Marche du 15 septembre 2026 : la vitalité démocratique à l’épreuve de la stratégie politique

Simons
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La journée du 15 septembre 2026 restera comme un moment important de la vie politique et démocratique de la République démocratique du Congo. À l’appel de la Coalition Article 64 (C64), plusieurs grandes figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, se sont mobilisées autour d’une marche présentée comme pacifique, principalement destinée à dénoncer tout projet de changement de la Constitution et toute perspective pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel.
Il convient toutefois de revenir sur l’évolution de la revendication initiale. À l’origine, la C64 plaçait au premier plan la revendication d’un dialogue politique véritablement inclusif. Or, après l’annonce par le Chef de l’État d’un processus de dialogue et de consultations que la coalition a jugé insuffisamment inclusif, le centre de gravité de son combat s’est progressivement déplacé vers la défense de la Constitution, le rejet de toute modification de celle-ci et l’opposition à un éventuel troisième mandat. La C64 a d’ailleurs explicitement rejeté les consultations proposées par le Président, estimant qu’elles ne répondaient pas à l’exigence d’un dialogue national inclusif.
Cette évolution appelle une interrogation politique légitime : s’agit-il d’une adaptation stratégique à une nouvelle conjoncture ou révèle-t-elle une absence de ligne de revendication suffisamment clairement définie dès le départ ? Le passage d’une revendication centrée sur le dialogue inclusif à une mobilisation principalement articulée autour de la Constitution et du troisième mandat peut donner l’impression d’une démarche quelque peu évasive, surtout si la coalition ne présente pas, parallèlement, un cahier des charges précis permettant d’identifier clairement ses objectifs, ses propositions et l’issue politique recherchée.
Cela ne retire toutefois rien à la portée démocratique de la mobilisation. Une manifestation pacifique constitue un moyen légitime d’expression politique. La journée du 15 septembre montre que la question constitutionnelle demeure au cœur du débat public et que l’opposition dispose encore d’une capacité de mobilisation. La mobilisation a cependant été géographiquement inégale : particulièrement visible à Kinshasa, elle a été empêchée ou dispersée dans plusieurs autres villes.
Il convient également de saluer les efforts d’encadrement et de maintien de l’ordre lorsque ceux-ci permettent l’expression pacifique des citoyens. Toutefois, les informations disponibles font état, notamment à Kinshasa, de l’usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation, tandis que plusieurs rassemblements ont été dispersés dans certaines provinces. Ces circonstances devront être établies avec précision et, le cas échéant, faire l’objet des vérifications nécessaires.
L’enjeu principal : aller au-delà de la rue
Au-delà de la mobilisation du 15 septembre, une question fondamentale se pose désormais à l’opposition congolaise : quelle stratégie politique après la rue ?
La manifestation peut constituer un instrument de pression et d’expression démocratique, mais elle ne saurait, à elle seule, constituer une stratégie politique durable. L’opposition doit donc être en mesure de présenter un cahier des charges clair, des revendications cohérentes, des propositions institutionnelles précises et, surtout, une véritable vision politique susceptible de dépasser le cercle de ses militants.
C’est précisément sur ce terrain que la question de la cohérence stratégique devient essentielle. Si la revendication initiale était celle d’un dialogue inclusif, il appartient désormais à la C64 de préciser ce qu’elle attend concrètement de ce dialogue, quelles réformes elle propose, quelles garanties institutionnelles elle réclame et quelle alternative politique elle entend construire.
Le régime en place connaît, pour sa part, depuis longtemps les mécanismes de mobilisation et de contestation de rue. Il appartient donc à l’opposition de ne pas limiter son action à la confrontation dans la rue, mais de développer également des stratégies institutionnelles, juridiques, politiques et citoyennes plus élaborées.
Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir comment descendre dans la rue, mais comment transformer une mobilisation en véritable dynamique politique et institutionnelle.
En définitive, la journée du 15 septembre témoigne d’une vie politique congolaise active et d’une volonté persistante de contestation au sein de l’opposition. Mais cette mobilisation ne prendra toute sa portée politique que si elle débouche sur une ligne de revendication cohérente, un cahier des charges précis et un projet politique clairement assumé.
La démocratie congolaise gagnerait ainsi à ce que le pouvoir garantisse l’espace nécessaire à une contestation pacifique et que l’opposition, de son côté, transforme la contestation en propositions, en stratégie et en alternative politique structurée.


Me Jean Claude OKONYI MUKUMARY

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