Depuis son lieu de détention, l’ancien ministre de la Justice livre une riposte virulente après sa condamnation à dix ans de travaux forcés par la Cour de cassation dans l’affaire FRIVAO. Quatre feuilles blanches et une plume acérée ont suffi pour égratigner le régime de Félix Tshisekedi qui, selon Constant Mutamba, libère les prisonniers du M23 mais condamne ceux qui servent le pays.
Quelques jours après sa condamnation à dix ans de travaux forcés par la Cour de cassation, Constant Mutamba sort de son silence. Dans une lettre ouverte manuscrite adressée aux Congolais et aux peuples africains, l’ancien ministre de la Justice rejette catégoriquement le verdict et conteste à la fois les faits qui lui sont reprochés et le déroulement de son procès.
La Cour de cassation a, le 18 septembre 2026, déclaré établies les infractions de détournement de deniers publics mises à sa charge dans le dossier du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO). Elle l’a condamné à dix ans de travaux forcés. Son coaccusé, Chançard Bolukola, ancien coordonnateur intérimaire du FRIVAO, a écopé de sept ans.
Dans sa nouvelle correspondance, Mutamba présente cependant cette décision comme l’aboutissement d’un processus qu’il qualifie de « complot politico-judiciaire », qu’il situe au début de l’année 2025. Depuis sa détention, Constant Mutamba entend livrer sa propre lecture de l’affaire. Il affirme que le procès a été conduit à un rythme qu’il juge excessivement rapide et soutient que ses droits de défense n’auraient pas été respectés. Selon lui, aucune preuve matérielle suffisante n’aurait permis d’établir les faits de détournement qui lui sont reprochés.
Cette version contraste avec celle retenue par la Cour de cassation dans son arrêt. La juridiction a considéré comme établis plusieurs faits de détournement de deniers publics et a également ordonné la restitution de certaines sommes au FRIVAO. Les sources rapportant le verdict font notamment état de plusieurs opérations financières examinées dans le dossier.
L’ancien ministre conteste donc frontalement l’interprétation judiciaire des opérations financières en cause. L’affaire FRIVAO porte sur des fonds destinés à réparer et indemniser les victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC. Dans sa lettre, Constant Mutamba revient notamment sur les montants évoqués durant la procédure. Il affirme que les sommes présentées comme détournées ne l’auraient pas été personnellement et conteste son implication directe dans plusieurs opérations financières.
Il soutient notamment que les fonds liés à certaines opérations relevaient de la gestion du FRIVAO, un établissement public doté d’une autonomie de gestion, et non directement de ses attributions de ministre de la Justice. Cette argumentation est au cœur de sa défense politique et personnelle : Mutamba cherche à établir une distinction entre ses responsabilités institutionnelles et la gestion opérationnelle des fonds du FRIVAO.
La Cour de cassation a néanmoins retenu à sa charge plusieurs opérations financières. Parmi les montants cités dans les comptes rendus du verdict figurent notamment 1,5 million de dollars, 250 000 dollars et 284 238 dollars. Au-delà des chiffres, l’ancien ministre attaque surtout ce qu’il considère comme la dimension politique de son affaire.
Dans sa lettre, il affirme que la procédure aurait été utilisée pour porter atteinte à son image et à son avenir politique. Il accuse ses détracteurs de lui attribuer des ambitions présidentielles qu’il affirme ne pas avoir publiquement exprimées.
Pour Constant Mutamba, sa condamnation ne serait donc pas uniquement une affaire judiciaire. Elle s’inscrirait dans un affrontement politique plus large.
Cette lecture reste toutefois celle de l’ancien ministre. Les éléments disponibles établissent sa condamnation par la Cour de cassation, mais son interprétation d’un « complot politico-judiciaire » constitue une accusation politique qui lui est propre et qui n’est pas établie par le verdict lui-même.
Constant Mutamba conteste également la manière dont la procédure s’est déroulée. Il affirme que le procès aurait été expéditif, que certains témoins n’auraient pas été entendus et que plusieurs étapes essentielles auraient été escamotées. Cette critique intervient alors que la Cour de cassation avait reporté à plusieurs reprises le prononcé de son verdict avant de rendre sa décision le 18 septembre. Les reports avaient notamment été justifiés par la nécessité de poursuivre l’examen des pièces du dossier.
L’ancien ministre maintient cependant que son droit à la défense a été compromis. La confrontation entre cette affirmation et les éléments de procédure retenus par la juridiction devrait rester au cœur des débats autour de cette affaire. Dans la partie la plus politique de sa lettre, Constant Mutamba s’en prend également à la politique du pouvoir face aux détenus liés au M23.
Il dénonce ce qu’il considère comme une contradiction : selon lui, des personnes présentées comme rebelles seraient libérées alors qu’un ancien responsable politique ayant servi l’État est condamné à une lourde peine.
Il oppose ainsi sa propre situation à celle des prisonniers qu’il qualifie de membres ou de sympathisants du M23.
Cette comparaison constitue avant tout une appréciation politique de Mutamba. Elle s’inscrit dans son argumentaire visant à dénoncer ce qu’il considère comme un traitement différent entre certains acteurs de la crise congolaise et des responsables politiques poursuivis par la justice.
Dans sa lettre, l’ancien ministre mobilise également plusieurs figures historiques ayant connu la prison : Nelson Mandela, Patrice Lumumba, Étienne Tshisekedi, Thomas Sankara, Fidel Castro, Jomo Kenyatta, Robert Mugabe, Simon Kimbangu ou encore Mahatma Gandhi. Cette référence à des personnalités historiques lui permet de replacer sa propre détention dans un récit de combat politique.
Mutamba affirme ainsi que la prison ne serait pas susceptible, selon lui, de mettre fin à son parcours politique. Il termine sa lettre par un appel à ses soutiens à poursuivre la mobilisation contre ce qu’il appelle un « système mafieux ». La condamnation du 18 septembre constitue un nouveau tournant dans le parcours judiciaire de l’ancien ministre.
Elle intervient après une première condamnation prononcée en septembre 2025 dans une autre affaire de détournement de fonds publics, liée à la construction d’une prison à Kisangani. Cette première affaire avait donné lieu à une peine de trois ans de travaux forcés.
Dans le dossier FRIVAO, la Cour de cassation a prononcé dix ans de travaux forcés, auxquels s’ajoutent des peines complémentaires, notamment une interdiction d’exercer le droit de vote et d’être éligible pendant cinq ans ainsi qu’une interdiction d’accès à certaines fonctions publiques et parapubliques.
Le ministère public avait requis quinze ans de travaux forcés contre les deux prévenus.
La nouvelle lettre de Constant Mutamba ouvre donc un autre chapitre : celui de la bataille politique et médiatique autour d’un verdict judiciaire désormais rendu. L’affaire Mutamba se trouve désormais à la croisée de deux récits. D’un côté, la justice congolaise affirme avoir établi des faits de détournement de deniers publics et a prononcé une lourde condamnation dans le dossier FRIVAO.
De l’autre, l’ancien ministre rejette entièrement cette lecture, dénonce une procédure qu’il estime irrégulière et présente sa condamnation comme le résultat d’un acharnement politique. Son message est désormais clairement politique : malgré la détention et la condamnation, Constant Mutamba entend maintenir le lien avec ses partisans et inscrire son procès dans un combat plus large sur l’État de droit, la justice et l’avenir politique de la RDC.
La suite dépendra désormais des voies de droit disponibles et de l’évolution de la procédure. Mais une chose est certaine : avec cette nouvelle lettre, le procès judiciaire de Constant Mutamba se prolonge dans l’espace politique et dans l’opinion publique.
