Réponse cinglante d’un diplomate à la sortie médiatique de Joseph Kabila

Mutuma Kuamba
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Me Yodi: les 18 ans de pouvoir ne s’effacent pas par un discours

Me Jean Pierre Yodi Kasongo, ministre-conseiller à l’Ambassade de la République démocratique du Congo à Berne en Suisse, a répondu farouchement au récent discours de l’ancien Président Joseph Kabila dans un communiqué en soulignant : “Joseph Kabila face à son bilan : dix-huit années de pouvoir ne peuvent être effacées par un discours”. Pour ce diplomate, le discours de Joseph Kabila soulève une question essentielle de crédibilité. “Celui qui dénonce aujourd’hui l’autoritarisme, les violations des droits humains et la mauvaise gouvernance doit d’abord répondre du bilan de son propre régime. La mémoire des victimes ne peut disparaître au gré des changements de position politique”, écrit-il.

Me Yodi Kasongo articule sa démonstration en cinq points.

D’abord Un lourd bilan de répression politique.
Le document rappelle que dans son rapport de novembre 2008, Human Rights Watch documentait environ 500 personnes tuées et 1 000 détenues, dont beaucoup avaient subi des tortures, lors de la répression menée par les forces de sécurité depuis les élections de 2006. Les personnes soupçonnées de soutenir Jean-Pierre Bemba et les membres de Bundu dia Kongo figuraient parmi les principales cibles. “Ces violences commises sous sa présidence rendent particulièrement contestable sa posture actuelle de défenseur des libertés”, souligne-t-il.

Puis, des citoyens réprimés pour avoir demandé le respect de la Constitution.
Me Yodi Kasongo estime que Joseph Kabila invoque aujourd’hui l’ordre constitutionnel, alors que son maintien au pouvoir après l’expiration de son deuxième mandat, en décembre 2016, s’est accompagné d’une répression meurtrière. Selon Human Rights Watch, les forces de sécurité ont tué au moins 62 personnes entre le 19 et le 22 décembre 2016 et arrêté des centaines d’autres. Des Congolais ont ainsi payé de leur vie leur exigence d’alternance démocratique, note-t-il. Le même rapport attribue à de hauts responsables des services de sécurité le recrutement de plus de 200 anciens combattants du M23, venus notamment du Rwanda et de l’Ouganda, pour réprimer les manifestations. “Cette conclusion documentée appelle des explications de l’ancien président sur les méthodes utilisées pour préserver son pouvoir”, écrit le ministre-conseiller.

Puis encore, les atrocités du Kasaï et la persistance de l’impunité.

Les violences du Kasaï constituent également une page particulièrement grave de la fin de son régime, poursuit-il. Le rapport des Nations unies de 2018 a examiné des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité impliquant les forces de sécurité et différents groupes armés. “Il serait inexact d’attribuer tous ces crimes au seul Gouvernement, mais la responsabilité des agents de l’État et l’obligation de protéger les populations ne peuvent être éludées”, tempère Me Yodi.

Il ajoute que “Joseph Kabila ne peut donc réclamer aujourd’hui des poursuites pour les violations des droits humains sans accepter la même exigence concernant les crimes commis pendant sa présidence. La responsabilité pénale individuelle doit être établie par la justice ; la responsabilité politique de son régime doit, elle aussi, être examinée”.

Autre grief, une mauvaise gouvernance qui exige des comptes.
La critique de la gestion patrimoniale de l’État doit également s’appliquer à son propre entourage, argumente le diplomate. Les enquêtes Congo Hold-up, notamment celles de The Sentry, ont décrit des circuits financiers et des soupçons de détournement impliquant des proches de Joseph Kabila. Selon ces investigations, la société Sud Oil a reçu au moins 85 millions de dollars provenant de différentes institutions publiques congolaises. “Ces conclusions d’enquête ne constituent pas, à elles seules, des condamnations judiciaires, mais elles imposent des explications précises et des investigations indépendantes”, précise-t-il.

Après dix-huit années à la tête de l’État, l’ancien président doit rendre compte de la gestion des ressources publiques, de la solidité des institutions et de la capacité de l’armée à défendre le territoire, selon Me Yodi Kasongo.

Enfin, l’agression de la RDC n’a pas commencé avec le Président Félix Tshisekedi.

Pour conclure, Me Yodi Kasongo estime que présenter la guerre et les ingérences étrangères comme des conséquences apparues uniquement depuis 2019 contredit l’histoire. Le M23 avait déjà pris Goma le 20 novembre 2012, sous la présidence de Joseph Kabila. Le Conseil de sécurité avait alors condamné cette offensive et exigé la fin de tout soutien extérieur au mouvement. Human Rights Watch documentait également le soutien militaire rwandais au M23.

“Joseph Kabila connaît donc personnellement l’ancienneté de cette menace. Il ne peut attribuer son existence à son successeur ni présenter les difficultés actuelles comme si elles étaient sans rapport avec les fragilités héritées des décennies précédentes”, conclut-il.

“Joseph Kabila conserve le droit de critiquer le pouvoir, mais il ne peut exercer ce droit en effaçant son propre bilan. Sa parole doit être confrontée aux victimes de la répression, aux enquêtes sur la gestion des fonds publics et à l’histoire des agressions contre la RDC. Un ancien chef de l’État qui prétend défendre la nation doit commencer par reconnaître ses responsabilités et condamner sans ambiguïté toute entreprise armée portant atteinte à sa souveraineté”, a conclu Me Jean Pierre Yodi.

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