, elle a évoqué la lutte en cours contre la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans l’Est, appelant à la solidarité internationale.
Sur le climat, elle a rappelé le rôle de la RDC comme pays solution, avec le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète après l’Amazonie, et la nécessité d’un financement climatique juste et non basé sur l’endettement.
Enfin, sur le financement du développement, Judith Suminwa a été chiffrée : les besoins de la RDC pour accélérer les Objectifs de développement durable dépassent 70 milliards de dollars à l’horizon 2030. Un appel à la réforme de l’architecture financière internationale.
Dans sa conclusion, l’envoyée du Président Tshisekedi a résumé le message de Kinshasa en deux formules fortes, qui résument l’esprit de son intervention.
« Restaurer la confiance, c’est appliquer le droit lorsqu’il coûte, et pas seulement lorsqu’il convient. Accompagner les transformations, c’est en partager équitablement les bénéfices », a-t-elle dit. La Première ministre a assuré que la RDC entendait “prendre toute sa part” à la transformation des Nations Unies, tout en poursuivant ses propres efforts de consolidation de la paix, de renforcement institutionnel et de valorisation de ses ressources naturelles et humaines.
