UDPS | Marche du 22 septembre : une mobilisation en trompe-l’œil !

Congo Nouveau
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La marche organisée du mardi 22 septembre 2026 par l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) à Kinshasa et dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo devait être une démonstration de force du parti présidentiel. Présentée comme un soutien aux institutions de la République, au dialogue national et à la loi référendaire, elle visait à répondre à la marche de l’opposition du 15 septembre, présentée par Augustin Kabuya comme un échec cuisant. Mais derrière les déclarations triomphalistes du secrétaire général du parti, la réalité du terrain révèle une mobilisation en demi-teinte, minée par des fractures internes profondes et une érosion du capital militant.

Une mobilisation à géométrie variable

À Kinshasa, le cortège s’est élancé du siège de l’UDPS à Limete, en direction du stade des Martyrs, avec des milliers de militants vêtus de blanc, tambours battants et chants à la gloire du chef de l’État. Augustin Kabuya a salué une « présence massive » témoignant du soutien du peuple aux institutions et au processus référendaire. Pourtant, des sources concordantes décrivent une affluence en deçà des attentes, contrastant avec l’ampleur annoncée.

Le contraste est encore plus frappant en province. À Kisangani, la marche a été purement et simplement annulée, la fédération locale invoquant l’épidémie d’Ebola pour justifier ce report sine die. Si la raison sanitaire est recevable, cette annulation intervient après une campagne de sensibilisation intensive, notamment via des comédiens sillonnant les artères de la ville. À Lubumbashi, les militants ont manifesté malgré l’interdiction de la mairie, signe d’une certaine détermination locale, mais sans commune mesure avec la démonstration espérée. À Kikwit, Kindu et Butembo, des marches ont bien eu lieu, mais les échos rapportés par les médias locaux ne font état ni d’une foule immense ni d’un enthousiasme débordant.

L’absence révélatrice des poids lourds de l’Union sacrée

Le fait le plus marquant de cette journée reste l’absence remarquée des principales formations alliées à l’UDPS au sein de l’Union sacrée de la Nation. Les militants de l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba et de l’Alliance des forces démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) de Modeste Bahati n’étaient « pas visibles dans les rangs de la manifestation ». Ces absences, alors que ces partis sont membres de la majorité présidentielle, alimentent les interrogations sur la solidité des liens entre l’UDPS et ses partenaires, notamment autour de la question de la révision constitutionnelle et de l’avenir institutionnel du chef de l’État.

L’UDPS a dû se contenter du soutien de formations de second rang, comme celles associées à Adolphe Muzito et Lambert Mende, ainsi que de l’ACP de Gentiny Ngobila et des Progressistes de Samy Badibanga. Cette configuration réduit considérablement la portée politique de la mobilisation : elle n’est plus une démonstration de force de la majorité, mais un rassemblement du seul parti présidentiel et de ses satellites.

Des causes structurelles à la faible mobilisation

Cette contre-performance s’explique par des facteurs profonds, documentés depuis plusieurs mois. La visite de Félix Tshisekedi à Kananga, en janvier 2026, avait déjà mis en lumière des « dysfonctionnements profonds » au sein du parti : plusieurs cadres investis de responsabilités au sein des institutions et entreprises publiques avaient brillé par leur absence dans la mobilisation, préférant consacrer leur énergie à leurs fondations personnelles.

La situation ne s’est pas améliorée. En mars 2026, Augustin Kabuya dénonçait lui-même dans une circulaire un « relâchement » dans la redynamisation des activités à la base. Ce constat d’un essoufflement militant est corroboré par la difficulté croissante du parti à faire descendre ses troupes dans la rue. Le phénomène « chida » – l’exigence de moyens de transport, de per diem et de t-shirts avant toute participation – traduit une mutation profonde : la base militante de l’UDPS, historiquement ancrée dans les couches populaires, s’est progressivement détachée d’un parti dont les dirigeants, une fois au pouvoir, ont relâché le lien organique avec leurs électeurs.

Une crise de leadership et des divisions intestines

La marche du 22 septembre a également été marquée par des tensions internes révélatrices. Le même jour, la Dynamique des secrétaires nationaux de l’UDPS pour le Congrès extraordinaire appelait les militants à « surseoir aux querelles internes » et à privilégier l’unité. Cet appel, lancé précisément le jour de la mobilisation, en dit long sur l’état de déliquescence du parti.

Les divisions entre chapelles antagonistes, les accusations de gestion contestée de la majorité présidentielle et les règlements de comptes publics entre figures censées incarner la cohésion fragilisent l’autorité du parti. Le Collectif pour l’UDPS Originelle réclame ouvertement le changement du praesidium de l’Union sacrée, estimant que sa gestion s’est soldée par un « échec cuisant ». Cette crise de leadership explique en partie pourquoi les militants ne répondent plus massivement à l’appel : le parti peine à incarner un projet mobilisateur, se contentant de soutenir les initiatives présidentielles sans proposer de vision propre.

Un contexte de violence qui pèse sur la mobilisation

La marche du 22 septembre s’inscrit dans un contexte de tensions exacerbées. Une semaine plus tôt, la manifestation de l’opposition du 15 septembre avait été émaillée de violences, causant la mort du militant Manassé Lomboto Bomengola. L’opposition accuse des militants de l’UDPS de l’avoir attaqué à la machette. Le parti au pouvoir dément, mais cet épisode a profondément marqué les esprits et pourrait avoir dissuadé certains sympathisants de participer à une mobilisation perçue comme clivante.

Par ailleurs, le contraste entre le traitement réservé aux deux marches est frappant. À Kinshasa, la marche de l’UDPS a bénéficié d’une « faible présence policière pour encadrer les manifestants », comparativement à celle de l’opposition qui avait été « perturbée jusqu’à causer la mort d’un militant ». À Kolwezi, la mairie a autorisé la manifestation de l’UDPS après avoir interdit celle de la C64, suscitant des dénonciations d’une politique de « deux poids, deux mesures ». Cette asymétrie dans le traitement des mobilisations, si elle facilite la tenue des marches pro-gouvernementales, ne compense pas la faiblesse de l’adhésion populaire.

La marche du 22 septembre 2026 restera comme un révélateur de la crise profonde que traverse l’UDPS. Derrière les déclarations triomphalistes d’Augustin Kabuya, la réalité est celle d’un parti qui peine à mobiliser sa base, dont les alliés les plus influents prennent leurs distances et dont les divisions internes sapent l’autorité. Le slogan historique « Le peuple d’abord » ne résonne plus que comme un écho lointain, alors que le parti semble avoir troqué sa vocation de mouvement populaire contre une gestion de façade, sans projet mobilisateur ni colonne vertébrale idéologique. La question qui se pose désormais est simple : l’UDPS saura-t-elle se ressaisir et retrouver la fibre originelle de son combat, ou est-elle condamnée à se consumer dans les guerres de chapelle pendant que les vrais défis – sécuritaires, sociaux, économiques – attendent des réponses urgentes ?

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