Transfert de 17,6 millions $ aux États-Unis: la société civile saisit la justice américaine et veut savoir le rôle de la Présidence

Congo Nouveau
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Une coalition d’organisations de la société civile congolaise et de membres de la diaspora a franchi un cap, lundi 26 octobre 2026, en adressant une lettre ouverte au ministre américain de la Justice, au FBI et au FinCEN (Financial Crimes Enforcement Network). Les signataires y réclament une enquête fédérale indépendante sur le transfert présumé de 17,6 millions de dollars effectué en mai 2025 depuis un compte lié au gouvernement congolais vers Texas Armament & Technology (TX-AT), une entreprise texane de défense.

L’affaire, révélée par le New York Times et Axios, met en cause plusieurs figures de l’entourage du président américain Donald Trump, dont Richard Grenell, ancien directeur exécutif du Kennedy Center, qui nie toute irrégularité. Selon les informations citées par les signataires, environ 5,6 millions de dollars de ce montant auraient été destinés au Kennedy Center, qui ne les aurait jamais reçus. L’affaire fait déjà l’objet d’un examen du conseiller juridique de la Maison Blanche.

Les zones d’ombre d’un transfert opaque

La coalition, portée notamment par Jean Pierre Muteba Luhunga, directeur exécutif de la plateforme DESC/RDC, entend faire toute la lumière sur les conditions de cette transaction. Dans leur lettre, les signataires demandent aux autorités américaines d’établir trois éléments clés : l’origine exacte des fonds, l’identité de ceux qui ont autorisé le paiement, et l’éventuel rôle de la présidence congolaise dans cette opération.

Le transfert, effectué le 29 mai 2025 depuis un compte affilié au ministère congolais des Finances, soulève en effet de nombreuses interrogations. Si une partie de la somme devait financer le Kennedy Center, les quelque 12 millions restants ont bien été versés à TX-AT, une société spécialisée dans les services de sécurité et de défense. La nature exacte de l’accord commercial justifiant ce paiement reste, à ce stade, floue, et ni l’entreprise texane ni les officiels congolais n’auraient répondu aux sollicitations du New York Times.

De Kinshasa au Kennedy Center : l’ombre de Turhan Mildon

Au cœur de l’imbroglio figure Turhan Mildon, un homme d’affaires turc marié à Alina Habba Mildon, ancienne avocate personnelle de Donald Trump. Selon le New York Times, Habba Mildon aurait initialement présenté les 17,6 millions de dollars comme provenant de son époux, avant que le quotidien n’établisse que les fonds provenaient d’un compte lié au gouvernement congolais.

Turhan Mildon a reconnu avoir servi comme conseiller du président congolais Félix Tshisekedi et détenir un passeport diplomatique congolais. Il dirige par ailleurs Milvest, une société qui a obtenu plusieurs marchés publics en RDC, dont la construction du Centre financier de Kinshasa. Ces liens ne prouvent toutefois pas, en soi, que l’argent transféré provient directement du budget de l’État congolais ou qu’il est lié aux contrats publics de Milvest.

Richard Grenell, de son côté, a nié avoir reçu de l’argent de Turhan Mildon ou avoir demandé que des fonds destinés au Kennedy Center soient réaffectés. Il a admis avoir fourni des services de conseil à TX-AT en 2024, mais affirme n’avoir eu aucun lien avec l’entreprise au moment du transfert, en mai 2025. Un message texte, révélé par Axios et attribué à Grenell, aurait promis à Mildon un accès privilégié à Donald Trump en échange d’un don au Kennedy Center, mais l’authenticité de ce document n’a pas été confirmée de manière indépendante.

Une exigence de transparence sur les fonds publics

Pour la société civile congolaise, cette affaire dépasse le simple cadre des relations internationales. Elle met en lumière les failles dans la gestion des ressources publiques de la RDC et l’opacité qui entoure certaines transactions internationales. En saisissant la justice américaine, les signataires espèrent obtenir des réponses que les institutions congolaises n’ont, jusqu’ici, pas fournies.

La demande d’enquête fédérale indépendante vise ainsi à établir si des fonds publics congolais ont été détournés de leur destination initiale et si des personnalités de premier plan, à Kinshasa comme à Washington, ont facilité ou bénéficié de ce circuit financier. Reste à savoir si les autorités américaines donneront suite à cette requête, alors que l’affaire implique des proches de l’ancien président Trump et jette une lumière crue sur les réseaux d’influence tissés entre la RDC et certains cercles politiques américains.

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