Goma reçoit un hôte de taille: Kabila-Swan : un condamné à mort redevenu fréquentable ?

Congo Nouveau
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La rencontre, mardi 3 novembre à Goma, entre le chef de la MONUSCO, James Swan, et Joseph Kabila, désormais à la tête du Front pour la Refondation de la Nation (FRN), marque un tournant ambivalent. Elle consacre le retour de l’ancien président sur l’échiquier diplomatique, tout en révélant les contradictions d’un processus de paix congolais à bout de souffle. Kabila est-il pour autant redevenu « fréquentable » ? La réponse tient moins à une réhabilitation judiciaire qu’à une forme de realpolitik internationale face à un homme qui, bien que condamné à mort, contrôle désormais une partie des cartes militaires et politiques de l’Est.

Une rencontre sous le signe de la nécessité

James Swan a fait le déplacement dans la capitale du Nord-Kivu pour s’entretenir avec le FRN, la nouvelle coalition politico-militaire dirigée par Joseph Kabila, née le 12 octobre de la fusion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du M23. Il s’agissait de la première prise de contact depuis la création du mouvement. Elle visait officiellement à « appuyer la mise en œuvre du mandat de la MONUSCO », notamment la protection des civils et le soutien aux mécanismes de vérification du cessez-le-feu.

Dans les faits, l’échange a surtout permis à la mission onusienne de maintenir un canal de communication avec un acteur devenu incontournable, alors que les initiatives diplomatiques peinent à produire des résultats. Kabila était entouré de ses deux vice-présidents, Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa, ainsi que d’officiers militaires, signe que la discussion ne relevait pas de la simple courtoisie protocolaire.

Kabila, un condamné à mort toujours fréquentable ?

La question de la « respectabilité » de Joseph Kabila est au cœur de la controverse. L’ancien président (2001-2019) a été condamné à mort par contumace fin septembre 2025 par la Haute Cour militaire de Kinshasa pour « trahison » et « crimes de guerre », en raison de son implication présumée aux côtés de la rébellion AFC/M23. Washington avait par ailleurs sanctionné l’ancien chef d’État le 30 avril 2026 pour son soutien à cette coalition.

Pourtant, ni la condamnation ni les sanctions n’ont empêché James Swan de s’asseoir à sa table. Cette rencontre illustre une forme de realpolitik : pour l’ONU, le coût de l’isolement de Kabila — et donc de la perte d’influence sur le FRN — semble aujourd’hui plus élevé que celui d’un dialogue avec un homme condamné par la justice de son pays. La MONUSCO a d’ailleurs tenu à préciser que ses échanges s’inscrivaient « dans le cadre strict de son mandat », manière de désamorcer les critiques sur une éventuelle légitimation politique.

Cette ouverture onusienne ne signifie pas pour autant une réhabilitation. Sur le plan judiciaire, la condamnation reste intacte, et la création du FRN « ne lève ni sa condamnation à mort ni les sanctions américaines ». Sur le plan politique, la classe dirigeante congolaise continue de le vilipender : le président du Sénat, Sama Lukonde, l’a qualifié d’« ennemi du peuple congolais », et le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, lui a prédit un sort similaire à celui de Jonas Savimbi. Kabila est donc devenu un interlocuteur acceptable pour la communauté internationale dans le cadre du mandat de maintien de la paix de la MONUSCO, mais il demeure un proscrit aux yeux de Kinshasa.

Quel avenir pour le processus de paix ?

La rencontre de Goma intervient dans un paysage de paix profondément fragmenté. Le processus de Doha, sous médiation qatarie, constitue le cadre actuel des négociations entre Kinshasa et le FRN. Bertrand Bisimwa a assuré que le nouveau mouvement « a hérité de l’actif et du passif de l’ex-AFC/M23 » et entendait poursuivre les engagements pris dans ce cadre. Le FRN a réaffirmé son engagement dans le processus de Doha, tout en accusant le gouvernement de ne pas respecter ses propres engagements, notamment sur le cessez-le-feu et la libération de prisonniers.

Mais l’avenir du processus est lourd de menaces. La formation du FRN a été analysée par plusieurs observateurs comme un coup porté aux fondements mêmes du cadre de négociation qatari. En prenant la tête d’une structure politico-militaire issue de la fusion entre l’AFC et le M23, Kabila transforme un conflit périphérique en une compétition pour la légitimité nationale, ce qui risque de court-circuiter les médiations en cours.

Deux points de blocage majeurs se dessinent. D’abord, la question du mandat de la MONUSCO : le FRN s’oppose à son renouvellement, qualifiant son bilan d’« échec total », tout en reconnaissant qu’un appui logistique au mécanisme de vérification du cessez-le-feu pourrait être utile. Ensuite, la révision constitutionnelle : Bisimwa a averti que si la Constitution était changée pour permettre un troisième mandat de Félix Tshisekedi, « tout le processus de paix de Doha va tout simplement s’effondrer ».

La voie armée choisie par Kabila lui coûte déjà des soutiens au sein de l’opposition et de son propre camp, à l’image du départ de Marie-Ange Mushobekwa ou de dissensions au sein du PPRD. Pour autant, le dialogue national promu par Tshisekedi exclut pour l’instant les acteurs ayant pris les armes, rendant la perspective d’une négociation inclusive pour le moins incertaine.

La rencontre Swan-Kabila ne signe donc pas la réhabilitation de l’ancien président, mais elle acte une réalité dérangeante : la paix en RDC ne pourra pas se construire sans celui que la justice congolaise a condamné à mort. Elle consacre la victoire d’un pragmatisme diplomatique sur les principes judiciaires, au risque d’envoyer un signal trouble à l’ensemble des acteurs du conflit.

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