Décédé dans le crash d’un avion de Travep Congo Aviation survenu le vendredi 25 septembre 2026 à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi était l’une des figures majeures de la justice militaire en République démocratique du Congo. Magistrat militaire de carrière, il dirigeait depuis 2021 l’Auditorat général près la Haute Cour militaire, le parquet militaire au plus haut niveau national.
La disparition du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi marque un tournant pour la justice militaire congolaise. Auditeur général des FARDC près la Haute Cour militaire, il figurait parmi les magistrats militaires les plus en vue du pays. Son parcours était celui d’un magistrat de carrière. Avant d’accéder à la tête de l’Auditorat général, il avait notamment exercé les fonctions de Premier avocat général des FARDC et d’officier du ministère public près la Haute Cour militaire. En mars 2021, le président Félix Tshisekedi l’avait élevé au grade de lieutenant-général et nommé Auditeur général des FARDC, en remplacement du lieutenant-général Timothée Mukunto, décédé quelques semaines auparavant.
À la tête du parquet militaire
À la tête de l’Auditorat général, Likulia Bakumi était le numéro un des parquets militaires en RDC. Il intervenait ainsi dans des procédures sensibles mettant en cause des officiers généraux, des responsables militaires et, dans certains dossiers, des personnalités civiles. Sous son autorité, l’Auditorat général a notamment engagé des procédures dans plusieurs affaires à forte portée nationale. En 2021, il avait signé un avis de recherche visant l’ancien inspecteur général de la Police nationale congolaise, le général John Numbi, dans le dossier relatif aux assassinats de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. Son rôle ne s’est pas limité aux affaires nationales. En novembre 2025, il avait également reçu la procureure fédérale belge Anne France pour des échanges sur la coopération judiciaire et l’exécution de commissions rogatoires internationales.
Un procureur au cœur du procès contre Joseph Kabila
C’est toutefois dans le procès de l’ancien président Joseph Kabila que son nom a particulièrement retenu l’attention de l’opinion publique. Le 22 août 2025, devant la Haute Cour militaire, Lucien-René Likulia Bakumi, représentant le ministère public, avait requis la peine de mort contre Joseph Kabila, jugé par contumace. Ses lunettes posées au bout du nez, Likulia a lu un réquisitoire dans lequel il appelle la Haute Cour militaire à condamner Joseph Kabila « à la peine de mort » pour « crimes de guerre », « trahison » et « organisation d’un mouvement insurrectionnel ». Il a également requis 20 ans de prison contre l’ancien chef de l’État pour « apologie de crimes de guerre » et 15 ans de prison pour « complot », proposant l’application d’une seule peine maximale, à savoir la peine de mort. Ces accusations avaient été rejetées par Joseph Kabila et ses proches, qui les avaient présentées comme politiquement motivées. Le rôle de Likulia Bakumi dans cette procédure avait ainsi placé le magistrat au centre d’un procès particulièrement sensible.
Une présence au Conseil supérieur de la magistrature
Parallèlement à ses fonctions à l’Auditorat général, Lucien-René Likulia Bakumi était troisième secrétaire rapporteur du Conseil supérieur de la magistrature, en sa qualité d’Auditeur général près la Haute Cour militaire. Cette fonction est notamment attestée dans les documents officiels du Conseil supérieur de la magistrature. Jusqu’à sa disparition, il demeurait également engagé dans plusieurs procédures devant la Haute Cour militaire. En 2026, il représentait encore le ministère public dans des dossiers impliquant de hauts responsables militaires, notamment dans le procès de Christian Tshiwewe, ancien chef d’état-major des FARDC. Il était également en charge du procès du général Yav.
L’Auditeur général a péri dans ce crash avec une dizaine d’officiers et sous officiers, notamment le haut magistrat Joseph Mutombo Katalayi Tiende, premier président de la Haute Cour militaire et chef de cette délégation.
Des vidéos ont montré un appareil calciné, autour duquel se sont attroupés plusieurs riverains, à Kenge, chef-lieu de la province du Kwango, dans l’ouest de la RDC. Avec sa disparition, le pays perd ainsi un magistrat qui aura occupé pendant plusieurs années l’un des postes les plus sensibles de sa justice militaire, au cœur de plusieurs dossiers ayant marqué la vie politique et sécuritaire du pays.
