Entre malaise social, suspension alléguée d’agents du Chemin de fer et récent incident ferroviaire, la gouvernance de l’ONATRA sous Martin Lukusa se retrouve de nouveau au centre des interrogations. Au-delà de la relance des activités, c’est désormais le climat interne et la qualité du service qui préoccupent travailleurs et usagers.
À l’Office national des transports (ONATRA), les défis de la relance ne se limitent plus à la remise en marche des trains et à la modernisation des infrastructures. Depuis plusieurs mois, les revendications des agents et des retraités se multiplient, tandis que des tensions seraient apparues au sein du département du Chemin de fer.
Selon plusieurs sources au sein de l’entreprise, quinze agents du Chemin de fer auraient récemment été suspendus. Les circonstances précises de ces mesures disciplinaires restent toutefois à éclaircir. S’agit-il de sanctions individuelles liées à d’éventuelles fautes professionnelles ? Ces suspensions sont-elles consécutives à un incident particulier ? Ou s’inscrivent-elles dans un climat de tensions plus général entre la hiérarchie et une partie du personnel ? En l’absence d’explications détaillées de la direction générale, ces questions demeurent ouvertes.
Quinze agents suspendus : pourquoi ?
Pour plusieurs travailleurs, ces suspensions interviennent dans un contexte social déjà marqué par des frustrations. Des représentants du personnel avaient, par le passé, fait état de difficultés liées notamment aux salaires et aux droits des travailleurs. La situation sociale constitue ainsi l’un des principaux baromètres de la gouvernance de l’entreprise. Car derrière les locomotives, les gares et les infrastructures, il y a des hommes et des femmes dont les conditions de travail peuvent directement influencer le fonctionnement du service public.
Une clarification de la direction sur les motifs des suspensions permettrait donc de dissiper les interrogations et d’éviter que les spéculations ne prennent le dessus sur les faits.
Le déraillement qui ravive les inquiétudes
À ces tensions sociales s’est ajouté un incident ferroviaire qui a replacé la question de la sécurité au centre des débats. Le train urbain reliant la Gare centrale à l’aéroport international de N’Djili a déraillé le 2 septembre 2026 dans la commune de Masina, peu après la reprise du trafic urbain. Aucun décès ni blessé grave n’a été signalé à la suite de cet incident. La direction de l’ONATRA, par la voix de Martin Lukusa, a notamment évoqué la présence de sable et de déchets sur la voie ferrée, ainsi que certains comportements aux abords du réseau. Ces explications appellent néanmoins une réflexion plus large : la reprise du trafic urbain s’est-elle accompagnée de toutes les mesures nécessaires en matière d’entretien, de surveillance et de sécurisation des voies ? Le sénateur Jean Bamanisa n’a pas hésité à appeler la direction de l’ONATRA à suspendre le trafic urbain et s’occuper d’abord à réparer les rails avant toute reprise de l’exploitation.
La question est d’autant plus importante que l’ONATRA cherche à reconquérir la confiance des usagers après plusieurs années marquées par des difficultés dans le secteur du transport ferroviaire.
Le personnel, un autre indicateur de la gouvernance
Une entreprise publique ne se mesure pas uniquement au nombre de trains remis en circulation ou aux infrastructures réhabilitées. Elle se mesure également à l’état d’esprit de son personnel. Lorsque les agents expriment leur mécontentement, que les retraités continuent d’attendre des réponses à leurs préoccupations et que des mesures disciplinaires viennent alimenter les tensions, la gouvernance de l’entreprise est nécessairement interpellée.
Le malaise social à l’ONATRA n’est d’ailleurs pas nouveau. En 2025, l’intersyndicale avait déjà porté les préoccupations des travailleurs auprès de la Première ministre, Judith Suminwa, notamment au sujet des arriérés de salaires. La question sociale apparaît donc comme un dossier structurel qui dépasse les seuls événements récents.
Les retraités toujours dans l’attente
Dans cette équation, la situation des retraités occupe également une place particulière. Lors de son passage à l’ONATRA, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, avait promis de recevoir les retraités de l’entreprise ainsi que leurs épouses afin d’entendre leurs préoccupations. Cette promesse conserve une résonance particulière au regard des attentes exprimées par les anciens travailleurs. Le dossier avait déjà fait l’objet d’une intervention présidentielle en 2023. À cette occasion, 1 230 pensionnés avaient reçu leurs titres de paiement de clôture de compte, alors que le processus concernait encore plusieurs milliers d’anciens travailleurs.
Quelle confiance pour la direction ?
Les derniers développements pourraient ainsi remettre la question de la gouvernance de l’ONATRA au centre des discussions. Le président Félix-Antoine Tshisekedi maintiendra-t-il sa confiance à l’actuelle direction conduite par Martin Lukusa ? Ou les autorités envisageront-elles une réorientation de la stratégie de gestion de l’entreprise ?
À ce stade, rien ne permet de préjuger d’une éventuelle décision. Mais le contexte appelle à une évaluation globale : état du réseau ferroviaire, sécurité des opérations, conditions de travail, situation des retraités et qualité du service offert aux usagers. L’enjeu dépasse d’ailleurs la seule personne du directeur général.
L’ONATRA à la croisée des chemins
L’ONATRA est aujourd’hui confronté à un double impératif : réussir sa relance et restaurer la confiance. Le récent déraillement, les revendications sociales et les informations faisant état de la suspension de quinze agents du Chemin de fer constituent autant de signaux qui méritent des explications précises et transparentes. La priorité devrait être de distinguer les faits des rumeurs, d’établir les responsabilités lorsqu’elles existent et de trouver des réponses durables aux préoccupations du personnel comme à celles des usagers. Car la relance d’une entreprise publique de transport ne peut reposer uniquement sur les infrastructures ou les annonces de modernisation. Elle suppose également un personnel motivé, des procédures de sécurité rigoureuses et un dialogue social fonctionnel.
À l’ONATRA, le prochain chapitre pourrait donc se jouer autant sur les rails que dans les bureaux de la direction générale. Félix Tshisekedi va-t-il évincer Martin Lukusa ? C’est la grande question.
