Avec un comité d’organisation verrouillé : Tshisekedi devient l’alpha et l’oméga de son dialogue

Congo Nouveau
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Le 13 septembre 2026, Félix Tshisekedi a franchi une nouvelle étape dans la préparation du Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. Par ordonnance, il a institué un Comité d’organisation préliminaire placé sous son autorité directe. Mais derrière l’annonce d’une initiative présentée comme inclusive, l’architecture du processus révèle une volonté manifeste de verrouillage : le président nomme, révoque et oriente les organes, tandis que la composition du Comité reste inconnue et que les membres sont astreints à la confidentialité. Cette configuration soulève une question fondamentale : peut-on réellement dialoguer lorsque les règles du jeu sont fixées par une seule partie ?

Une architecture verrouillée de bout en bout

L’ordonnance du 13 septembre prévoit que le Comité d’organisation, composé d’un coordonnateur, d’un coordonnateur adjoint et de membres, est intégralement désigné par le chef de l’État. Le président peut également y associer toute personnalité ou personne ressource qu’il juge nécessaire, et révoquer les membres à sa guise. Le texte précise que le Comité « exerce sa mission sous l’autorité directe du Président de la République » et lui rend compte par l’entremise de son directeur de cabinet.

Plus révélateur encore : ni la composition du Comité, ni les noms des onze experts du Secrétariat technique n’ont été rendus publics au moment de l’annonce. Les membres et experts devront signer un accord de confidentialité et respecter le secret professionnel, tandis que toute communication publique suivra des modalités fixées par le président. Ce dispositif contraste singulièrement avec les exigences de transparence et d’inclusivité affichées lors de l’annonce du dialogue.

Le processus se déroulera en deux temps : le Comité remettra d’abord un rapport préliminaire au chef de l’État, puis une seconde ordonnance convoquera officiellement le Dialogue national, en fixera le cadre et instituera une Commission préparatoire avec les confessions religieuses. Des consultations provinciales sont prévues dans les 26 provinces avant des assises nationales à Kinshasa, le tout devant ne pas dépasser trois mois — mais aucune échéance n’a été fixée au Comité lui-même, et aucune date de lancement n’a été annoncée. Ce flou temporel, combiné à la mainmise présidentielle sur les nominations et les orientations, alimente les soupçons d’une stratégie de temporisation.

Un contrôle dénoncé de toutes parts

L’opposition politique a immédiatement rejeté le format proposé. La coalition C64 refuse les consultations annoncées, les qualifiant de « monologue ». Néhémie Mwilanya reproche au président de vouloir contrôler le dialogue, tandis que Franck Diongo, de Sauvons la RDC, dénonce un pouvoir qui cumule les rôles de « partie, d’organisateur, d’arbitre et de juge ». Albert Mukulubundu Muke, cofondateur de Sauvons la RDC, résume la position de son mouvement : « Nous avons appelé au boycott de ce dialogue parce que c’est un monologue ». Il exige une personnalité neutre pour piloter la médiation, rappelant que « nous ne lui faisons pas confiance » à Félix Tshisekedi.

La société civile n’est pas en reste. Le Consortium Urgence DRC et 33 organisations rejettent un dialogue « unilatéral ou directement contrôlé par le pouvoir », estimant que le chef de l’État, étant lui-même partie à la crise, ne peut en être simultanément le principal pilote et l’arbitre. Ces organisations réclament une médiation indépendante, notamment sous l’égide des Nations unies et des confessions religieuses, pour créer un climat de confiance.

La société civile du Nord-Kivu, pourtant favorable à l’initiative, met en garde contre une « messe politique » destinée à faire porter à la population des choix dictés par des intérêts politiques. Elle exige la participation des « vraies » forces sociales et a entamé ses propres consultations préliminaires pour constituer des cahiers des charges.

L’exclusion comme mode opératoire

Le contrôle présidentiel se manifeste aussi par les exclusions. L’AFC/M23 est officiellement écartée du processus, une porte restant toutefois ouverte à ceux qui « renonceraient à la rébellion » et condamneraient l’« agression rwandaise ». Joseph Kabila et Corneille Nangaa sont également exclus. Pour l’avocat Martin Milolo, cette approche est intenable : « On ne peut pas vouloir le dialogue et exclure ceux qui pensent autrement que soi-même. » Il compare explicitement la démarche de Félix Tshisekedi à celle de Mobutu dans les années 1990, avant la Conférence nationale souveraine.

Cette analogie mérite d’être prise au sérieux. Dans les deux cas, le pouvoir en place tente de contrôler un forum censé remettre en question son bilan, en verrouillant l’agenda, en sélectionnant les participants et en s’assurant la maîtrise des conclusions. L’exclusion de l’AFC/M23 — acteur central de la crise sécuritaire dans l’Est — pose une question de fond : comment prétendre restaurer la paix sans impliquer ceux qui font la guerre ?

Un dialogue à participation réduite ?

Le risque principal, souligné par plusieurs observateurs, est celui d’un dialogue à participation réduite, rassemblant principalement les forces proches du pouvoir. L’analyste Christian Moleka estime que Félix Tshisekedi n’a pas fondamentalement évolué dans ses positions. Si les principaux acteurs restent à l’écart, le président risque d’avoir organisé un dialogue sans les principales forces qui le réclamaient — un scénario qui discréditerait davantage le processus qu’il ne le légitimerait.

La question de la représentativité est d’autant plus cruciale que les précédents dialogues en RDC ont souvent échoué à s’attaquer aux racines des crises. Le Consortium Urgence DRC rappelle que « les différents accords conclus au fil des crises n’ont pas réussi à s’attaquer aux racines du mal congolais ». Sans une participation large et sans garanties d’impartialité, le dialogue risque de reproduire les erreurs du passé : des accords signés mais jamais appliqués, des engagements pris puis trahis.

Un dialogue sans les dialogueurs ?

Le paradoxe est saisissant. Félix Tshisekedi répond à une demande pressante de l’opposition et de la société civile en annonçant un dialogue national. Mais il en fixe les règles, en désigne les organisateurs, en exclut les acteurs clés et en verrouille la communication. Le processus, tel qu’il est conçu, ressemble moins à une concertation nationale qu’à une consultation encadrée, dont les conclusions ne surprendront personne.

L’histoire récente de la RDC enseigne que les dialogues imposés d’en haut, sans véritable inclusion ni garanties d’impartialité, produisent rarement des paix durables. La question n’est pas de savoir si Félix Tshisekedi veut la paix — il l’affirme — mais s’il est prêt à accepter un dialogue qui ne soit pas sous son contrôle. Pour l’heure, la réponse semble négative. Et si le principal intéressé n’est pas à la table, peut-on encore parler de dialogue ?

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