Séisme à Ensemble pour la République
Alors que la République démocratique du Congo s’apprête à aborder des échéances politiques majeures, le principal parti d’opposition, Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, traverse une zone de turbulences. Entre suspensions, réconciliations de façade et divergences stratégiques profondes, la cohésion du parti semble plus que jamais fragilisée. La question qui agite désormais les cercles politiques kinois est la suivante : cette crise peut-elle se solder par une vague de départs de cadres ?
Des tensions révélatrices d’un malaise profond
Depuis plusieurs semaines, les signes de dissensions se multiplient au sommet du parti. Fin juillet 2026, un communiqué conjoint d’Olivier Kamitatu, directeur de cabinet et porte-parole de Moïse Katumbi, et du sénateur Salomon Idi Kalonda, conseiller politique du leader, a tenté de calmer le jeu. Les deux hommes, dont les désaccords portaient sur le positionnement du parti face aux grands débats nationaux, ont assuré avoir dissipé leurs « malentendus » lors d’un tête-à-tête organisé à la demande de Moïse Katumbi.
Mais cette réconciliation apparente n’a pas suffi à éteindre l’incendie. La suspension d’Hervé Diakese, porte-parole du parti, a ravivé les tensions. Ce dernier avait pris publiquement la défense d’Olivier Kamitatu, allant jusqu’à menacer quiconque s’en prendrait à lui, y compris Moïse Katumbi ou Salomon Idi Kalonda. Une sortie qui lui a valu une sanction disciplinaire et qui a remis sur la table les problèmes structurels du parti.
Des divergences stratégiques et des frustrations accumulées
Au-delà des querelles de personnes, c’est bien un débat de fond qui divise Ensemble pour la République. En novembre 2025, une polémique avait déjà éclaté entre Olivier Kamitatu et Christian Mwando, président du groupe Ensemble à l’Assemblée nationale, sur la stratégie à adopter face au pouvoir. Le premier reprochait au second d’avoir rencontré la coalition au pouvoir pour discuter de la participation du parti au bureau de l’Assemblée.
Ce différend révèle un clivage plus large entre deux approches : celle des cadres restés à Kinshasa, favorables à un jeu institutionnel, et celle des exilés, prônant une opposition plus radicale. Pour le politologue Christian Moleka, ce malaise traduit une difficulté à fixer une ligne claire et à s’y tenir.
Jean-Jacques Wondo, ancien conseiller de Moïse Katumbi, estime que la crise actuelle n’est « ni anodine ni un simple épiphénomène ». Elle serait plutôt la manifestation de « divergences d’approche, de frustrations accumulées au fil des années et, surtout, de l’absence de véritables débats internes sur les grandes orientations stratégiques ».
Des départs déjà enregistrés, une tendance à confirmer ?
L’hypothèse d’une vague de départs n’est pas une simple spéculation. Dès mai 2024, des démissions en cascade avaient fragilisé le parti. Francis Kalombo, coordonnateur du parti pour la ville de Kinshasa, avait rendu son tablier après une suspension qu’il jugeait infondée, dénonçant des discriminations liées à ses origines. Avant lui, Jacky Ndala, ancien chef de la jeunesse, avait été poussé vers la sortie. Plusieurs candidats malheureux aux législatives ont également démissionné, estimant n’avoir « plus rien à espérer de ce parti ».
Aujourd’hui, des analystes s’interrogent sur l’avenir d’autres cadres. « Si certains responsables venaient à quitter Ensemble pour la République, cela signifierait-il nécessairement un affaiblissement politique ou électoral de Moïse Katumbi ? », s’interroge un expert cité par Reporter.cd.
Un leadership katumbien en sursis ?
Pour l’instant, Moïse Katumbi tente de jouer les médiateurs. Il a personnellement provoqué la réconciliation entre Kamitatu et Kalonda. Mais comme le souligne Jean-Jacques Wondo, « une réconciliation immédiate entre les différents protagonistes serait sans doute difficile à obtenir à court terme ». Il appelle le président du parti à rencontrer séparément les responsables concernés et à clarifier les responsabilités au sein du parti, le chevauchement des rôles pouvant favoriser de nouvelles tensions.
La question des départs reste donc ouverte. Si Moïse Katumbi parvient à instaurer un « climat de travail plus serein, fondé sur la confiance, le respect mutuel, la communication interne et le sens des responsabilités », le parti pourrait surmonter cette crise. Dans le cas contraire, les départs de cadres, déjà amorcés, pourraient s’accélérer et affaiblir durablement le principal parti d’opposition congolais.
