Grâce Kutino fait adhérer les jeunes au changement de la Constitution
La ministre de la Jeunesse et Éveil patriotique, Grâce Kutino, a lancé officiellement mercredi au Centre Culturel de Kinshasa la campagne « Oui je le veux » dont l’objectif est de mobiliser la jeunesse congolaise autour de l’initiative du Président Félix-Antoine Tshisekedi visant la révision de la Constitution. Devant plusieurs milliers de jeunes venus des 24 communes de la capitale, la ministre a présenté cette démarche comme un devoir patriotique et une opportunité historique pour la RDC.
La salle du Centre Culturel de Kinshasa, archicomble dès 9 heures, a vibré au rythme des chants patriotiques et des slogans « Oui je le veux ». Étudiants, leaders d’associations, représentants des mouvements citoyens, structures religieuses de jeunes et délégations venues de l’intérieur du pays ont pris part à cette rencontre.
Dans son discours d’ouverture, la ministre Grâce Kutino a planté le décor.
« Nous sommes réunis aujourd’hui parce que notre pays est à un tournant. Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a ouvert un débat national sur l’avenir de notre pacte fondamental. Et nous, jeunesse, ne pouvons pas rester spectateurs de notre propre avenir », a-t-elle déclaré.
«Oui je le veut», une campagne de conscience et d’adhésion
La campagne « Oui je le veux » se veut pédagogique et participative. Selon la ministre, il ne s’agit pas d’imposer une position mais de donner aux jeunes les informations nécessaires pour comprendre les enjeux de la révision constitutionnelle.
« Oui je le veux, c’est d’abord dire oui à une Constitution qui répond aux réalités de 2026. Oui je le veux, c’est dire oui à une RDC plus forte, plus unie, plus prospère. Oui je le veux, c’est dire oui à une jeunesse qui prend sa place dans les décisions qui engagent le pays », a martelé Grâce Kutino. Elle a rappelé que la Constitution actuelle, adoptée en 2006, a permis la stabilisation du pays mais qu’elle présente aujourd’hui des limites face aux défis sécuritaires, institutionnels et de développement.
« Notre pays a changé. Nos défis ont changé. Nos ambitions ont changé. Il faut donc un cadre légal à la hauteur de nos ambitions », a-t-elle poursuivi.
La ministre a insisté sur le fait que l’initiative du Chef de l’État n’est pas un projet personnel ni un projet d’un parti politique.
« C’est l’initiative du Président de la République, garant de la Nation. Et quand le garant de la Nation appelle à bâtir l’avenir, la jeunesse doit répondre présente », a-t-elle affirmé.
Grâce Kutino a consacré une grande partie de son intervention à la place de la jeunesse dans ce processus. Elle a dénoncé le fait que les jeunes aient souvent été consultés après les décisions.
« Cette fois, nous voulons que la jeunesse soit au début, au milieu et à la fin du processus. Que vos propositions soient entendues. Que vos inquiétudes soient prises en compte », a-t-elle dit. Elle a annoncé plusieurs axes pour la campagne : des caravanes dans les universités et instituts supérieurs, des débats inter-universitaires, des émissions radiotélévisées en langues nationales, des plateformes digitales pour recueillir les avis des jeunes, et des formations civiques dans les quartiers.
« Nous allons aller vers vous. Dans les campus, dans les paroisses, dans les marchés, dans les centres de formation. Parce que la Constitution concerne le vendeur de la rue comme le professeur d’université », a souligné la ministre.
Répondant aux craintes exprimées par certains jeunes sur un possible glissement ou une instrumentalisation, Grâce Kutino a appelé au débat.
« Ne laissons pas la peur ou la désinformation décider à notre place. Venez, posons les questions, débattons, proposons. La démocratie c’est cela : se parler malgré les divergences », a-t-elle lancé sous les applaudissements.
Appel à la jeunesse pour s’approprier le débat
Plusieurs jeunes leaders ont pris la parole lors du panel qui a suivi. Pour Junior Mbikayi, président du Conseil National de la Jeunesse, section Kinshasa :
« Nous ne voulons pas d’une Constitution écrite sans nous et contre nous. La campagne Oui je le veux doit être l’espace où la jeunesse dit ce qu’elle veut pour les 50 prochaines années. L’éducation, l’emploi, la sécurité, la lutte contre la corruption : tout cela passe par des lois fortes ».
Sarah Nzuzi, coordonnatrice d’un mouvement féminin, a insisté sur la dimension genre :
« Si on révise la Constitution, qu’on y inscrive clairement la parité, la protection des filles, la lutte contre les violences sexuelles. Oui je le veux, mais je le veux avec les droits des femmes renforcés ».
Pour sa part, David Kanku, étudiant en droit à l’UNIKIN, a plaidé pour la pédagogie :
« Beaucoup de jeunes n’ont jamais lu la Constitution. Comment voulez-vous qu’ils se prononcent ? Le ministère doit nous donner des versions vulgarisées, en lingala, swahili, tshiluba, kikongo. C’est comme ça qu’on adhère ».
Dans son allocution, la ministre de la Jeunesse a également replacé la campagne dans le contexte national. Elle a rappelé que le Président Tshisekedi a, à plusieurs reprises, évoqué la nécessité d’adapter les institutions aux réalités du pays, notamment à la guerre à l’Est, à la décentralisation et à la gouvernance.
« Le Chef de l’État n’a pas dit qu’il fallait changer pour changer. Il a dit qu’il fallait changer pour mieux servir le peuple. Pour sécuriser nos frontières. Pour accélérer le développement. Pour donner plus de pouvoir au peuple », a expliqué Grâce Kutino.
Elle a appelé les jeunes à ne pas céder aux discours de division.
« On veut nous opposer: jeunes contre anciens, Est contre Ouest, pouvoir contre opposition. Nous refusons ce piège. La Constitution appartient à tous les Congolais», a-t-elle insisté.
Le ministère a présenté les outils de la campagne « Oui je le veux ». Un site internet et un numéro WhatsApp seront mis à disposition pour recueillir les contributions. Des kits de sensibilisation comprenant une version vulgarisée de la Constitution, des affiches et des spots audio ont été distribués aux représentants des communes.
Grâce Kutino a également annoncé la création de « Brigades Oui je le veux » dans chaque commune, composées de jeunes formés pour animer des discussions de proximité.
« Nous voulons 10 000 jeunes ambassadeurs dans tout le pays d’ici la fin de l’année. Des jeunes qui expliquent, qui écoutent, qui rapportent », a-t-elle précisé.
Elle a demandé l’accompagnement des parents, des églises, des chefs coutumiers et des médias.
« Ce n’est pas la campagne du ministère de la Jeunesse. C’est la campagne de la jeunesse congolaise. Appropriez-vous la », a-t-elle conclu.
Adhésion massive à l’initiative
À la sortie, les avis étaient partagés mais l’engouement était visible.
« Moi je suis venue écouter. J’avais peur qu’on nous impose quelque chose. Mais quand la ministre explique qu’on peut proposer, je me sens concernée », confie Grâce, étudiante en 2ème graduat.
« Le problème ce n’est pas la Constitution, c’est l’application. Mais bon, si on peut améliorer les choses, pourquoi pas », estime Patient, leader d’un mouvement citoyen.
Un autre jeune, arborant un t-shirt « Oui je le veux », a dit : « Au moins on nous parle. Avant on décidait pour nous. Maintenant on nous demande. C’est déjà un pas ».
Pour clôturer la cérémonie, Grâce Kutino a rappelé que la RDC traverse une période marquée par l’agression à l’Est et des défis économiques.
« Dans ce contexte, nous avons besoin d’unité. D’une Constitution qui nous rassemble et non qui nous divise. Le Président Tshisekedi a tendu la main. La jeunesse doit saisir cette main pour construire», a-t-elle déclaré. Elle a rendu hommage aux jeunes qui se battent sur le front, aux déplacés et aux familles endeuillées.
« Penser la Constitution, c’est aussi penser à ceux qui donnent leur vie pour que la RDC reste debout », a-t-elle ajouté.
La ministre a terminé par une note d’espoir :
« Dans 20 ans, nos enfants nous demanderont : qu’avez-vous fait en 2026 ? Répondons : nous avons choisi. Nous avons dit Oui je le veux pour une RDC plus juste ».
La campagne « Oui je le veux » se poursuivra dans les prochains jours à Lubumbashi, Goma, Mbuji-Mayi et Kisangani. Le ministère de la Jeunesse promet de publier un rapport de synthèse des propositions des jeunes avant la fin du trimestre.
