Médiation neutre, implication de la CENCO et de l’ECC, accompagnement de l’Union africaine et de l’ONU : au nom de sa famille politique, Marie-Ange Mushobekwa a précisé les conditions auxquelles le FCC entend participer aux discussions annoncées par Félix Tshisekedi.
Le débat sur le format du futur dialogue national se précise en République démocratique du Congo. Alors que le président Félix Tshisekedi a engagé des démarches en faveur d’un processus de concertation nationale, le Front commun pour le Congo (FCC), famille politique de l’ancien président Joseph Kabila, met en avant plusieurs préalables à sa participation.
La position a été exposée mercredi 16 septembre 2026 par Marie-Ange Mushobekwa, ancienne ministre des Droits humains et cadre du FCC, lors de la deuxième édition de la Journée nationale Justice et Paix, organisée au Centre interdiocésain de Kinshasa par la Commission Justice et Paix de la CENCO. La rencontre a réuni plusieurs sensibilités politiques et sociales autour des conditions d’un dialogue national inclusif.
Le FCC réclame une médiation neutre
Pour Marie-Ange Mushobekwa, le principal préalable concerne le mécanisme devant encadrer les discussions. Le FCC ne souhaite pas que le dialogue soit placé sous l’autorité directe des institutions actuellement en place.
La formation politique propose plutôt une médiation qu’elle qualifie de neutre, avec la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC), accompagnées par l’Union africaine et les Nations unies.
« Nous avons parlé de notre souhait d’avoir une médiation neutre conduite par la CENCO et l’ECC, avec l’accompagnement de l’Union africaine et de l’ONU pour ce dialogue », a déclaré Marie-Ange Mushobekwa.
Elle a également souhaité que les assises puissent se tenir dans un pays tiers, notamment pour garantir, selon elle, la sécurité des différents participants.
Cette proposition constitue l’un des principaux points de divergence autour du processus. Le pouvoir défend, de son côté, un dialogue national présenté comme un cadre destiné à favoriser la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a rappelé lors de la même journée la vision du chef de l’État et les objectifs assignés à cette démarche.
La décrispation politique comme préalable
Au-delà de la médiation, le FCC insiste également sur la décrispation du climat politique.
Marie-Ange Mushobekwa estime que la recherche de la paix et de la réconciliation doit être accompagnée de mesures concrètes destinées à restaurer la confiance entre les acteurs politiques. Elle a notamment évoqué la situation des opposants détenus, estimant que les autorités devraient respecter leurs engagements en matière d’apaisement politique.
Cette revendication s’inscrit dans une position déjà exprimée par la représentante du FCC au début du mois de septembre. Elle avait alors plaidé pour la libération de personnes qu’elle considère comme des prisonniers politiques et d’opinion, ainsi que pour l’arrêt de certaines poursuites visant, selon elle, des opposants, journalistes et défenseurs des droits humains.
La justice au cœur des critiques
Lors de son intervention au Centre interdiocésain, l’ancienne ministre des Droits humains a également critiqué le fonctionnement de la justice à l’égard des acteurs politiques opposés au pouvoir.
« Comment se réconcilier lorsque vous, du pouvoir, vous instrumentalisez la justice contre les opposants ? Et lorsque les gens du pouvoir commettent des infractions indiscutables, on ne les sanctionne pas ? », a-t-elle déclaré.
Ces propos traduisent l’une des préoccupations avancées par le FCC : la nécessité, selon cette famille politique, de rétablir un climat de confiance avant l’ouverture de véritables négociations.
Un débat qui dépasse la seule médiation
La question du format du dialogue ne se limite toutefois pas au choix du médiateur. D’autres acteurs de l’opposition défendent également une conception plus large du processus.
Lors de la même Journée nationale Justice et Paix, Martin Fayulu, président de l’ECiDé et figure de la coalition C64, a plaidé pour un dialogue réunissant toutes les parties prenantes à la crise congolaise, y compris les acteurs armés engagés dans le conflit.
La CENCO, qui a organisé la rencontre, insiste pour sa part sur le caractère inclusif du processus. Son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, a rappelé que l’inclusivité constituait, selon lui, une condition importante de la légitimité, de la crédibilité et de l’efficacité d’un dialogue.
Dans le camp institutionnel, le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a appelé à inscrire le dialogue dans le respect de la souveraineté et des institutions de la République, estimant que cette initiative devait être conduite par les Congolais.
Le débat est donc désormais engagé autour de plusieurs questions : qui doit conduire le processus, où doit-il se tenir, quelles forces politiques et sociales doivent y prendre part et quelles garanties doivent accompagner les discussions ?
Pour le FCC, la réponse passe par une médiation indépendante des institutions actuelles, associant la CENCO et l’ECC avec l’accompagnement de partenaires internationaux. Une position qui devra être confrontée aux autres propositions alors que se poursuit la préparation du dialogue annoncé par le chef de l’État.
