Le ministre provincial des Finances, de l’Economie et du Numérique, Magloire Kabemba, a apporté vendredi des éclaircissements sur plusieurs dossiers controversés liés à la réforme de la Direction générale des recettes de Kinshasa (DGRK), qualifiant les informations relayées dans la presse de contre-vérités.
Dans une mise au point transmise au Congo Nouveau, le ministre est revenu sur les arriérés de salaires des agents de l’ex-DGRK, la légalité du Compte unique du Trésor, la clôture des comptes bancaires de l’ancienne régie, la question des recettes publiques, l’affaire Midema et sa concession immobilière située à Batetela, dans la commune de la Gombe.
S’agissant des arriérés de salaires, Magloire Kabemba a rappelé que l’ancienne DGRK jouit de l’autonomie administrative et financière et que les rémunérations de son personnel sont payées sur ses fonds propres, issus du nivellement automatique des recettes collectées. Le directeur général est chargé d’actionner le compte bancaire dédié à ces paiements.
Concernant les cinq mois d’arriérés évoqués dans la presse, le ministre a précisé que trois mois correspondent à la période antérieure à la réforme de la régie, tandis que les deux autres relèvent de la période de prise de fonctions de la nouvelle équipe. Selon lui, cette dernière ne disposerait pas encore de ressources suffisantes pour apurer l’ensemble des arriérés, compte tenu de sa récente installation et de la mise en œuvre des réformes en cours.
Le ministre provincial ayant les Finances dans ses attributions est chargé d’ouvrir les comptes des régies et de conférer le pouvoir de signature à leurs mandataires, conformément à leur autonomie de gestion. Ainsi, a-t-il souligné, son nom ne figure pas parmi les signataires des comptes bancaires concernés, cette responsabilité incombant aux mandataires désignés.
Magloire Kabemba affirme néanmoins s’être impliqué dans la recherche d’une solution, notamment par la négociation d’un crédit bancaire destiné au paiement des agents. Selon lui, les discussions avec la banque évoluent favorablement et les fonds devraient être disponibles dans les prochaines heures. Il assure poursuivre les démarches nécessaires afin d’obtenir le déblocage des fonds dans les meilleurs délais.
Abordant la question du Compte unique du Trésor (CUT), le ministre provincial a affirmé que sa création repose sur une base légale solide. Il cite notamment l’article 209 de la Loi relative aux finances publiques (LOFIP), qui prévoit que, sauf disposition expresse d’un édit budgétaire ou d’une décision budgétaire, les administrations et services publics relevant d’une province ou d’une entité territoriale décentralisée doivent déposer l’ensemble de leurs disponibilités sur un compte unique ouvert au nom de la province auprès du caissier de l’Etat.
Il a rappelé également que la LOFIP comporte des dispositions relatives aux finances du pouvoir central, notamment son article 110, tandis que l’article 209 concerne les provinces et les entités territoriales décentralisées.
S’appuyant sur cette disposition, l’Assemblée provinciale de Kinshasa a précisé, dans l’édit budgétaire de l’exercice 2026, en son article 16, qu’en vertu des dispositions de l’article 209 de la LOFIP, telles que modifiées et complétées à ce jour, et en attendant que le mécanisme de caissier de l’Etat assuré par la Banque Centrale du Congo soit réglementé et mis en œuvre, le Gouvernement provincial est autorisé à déposer toutes ses disponibilités dans un compte unique auprès d’une institution bancaire commerciale de la place offrant des garanties de confiance et de sécurité pour les fonds publics.
Pour le ministre, ces deux dispositions précitées constituent le fondement juridique du dispositif mis en place par le gouvernement provincial. Il estime dès lors que la légalité du Compte unique du Trésor ne saurait être contestée.
Concernant la clôture des comptes bancaires de l’ancienne DGRK, Magloire Kabemba a indiqué que des instructions ont été adressées aux banques concernées afin qu’elles procèdent à leur clôture et transfèrent les soldes disponibles vers Sofibank, désignée comme banque gardienne des fonds publics.
Selon les modalités retenues, les sommes transférées doivent être réparties entre les deux nouvelles régies, à raison de 60% pour la Direction générale des impôts provinciaux de Kinshasa (DGIPK) et de 40% pour la Direction générale des droits, taxes et redevances de Kinshasa (DGTK).
Toutefois, certaines banques n’ont pas encore procédé au transfert des soldes en raison des dettes contractées par l’ancienne DGRK et demeurées impayées. Elles attendent qu’un accord soit trouvé avec la nouvelle direction avant de transférer les éventuels soldes restants.
Un autre point de blocage concernait les frais de transfert interbancaire en francs congolais. A l’issue de plusieurs échanges, un compromis a été trouvé: le Trésor urbain prendra en charge ces frais afin de permettre la finalisation des opérations, a-t-il précisé.
Au sujet des 14 comptes bancaires de l’ancienne DGRK, le ministre a affirmé ne figurer parmi les signataires d’aucun d’entre eux. Il soutient par conséquent ne disposer d’aucune habilitation lui permettant d’effectuer des retraits sur ces comptes ou d’en assurer personnellement le fonctionnement.
Il a rappelé ainsi que la gestion de ces comptes relève des mandataires habilités, conformément aux règles de fonctionnement de la régie.
S’agissant des quatre milliards de francs congolais évoqués dans le débat public, Magloire Kabemba a insisté sur la nécessité de distinguer les souscriptions des recettes effectivement encaissées.
Selon ses explications, les souscriptions annoncées atteignent quatre milliards de francs congolais, mais les données communiquées par les services de recouvrement ne font pas encore état d’encaissements à cette hauteur. Les souscriptions correspondent à des montants annoncés ou attendus, tandis que les recettes réalisées représentent les fonds effectivement recouvrés.
Le ministre a souligné également que les recettes effectivement encaissées doivent faire l’objet d’un nivellement. La régie concernée ne peut donc disposer que des fonds qui lui reviennent, conformément à la clé de répartition applicable.
Concernant le dossier relatif aux trois milliards de francs congolais évoqués dans l’affaire Midema, il convient de préciser, selon les explications fournies, que ce contentieux a donné lieu à une décision ayant conduit à des dégrèvements partiels par la DGRK avant sa réforme.
Les fonds versés sur le compte de l’ancienne régie au titre des pénalités et des frais de poursuite ont été gérés par la DGRK avant sa réforme, a-t-il indiqué.
Magloire Kabemba affirme n’avoir aucun lien, direct ou indirect, avec ce dossier. Il invoque notamment le fait qu’il ne dispose d’aucune signature sur les comptes bancaires de l’ancienne DGRK et ne peut donc pas les actionner.
Le dernier dossier concerne la concession immobilière située à Batetela, dans la commune de la Gombe, appartenant au ministre.
Le ministre explique avoir acquis cette propriété en 1998, à une époque où de nombreux propriétaires vendaient leurs biens à la suite de l’arrivée de l’AFDL. Après avoir aménagé et construit sur ce terrain, il affirme avoir constaté que l’évolution du marché immobilier réduisait progressivement la rentabilité de son investissement.
Il indique avoir ensuite conclu un partenariat privé avec un groupe d’investisseurs chinois en vue de démolir l’ancien immeuble et d’y construire un ensemble immobilier moderne.
Cette opération, a-t-il souligné, est une pratique courante dans le secteur immobilier, reposant sur un partenariat entre propriétaires et investisseurs privés. Le contrat prévoit une durée de 36 mois pour la réalisation des travaux. A leur terme, le bien immobilier sera réparti entre les parties conformément aux modalités convenues.
Le ministre reconnaît qu’il ne percevra aucun revenu issu de cette concession pendant la période de reconstruction, mais considère cette interruption comme un sacrifice destiné à améliorer la rentabilité future du bien.
Il précise par ailleurs que ce partenariat a été conclu avant sa nomination au ministère des Finances et qu’il n’a déboursé aucun fonds pour financer les travaux. Ce contrat a été notarié et peut à ce titre être consulté, a-t-il conclu.
Au terme de ces explications, le ministre estime que les arriérés de salaires relèvent de la gestion autonome de la régie, que le Compte unique du Trésor repose sur un fondement légal et que le ministre ne peut effectuer aucune opération sur les comptes bancaires de l’ancienne DGRK, faute d’y être habilité comme signataire. Les accusations portées contre lui sont donc infondées et malveillantes, selon la cellule de communication de son ministère, qui appelle l’opinion à se référer aux textes légaux et aux procédures administratives en vigueur pour apprécier objectivement la réforme entreprise par le gouvernement provincial en vue d’améliorer la mobilisation des recettes publiques et la transparence de la gestion financière à Kinshasa. Il a réaffirmé sa détermination à poursuivre l’assainissement des finances publiques provinciales dans le respect des lois de la République, en collaboration avec les nouvelles régies financières et les institutions bancaires concernées, afin de garantir une meilleure gouvernance et la sécurisation durable des ressources de la ville de Kinshasa pour le bénéfice de la population kinoise et le développement harmonieux de la capitale congolaise dans son ensemble aujourd’hui et répondre efficacement aux attentes légitimes exprimées par les agents concernés.
Mutuma Kuamba
