RDC : Le dialogue Cenco-ECC, dernier rempart de Tshisekedi

Congo Nouveau
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‎La demarche du dialogue initié par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC) apparaît aujourd’hui comme le dernier rempart politique de Félix Tshisekedi. Le chef de l’État ne rejette ni l’initiative des confessions religieuses, ni leur schéma de dialogue. Mais il joue le temps, dans une stratégie qui rappelle les précédents de la jurisprudence Kabila.

‎Félix Tshisekedi semble attendre le moment opportun, au tournant du glissement électoral. En observateur attentif, il sait que l’histoire récente lui offre un précédent : l’interprétation controversée de l’article 70 de la Constitution, qui avait permis à Joseph Kabila de prolonger son mandat au-delà des délais légaux. Ce précédent, dénoncé à l’époque, a ouvert une brèche institutionnelle dont les conséquences se font sentir aujourd’hui.

‎La jurisprudence Kabila comme héritage encombrant

‎Lorsqu’on dénonçait la lecture biaisée de l’article 70, on savait qu’il s’agissait d’un précédent dangereux. Aujourd’hui, la RDC en paie le prix. Le glissement électoral, autrefois perçu comme une anomalie, est devenu une option politique envisageable. Tshisekedi, en stratège, semble prêt à s’y engouffrer, en s’appuyant sur le dialogue Cenco-ECC pour légitimer une prolongation de son pouvoir.

‎La Cenco et l’ECC, fortes de leur crédibilité morale, se présentent comme médiatrices. Leur initiative vise à éviter une crise institutionnelle majeure. Mais ce rôle de médiation peut aussi servir de caution à une stratégie politique qui retarde l’échéance électorale. En se plaçant au centre du jeu, les confessions religieuses deviennent un acteur incontournable, mais aussi un instrument possible de légitimation du statu quo.

‎Un horizon électoral incertain

‎À l’heure où les débats sur la tenue des élections s’intensifient, une affirmation s’impose : il n’y aura pas d’élection en 2028. Cette perspective, brutale mais réaliste, découle de la logique du glissement. Le pays se retrouve face à une répétition de son histoire récente, où les échéances électorales deviennent des variables d’ajustement politique plutôt que des rendez-vous démocratiques.

‎La classe politique congolaise doit assumer le précédent qu’elle a laissé s’installer. En tolérant le glissement sous Kabila, elle a ouvert la voie à une pratique qui menace la régularité démocratique. Tshisekedi, en héritier pragmatique, exploite cette faille. Le dialogue Cenco-ECC, loin d’être une simple initiative citoyenne, devient le cadre dans lequel se joue l’avenir institutionnel du pays.

‎En définitive, le dialogue Cenco-ECC est présenté comme une solution de sortie de crise. Mais il pourrait bien être le dernier rempart derrière lequel Tshisekedi prépare son glissement. La RDC se retrouve face à une équation délicate : préserver la stabilité au prix d’un report électoral, ou risquer la confrontation politique en maintenant le calendrier.  

‎Dans tous les cas, l’histoire retiendra que le précédent de l’article 70 a ouvert une brèche. Et que, faute d’avoir su la refermer, le pays s’avance vers un horizon où les élections deviennent incertaines, et où le dialogue religieux se transforme en instrument politique.

‎Roger AMANI, Journaliste-Editorialiste

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