Pas d’armes contre la République : Tshisekedi fixe les conditions de participation au dialogue

Mutuma Kuamba
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Le Président Félix Tshisekedi s’est adressé jeudi soir à la nation en convoquant le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État et fixant des conditions strictes de participation. Aucune arme ne donnera de légitimité politique, a-t-il prévenu dans son allocution.

«J’ai décidé de convoquer le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Ce Dialogue est une initiative souveraine, conçue par les Congolais et pour les Congolais, conduite sur le territoire national», a annoncé le Chef de l’État. Dans cette adresse à la Nation très attendue, dont Congo Nouveau s’est procuré l’intégralité, le Président de la République a voulu couper court aux interprétations et aux procès d’intention qui entourent cette initiative depuis plusieurs mois.

Le Dialogue, insiste-t-il, réunira les filles et les fils du pays autour d’un impératif qui dépasse les personnes, les partis et les ambitions : défendre la République, consolider la paix, préserver l’unité nationale et protéger les intérêts stratégiques.

Ce que le Dialogue ne sera pas

Félix Tshisekedi a posé trois interdits majeurs qui fixent le cadre politique du processus.

«Il ne constituera ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs ni un moyen détourné de remettre en cause le choix souverain du peuple exprimé par les urnes. Il ne saurait davantage conduire à la suspension des institutions de la République, lesquelles continueront d’exercer pleinement leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats», a-t-il martelé.

Pour le Chef de l’État, les processus diplomatiques de Washington et de Doha restent indispensables pour l’assainissement des relations entre États, la cessation des hostilités et la stabilisation de l’Est. Mais ils ne suffisent pas.
«Aucun accord diplomatique ne peut définir, à la place des Congolais, la République que nous voulons bâtir, ni réconcilier durablement nos communautés sans leur pleine participation», a-t-il expliqué. Les avancées diplomatiques ne produiront une paix durable que si elles s’appuient sur la cohésion nationale et la reconstruction intérieure.

Conditions de participation: l’arme ne fait pas le droit

C’est le cœur de l’allocution. Le Président fixe la doctrine de l’inclusivité encadrée.
«Toutefois, l’inclusivité ne signifie ni l’effacement des principes ni la confusion des responsabilités. Nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques, de son appartenance politique, de son origine provinciale, de sa langue, de son ethnie ou de sa religion. Mais nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle», a déclaré Félix Tshisekedi.

Et d’ajouter une formule qui fera date: «Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît au citoyen. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique. Aucun mouvement armé ne pourra invoquer l’inclusivité pour imposer par la force ce qu’il n’a pas obtenu par les voies démocratiques».
Un message clair adressé aux groupes armés et à leurs soutiens, alors que le pays fait face à l’agression dans l’Est.

Une méthode inédite: du village à Kinshasa

Le Chef de l’État a détaillé une méthode qui se veut en rupture avec les dialogues précédents. Le Dialogue ne commencera pas à Kinshasa, il s’y achèvera.
«L’ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois», a-t-il précisé. Le processus s’ouvrira par des consultations dans les provinces, avant les assises nationales à Kinshasa, sur le territoire de la République. «Car un dialogue congolais consacré à l’avenir du Congo doit se tenir au Congo, sous la responsabilité des Congolais ».
La consultation associera les institutions et services publics nationaux, les entreprises publiques, les organisations des femmes, des jeunes, des travailleurs, des personnes vivant avec handicap, les entrepreneurs, agriculteurs, enseignants, chercheurs, artistes, professionnels de santé, acteurs de l’économie informelle et la diaspora.
«Chaque entité consultée formulera ses priorités et ses propositions. L’ensemble de ces contributions sera consolidé dans un document de synthèse nationale, qui constituera le socle des travaux », a indiqué le Président.
«Ainsi, les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays. Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui : il sera la source, la conscience et le véritable auteur de ce processus».

Organisation et garanties

Sur le plan organisationnel, un Comité chargé de la préparation administrative, matérielle et logistique sera mis en place. À l’issue de ses travaux, il soumettra un rapport préliminaire au Président, sur base duquel une ordonnance convoquant le Dialogue sera signée. Cette ordonnance fixera les principes directeurs, les étapes, les modalités de représentation et les mécanismes de suivi. Elle instituera également une Commission préparatoire chargée de concevoir la feuille de route et de conduire les consultations techniques et politiques. Ses membres seront choisis pour leur compétence, probité, indépendance d’esprit et attachement à l’intérêt national. Les confessions religieuses y seront représentées.

Les assises réuniront des délégués reflétant la diversité politique, institutionnelle, sociale, territoriale et culturelle.
«Ce Dialogue ne sera la propriété d’aucun parti, d’aucune institution, d’aucune confession religieuse, d’aucune personnalité ni d’aucune majorité politique. Il garantira une parole libre, contradictoire et responsable, dans le respect de la Constitution», a assuré le Chef de l’État.

Mesures de décrispation et appel à l’apaisement

Pour créer un climat de confiance, le Président annonce des mesures conformes à la législation en vigueur, préservant l’indépendance de la justice et les droits des victimes.
«Je veillerai personnellement à ce que soient réunies, dans le strict respect des lois de la République et des exigences de la paix civile, les conditions de sécurité et de confiance nécessaires au retour et à la participation de ceux de nos compatriotes que les épreuves de notre histoire récente ont conduits à se tenir en marge de l’unité nationale», a-t-il promis.

Il a lancé un appel à ceux qui se sont engagés dans des voies contraires à l’idéal national à renouer avec la République, et à chaque acteur politique et social à accomplir un geste d’apaisement.
« Baisser le ton, renoncer aux discours de haine, proscrire tout appel à la violence, préférer l’argument à l’invective et placer, en toutes circonstances, l’intérêt supérieur de la République au-dessus des intérêts partisans», a-t-il exhorté.
Les assises devront aboutir à l’adoption d’un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, a conclu le Président Félix Tshisekedi.

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