L’ordonnance présidentielle traine – dialogue : Tshisekedi joue-t-il le chrono ?

Congo Nouveau
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Depuis son adresse à la Nation, le chef de l’État n’a toujours pas concrétisé par ordonnance le mécanisme annoncé. Simple délai administratif ou calcul politique ? À Kinshasa, l’attente nourrit déjà les interrogations.

À l’annonce du dialogue, Félix Tshisekedi avait promis des actes. Pour l’instant, c’est surtout le temps qui s’écoule. Le 27 août dernier, dans une adresse solennelle à la Nation, le président de la République a officiellement lancé le processus du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Il avait annoncé une mécanique en plusieurs étapes, avec des consultations dans les 26 provinces avant les assises nationales à Kinshasa.

Mais depuis cette annonce, une question s’installe dans le débat politique : qu’attend le chef de l’État pour signer les ordonnances censées donner une existence concrète à ce dialogue ?

La Présidence avait annoncé deux actes majeurs : une ordonnance instituant le comité d’organisation et une autre devant fixer les principes directeurs, les étapes, les modalités de représentation ainsi que le mécanisme de suivi des conclusions. Or, tant que ces textes ne sont pas pris, le dialogue reste, au moins sur le plan institutionnel, davantage une promesse politique qu’une machine véritablement opérationnelle.

Une annonce, puis le silence

Le discours présidentiel a marqué un tournant. Après plusieurs mois de débats et de pressions politiques autour de la nécessité d’un dialogue national, Félix Tshisekedi a finalement endossé publiquement l’idée.

Mais le chef de l’État n’a pas fixé de date précise pour les assises nationales. Il a plutôt dessiné un processus progressif : consultations provinciales, remontée des propositions, synthèse nationale, puis discussions à Kinshasa. Cette architecture peut être interprétée de deux manières. La première est celle du pouvoir : il faut prendre le temps de préparer un dialogue sérieux, suffisamment représentatif et débarrassé des improvisations qui ont marqué certains précédents processus politiques congolais. La seconde est celle des sceptiques : plus le processus est long et complexe, plus il offre au pouvoir une marge de manœuvre sur le calendrier politique. C’est précisément là que se pose la question du « chrono ».

Le temps, nouvel allié du pouvoir ?

Le dialogue annoncé par Tshisekedi doit durer au maximum trois mois, selon la Présidence. Mais ce délai concerne le processus lui-même. Avant son démarrage effectif, il faut encore installer les structures d’organisation, définir les modalités de représentation et préparer les consultations provinciales. Autrement dit, le chronomètre du dialogue n’est pas nécessairement celui de son lancement. C’est cette nuance qui alimente les interrogations dans les milieux politiques.

Si les ordonnances tardent, si la composition du comité d’organisation fait l’objet de consultations prolongées, si les provinces doivent ensuite disposer du temps nécessaire pour organiser leurs forums, le processus peut mécaniquement s’étendre. Des observateurs y voient déjà une stratégie possible : ne pas refuser le dialogue, mais contrôler son rythme. Une stratégie politiquement habile, car elle permettrait au président de conserver l’initiative sans donner le sentiment de fermer la porte aux revendications de l’opposition.

Tshisekedi veut garder la main

Dans son discours, le président a posé plusieurs limites qui donnent une idée de la philosophie du processus. Le dialogue ne devrait pas, selon lui, être un moyen de remettre en cause le résultat des urnes. Il a également exclu toute négociation avec les groupes armés, renvoyant la question de l’AFC/M23 au processus de Doha. Cette position révèle une volonté claire : dialoguer, oui ; négocier la nature du pouvoir, non. Le chef de l’État cherche ainsi à définir lui-même les contours de la discussion avant même que celle-ci ne commence.

Le pouvoir veut un dialogue sur la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État. L’opposition, elle, pourrait vouloir en faire un espace de discussion sur la gouvernance, la Constitution, les institutions et le calendrier politique. Entre ces deux conceptions, la bataille ne portera pas seulement sur les participants. Elle portera aussi sur l’ordre du jour et le calendrier.

L’opposition face à un dilemme

Pour l’opposition, le retard dans la concrétisation du dialogue constitue un véritable test.

Doit-elle attendre les actes présidentiels ou accentuer la pression ?

Le problème est que le président a déjà franchi une étape importante en annonçant officiellement le processus. L’UDPS, de son côté, a apporté un soutien total à l’initiative présidentielle, renforçant politiquement le chef de l’État. Le pouvoir peut donc désormais se présenter comme celui qui ouvre la porte au dialogue, tandis que ceux qui contesteraient son rythme pourraient être accusés de vouloir bloquer une initiative présentée comme destinée à ramener la paix et la cohésion nationale. C’est là que se trouve l’un des avantages politiques de la démarche présidentielle.

2028 en arrière-plan

Derrière la question du dialogue se profile inévitablement celle du calendrier politique. La présidentielle de 2028 n’est pas encore à l’ordre du jour institutionnel immédiat, mais elle plane déjà sur les calculs des acteurs politiques. Dans ce contexte, chaque mois gagné ou perdu peut avoir une valeur politique considérable.

Certains analystes voient ainsi dans la construction d’un dialogue en plusieurs étapes une possibilité de faire durer le processus politique, voire de repousser certaines échéances. Cette lecture est notamment avancée par des observateurs qui estiment que l’architecture annoncée est susceptible de devenir extensible si les différentes phases prennent du retard. Mais il faut distinguer une possibilité stratégique d’une intention démontrée.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que Félix Tshisekedi cherche effectivement à provoquer un glissement du calendrier électoral. Le président affirme au contraire que son dialogue ne doit pas remettre en cause le choix exprimé par les électeurs. La véritable question est donc moins : « Tshisekedi veut-il gagner du temps ? » que : « Que fera-t-il du temps qu’il est en train de gagner ? »
L’attente autour de l’ordonnance présidentielle est devenue, de fait, un indicateur politique. Sa publication permettra de savoir si le processus entre rapidement dans sa phase opérationnelle ou si le pouvoir choisit de prolonger encore la phase préparatoire. Elle permettra surtout d’observer qui contrôle réellement le dialogue : la Présidence, une structure indépendante, ou un compromis entre majorité, opposition et société civile.

Pour Tshisekedi, le pari est délicat.

Aller trop vite pourrait l’exposer à un dialogue insuffisamment préparé ou difficile à maîtriser. Aller trop lentement pourrait alimenter les soupçons d’une manœuvre dilatoire. Le président a ouvert la porte du dialogue. Reste maintenant à savoir quand il décidera de la franchir. Car en politique congolaise, le calendrier n’est jamais un simple calendrier. C’est souvent une stratégie en soi.

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