À Moscou Tshisekedi répond à Kabila et alerte sur la menace de l’AFDL bis

Congo Nouveau
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C’est une sortie qui fera date dans la longue et tumultueuse relation entre Félix Tshisekedi et son prédécesseur. En marge du sommet Russie-Afrique à Moscou, le président de la République démocratique du Congo a livré, vendredi 30 octobre, un réquisitoire d’une rare violence contre Joseph Kabila, tout en adressant un avertissement solennel aux Congolais sur les dangers d’un retour au pouvoir des forces qu’il assimile à l’ancienne rébellion de l’AFDL. Pour Tshisekedi, si ces Rwandais arrivent encore à Kinshasa, ils vont corriger les erreurs de 1997 pour dominer longtemps les Congolais. Selon Tshisekedi, il faudra des générations pour se débarrasser d’eux. 

Devant une assemblée de la diaspora congolaise en Russie, le chef de l’État a puisé dans ses souvenirs de la coalition FCC-CACH pour discréditer son ancien partenaire politique. Il a ainsi révélé une conversation privée au cours de laquelle Joseph Kabila lui aurait confié son aversion à l’égard du Rwanda, accusant Kigali d’être responsable de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. « Ces Rwandais, je ne les aime pas, ce sont eux qui ont tué mon papa », aurait déclaré l’ancien président, selon le récit de Félix Tshisekedi.

La thèse du « pantin » et du retour de l’AFDL

Au-delà de l’anecdote personnelle, le président congolais a développé une analyse historique et politique pour le moins radicale. Il a établi un parallèle direct entre l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), qui porta son père au pouvoir en 1997 avec le soutien de Kigali, et le nouveau Front pour la refondation de la nation (FRN), présenté comme l’émanation politique de l’ex-AFC/M23 et désormais associé à Joseph Kabila.

« Leur objectif aujourd’hui est de rétablir l’ordre qu’ils avaient instauré en 1997 », a averti Félix Tshisekedi, estimant que, derrière le discours de « libération », les mêmes forces cherchent à « maintenir la population dans l’esclavage ». Selon lui, Laurent-Désiré Kabila lui-même aurait été trompé, son entourage ayant été infiltré, et aurait réalisé trop tard l’ampleur de l’influence rwandaise. Une manière de suggérer que Joseph Kabila, placé à la tête du pays par ces mêmes réseaux, n’a jamais été qu’un instrument docile. Le président n’a d’ailleurs pas hésité à reprendre à son compte la formule controversée utilisée lors d’un précédent déplacement aux États-Unis, affirmant que « ils ont pris leur chien pour le placer à la tête du pays », précisant qu’il ne s’agissait pas d’une insulte mais d’une description de la dépendance de son prédécesseur.

Un avertissement à la nation

Cette charge ne relève pas uniquement de la polémique politicienne. Elle s’inscrit dans un contexte sécuritaire et diplomatique précis. Alors que Kinshasa a lancé un processus de « Dialogue national » censé ramener la paix, Félix Tshisekedi a posé des conditions drastiques à la participation des groupes armés et de leurs supposés parrains politiques.

« On ne va pas faire le dialogue avec les supplétifs du Rwanda », a-t-il martelé, prévenant que ceux qui siègeraient à la table des négociations devraient d’abord « condamner l’agression » et rompre tout lien avec Kigali. Pour le président, la participation de l’entité dirigée par Joseph Kabila viserait uniquement à défendre l’agenda rwandais, citant pêle-mêle des revendications supposées, telles que la reconnaissance du kinyarwanda comme langue nationale ou un partage de la gestion de la ville de Goma.

L’avertissement est clair : pour Tshisekedi, la réconciliation nationale ne se fera pas au prix de l’impunité. « Tous ceux qui ont fait couler le sang des Congolais… on va leur demander : pourquoi avez-vous fait couler le sang des Congolais ? » a-t-il prévenu, fermant la porte à toute amnistie politique déguisée.

Une diplomatie de la contre-attaque

Cette sortie médiatique soigneusement orchestrée depuis Moscou intervient alors que Félix Tshisekedi cherche à diversifier ses partenaires internationaux. En sollicitant l’appui de Vladimir Poutine pour la mise en œuvre des résolutions de l’ONU exigeant le retrait des forces rwandaises, le président congolais tente de briser l’isolement diplomatique dans lequel l’Est du pays se débat depuis des décennies.

Mais en s’attaquant frontalement à Joseph Kabila sur la scène internationale, Tshisekedi prend le risque d’envenimer davantage une classe politique déjà profondément fracturée. Si l’objectif est de délégitimer définitivement l’ancien président aux yeux de la communauté internationale et de la population, la méthode laisse entrevoir une fin de règne marquée par une guerre des récits sans merci, où l’histoire immédiate de la RDC se réécrit à coups de révélations et d’accusations croisées. Reste à savoir si les Congolais, eux, y trouveront la paix promise.

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