Deux photos, une même chemise blanche, un même salon. Des clichés qui circulent depuis ce week-end sur les réseaux sociaux relancent le litige foncier qui oppose à Lubumbashi deux demi-frères notamment l’opposant Moïse Katumbi et l’homme d’affaires Raphaël Katebe Katoto.
Sur la première photo, le Président Félix Tshisekedi pose aux côtés de Me Peter Kazadi, ancien vice-Premier ministre de l’Intérieur. Sur la seconde, il apparaît aux côtés de Raphaël Katebe Katoto. Présentées comme ayant été prises lors d’audiences du même week-end à la Cité de l’Union africaine, les images ont immédiatement été liées par les internautes au dossier foncier Katumbi-Katebe.
Un timing qui interroge. Si la chemise blanche et le décor de la Cité de l’UA sont devenus des marqueurs habituels des audiences présidentielles, rien ne permet d’attester que ces deux rencontres ont eu lieu le même jour. Leur diffusion groupée intervient alors que le dossier connaît un regain d’attention médiatique.
L’affaire a pris une autre tournure lors du Space Live de Stanis Bujakera Tshiamala le 29 septembre. Invité pour parler du référendum et d’un possible 3e mandat, Raphaël Katebe Katoto a été rattrapé par sa plainte contre son frère. Il a affirmé que « la procédure date de 2024 ».
Une version contredite par des indiscrétions recueillies dans les milieux judiciaires. Selon ces sources, la requête aux fins de fixation d’audience devant la Cour de cassation n’aurait été transmise que le 27 août 2026, sous le numéro RMP VI0220/PGCCAS/2025. Autrement dit, dossier ouvert en 2025, fixation demandée fin août 2026, soit un mois avant son passage dans le Space.
Cette chronologie change tout. Entre 2020 et septembre 2025, Moïse Katumbi résidait à Lubumbashi, présidait Ensemble pour la République et était candidat à la présidentielle de décembre 2023. Il a sillonné le pays, de Kisangani à Goma, assignable devant son juge naturel : le Tribunal de Grande Instance, seul compétent en principe pour un litige immobilier. Il ne quitte le territoire qu’en septembre 2025, selon nos informations.
Pourquoi ne pas l’avoir assigné lorsqu’il battait campagne ? Pourquoi attendre l’exil et encore onze mois après son départ pour saisir la Cour de cassation ? Pour ses avocats, c’est engager une procédure alors que leur client est dans l’impossibilité de comparaître.
Second problème : la juridiction. Le litige foncier initial aurait été requalifié en infraction pénale pour justifier le recours à la Cour de cassation, juridiction du Président, du Premier ministre et des gouverneurs en fonction. Or Moïse Katumbi a été gouverneur de 2007 à 2015 et les biens querellés n’auraient pas été acquis pendant cette période. Il ne saurait donc être justiciable de cette Cour pour ce litige. Pour plusieurs juristes, cela s’apparenterait à une tentative de donner une coloration pénale à un différend civil et familial.
C’est d’ailleurs ce qui explique son emportement lors du Space. Interrogé, Katebe Katoto a dénoncé une « calomnie de petits malins payés par cet individu en exil », tout en invoquant le secret de l’instruction. L’ONG Justicia ASBL rappelle pour sa part que Katumbi n’est pas justiciable de la Cour de cassation.
En attendant, la question demeure : qui a intérêt à faire fuiter simultanément ces deux photos de la Cité de l’UA ?
