Adolphe Muzito : « D’ici à 2035, Tshisekedi fera de la RDC la troisième puissance économique d’Afrique subsaharienne »

Congo Nouveau
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Ex-opposant devenu vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito vante les performances économiques d’un Félix Tshisekedi qu’il verrait bien rester au pouvoir bien au-delà de la fin de son second et dernier mandat constitutionnel, en décembre 2028. Entretien.

Dans son spacieux bureau vitré du 15e étage de la tour du Centre financier de Kinshasa, où il nous reçoit ce 1er juillet, Adolphe Muzito bénéficie d’une vue imprenable sur le Palais de la Nation, siège de la présidence de la République, et sur Brazzaville de l’autre côté du fleuve Congo. L’ancien Premier ministre de Joseph Kabila, longtemps opposant à Félix Tshisekedi avant son débauchage et sa nomination au poste de vice-Premier ministre en charge du Budget, en août 2025, a depuis radicalement changé de point de vue sur le chef de l’État.

Au-delà des résultats économiques, dont il assure qu’ils ont permis à la RDC de retrouver son « autonomie financière » et de moins dépendre du bon vouloir des bailleurs internationaux, Adolphe Muzito plaide, en creux, pour une candidature de Félix Tshisekedi à un nouveaumandat et donc, pour que le processus de révision constitutionnelle amorcé devant le Parlement parvienne à son terme. Assurant que les moyens financiers ne manqueraient pas pour organiser un éventuel référendum en amont des élections de 2028, il évoque même à mots couverts la possibilité, pour Félix Tshisekedi, de tenir les rênes du pays jusqu’en 2035.

Jeune Afrique : Quelles sont les conséquences de la guerre dans l’Est sur l’état de santé économique et financier du pays ?

Adolphe Muzito : L’économie congolaise se porte bien. Tout est au vert malgré le contexte difficile lié à la crise sécuritaire. En arrivant au pouvoir en 2019, le président Félix Tshisekedi a trouvé un PIB de 46,84 milliards de dollars pour 85 millions d’habitants. À fin 2023, ce PIB était de 70 milliards de dollars pour 105 millions d’habitants. Le PIB par tête d’habitant est donc passé de 540 dollars à 670 dollars pour la même période. Le budget national en ressources propres est passé de 4 à 8,5 milliards de dollars.

À titre de comparaison, Joseph Kabila a multiplié le budget par quatre en vingt ans, alors que Félix Tshisekedi l’a multiplié par cinq en moins de dix ans. Par ailleurs, les réserves de change sont passées de 800 millions de dollars à 5,5 milliards de dollars sur la même période. C’est un exploit accompli par l’actuel président, avec le gouvernement dirigé par Judith Suminwa Tuluka.

Le secteur minier reste évidemment le principal moteur de la croissance, mais il y a aussi les transports et les services. Par ailleurs, nous soutenons le développement du secteur agricole car il va nous aider à muscler nos exportations vers les pays voisins, et nous permettre ainsi de dégager plus de devises.

Sur ce sujet du développement du secteur agricole, Félix Tshisekedi promettait, en 2019, “une revanche du sol sur le sous-sol”. Or, force est de constater que cette promesse tarde à se concrétiser. Pourquoi ?

On ne peut pas faire de l’agriculture sans routes. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, le président Félix Tshisekedi n’a trouvé que 5 000 kilomètres de routes nationales macadamisées sur les 55 000 kilomètres dont dispose le pays, représentant le tracé colonial. Sur les chemins de fer, même constat : il a trouvé 1 000 kilomètres de chemins de fer effectivement fonctionnels sur 5 000 kilomètres qui dataient du tracé colonial.

Quelle est la réponse du gouvernement pour résorber ce déficit en infrastructures ?

D’ici 2028, le budget en ressources propres passera à 21 milliards de dollars, ce qui nous permettra d’atteindre 10 000 kilomètres de routes nationales macadamisées. À cet horizon, nous aurons également atteint 1 500 kilomètres des chemins de fer.

Nous prévoyons que, dans les dix prochaines années, soit d’ici à 2035, plus de 100 milliards de dollars pourraient être affectés à la construction de 50 000 kilomètres de routes nationales macadamisées et 4 000 kilomètres de chemins de fer. Il y aura aussi, d’ici là, 125 unités aéroportuaires et portuaires, 50 unités des barrages hydroélectriques installées à quoi il faut ajouter la construction de cités pour les policiers et de casernes pour les militaires…

Selon nos projections, notre taux de croissance pourrait se situer autour de 5,5 % en moyenne dans la décennie 2026-2035. Grâce à ces résultats, la RDC aura atteint sa souveraineté en finançant ses investissements avec des ressources propres, sans se soumettre aux caprices des institutions financières internationales et des partenaires bilatéraux.

Les investissements et le développement agricoles seront dès lors possibles et permettront cette « revanche du sol sur le sous-sol ». Avec Félix Tshisekedi, la RDC se positionnera au 3e rang des puissances économiques d’Afrique subsaharienne, juste après l’Afrique du Sud (550 milliards de dollars) et le Nigeria (530 milliards de dollars) avec un PIB de 215 milliards de dollars en 2035.

Vous semblez considérer que Félix Tshisekedi sera toujours au pouvoir en 2035, alors que son second et dernier mandat se termine en 2028 ?
L’avantage, avec l’actuel chef de l’État, est qu’il a montré ce dont il est capable. Avec lui, nous avons maintenant un budget de développement capable de financer les infrastructures et plus uniquement de financer les frais de fonctionnement de l’État.

Votre parti, Nouvel Elan, s’est prononcé en faveur du changement de la Constitution. Une réforme qui permettra à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Comprenez-vous les critiques de l’opposition, rassemblée au sein de la Coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) ?
Ma présence au gouvernement me désengage, pour l’instant, des activités de mon parti. Ce qu’il faut retenir est qu’au sein du gouvernement, nous sommes concentrés sur l’exécution de notre programme qui vise à renforcer le bien-être de nos populations.

Mais on ne peut pas non plus empêcher des partis politiques et autres forces vives de la nation de se prononcer sur des questions qui concernent la nation. Ce débat fait partie de la vitalité démocratique. Et dans tout ce que nous faisons, le dernier mot reviendra toujours au peuple, seul détenteur de la souveraineté.

Le chef de l’État pourrait promulguer très prochainement la loi référendaire, adoptée le 9 juin dernier par l’Assemblée. Si c’est le cas, la RDC a-t-elle les moyens financiers d’organiser ce référendum, puis les élections – présidentielle, législatives, municipales et régionales – qui doivent se tenir en 2028 ?

Ce ne sont pas les moyens financiers qui poseraient problème. Je le redis, sous Félix Tshisekedi, le pays a acquis une autonomie financière.
Les évêques catholiques jugent inopportune toute révision constitutionnelle dans le contexte de crise sécuritaire. Qu’en pensez-vous ?

Je comprends bien nos pères évêques, lorsqu’ils parlent de la guerre. Mais ils ne disent pas non plus qu’il ne faut pas poser le problème de la révision constitutionnelle.

On peut tout aussi bien comprendre qu’ils sont en train de dire que Félix Tshisekedi doit continuer à diriger le pays jusqu’à la fin de la guerre parce qu’ils jugent que ce serait impossible d’organiser les élections dans ce contexte. En temps de guerre, la légitimité consiste d’abord à libérer le pays : regardez le cas de l’Ukraine où Volodymyr Zelensky est encore au pouvoir [élu en 2019, son mandat devait théoriquement prendre fin en 2024, ndlr].

Justement, l’opposition accuse Félix Tshisekedi d’utiliser la guerre comme un prétexte pour se maintenir au pouvoir. Que leur répondez-vous ?
Nous avons malheureusement une opposition qui ne participe pas au vrai débat sur l’évolution de la société. Elle ne propose rien, n’explique pas ce qu’elle ferait si elle était aux affaires ou ce qu’ils comptent faire s’ils y parviennent.

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