La deuxième édition de la Journée nationale Justice et Paix s’est tenue le mercredi 16 septembre 2026 à Kinshasa, autour d’un thème centré sur la construction d’une paix inclusive en République démocratique du Congo.
Organisée par la Commission épiscopale Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), la rencontre a notamment été consacrée aux enjeux et aux perspectives d’un dialogue national inclusif. Dans la salle Saint-Sylvestre du Centre interdiocésain, siège de la CENCO, trois personnalités aux trajectoires opposées ont accepté de confronter leurs visions : Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ; Martin Fayulu, opposant historique à Félix Tshisekedi ; et Marie-Ange Mushobekwa, figure du camp de Joseph Kabila.
Cette rencontre intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Le 15 septembre 2026, une marche de la Coalition Article 64 (C64) contre un éventuel troisième mandat de Félix Tshisekedi a dégénéré en affrontements à Limete.
Au Centre interdiocésain, dans la salle Saint-Sylvestre, trois visages de la crise congolaise se font face sous l’arbitrage de l’Église.
Ce panel réunit, pour la première fois depuis longtemps, les trois camps qui refusaient de se parler sans conditions. Pour Muyaya, le dialogue doit rester une initiative du chef de l’État et être convoqué par les institutions élues. Pas question de mettre sur le même pied institutions et groupes armés. L’UDPS l’a déjà dit : l’Église n’a pas vocation à se substituer aux institutions.
Pour le camp Kabila, représenté par Mushobekwa, pas de paix sans inclusion de tous les acteurs, y compris l’AFC/M23. Le FCC exige des mesures de décrispation préalables : libération des prisonniers politiques, arrêt des poursuites contre les opposants et les journalistes, et tenue des assises dans un pays tiers pour garantir la sécurité des exilés, dont Joseph Kabila lui-même.
Pour le camp de la C64, avec Fayulu, le seul dialogue crédible est celui placé sous la médiation morale et neutre de la CENCO-ECC et de son Pacte social pour la paix. Pas question d’un dialogue de convenance entre alliés.
La CENCO-ECC peut-elle réussir à les rapprocher ?
Les Églises ont des atouts, mais aussi des handicaps majeurs. Le précédent de 2016 joue en leur faveur : elles sont les seules à avoir fait aboutir l’accord de la Saint-Sylvestre. Leur légitimité morale reste intacte auprès de la population.
La méfiance du pouvoir constitue l’un de ces handicaps. Une partie de la majorité les accuse d’être financées de l’extérieur et d’être trop proches de la rébellion. Le ministre Didier Budimbu l’a dit ouvertement : elles sont « difficilement les mieux placées pour convoquer un dialogue ».
Tshisekedi veut un dialogue sur la cohésion nationale face à l’agression rwandaise ; Kabila veut un dialogue sur la gouvernance et les causes profondes de la crise ; la C64 veut un dialogue sur la défense de la Constitution et le verrouillage de l’alternance.
L’AFC/M23 n’est pas à la table de la CENCO. Sans ces acteurs, tout accord politique conclu à Kinshasa restera théorique à l’Est.
Oui, la CENCO et l’ECC ont réussi leur premier pari : remettre autour d’une même table des acteurs qui ne se parlaient plus. C’est déjà un exploit après deux ans de rupture totale.
Mais non, elles ne sont pas encore parvenues à rapprocher les camps. Ce panel ne constitue qu’une journée de réflexion. Le vrai dialogue — celui qui devra répondre à quatre questions (qui participe ? quel ordre du jour ? qui médie ? et où ?) — n’a pas encore commencé.
Si la CENCO-ECC parvient à transformer ce panel en feuille de route acceptée par les trois camps, elle aura réussi là où Luanda, Nairobi, Washington et Doha n’ont pas pu. Si elle échoue, le fossé entre Kinshasa, la C64 et le FCC ne fera que s’élargir, et le Pacte social pour la paix restera un beau document d’Église.
