Éviter une fin de mandat sous tension – 2028 : Kamitatu avertit Tshisekedi

Congo Nouveau
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À l’approche de 2028, échéance constitutionnelle de son second et dernier mandat, Félix Tshisekedi a engagé une offensive législative qui agite la scène politique congolaise. Le renvoi au Parlement de la loi sur le référendum, loin d’apaiser les esprits, est perçu par l’opposition comme un simple délai procédural, non comme un abandon. L’analyse de cette séquence révèle un bras de fer autour d’un verrou jugé sacré : l’article 220 de la Constitution.

Le verrou de l’article 220 : une ligne rouge constitutionnelle

Au cœur du débat se trouve l’article 220 de la Constitution du 18 février 2006. Ce dernier protège un nombre limité de dispositions considérées comme intangibles, parmi lesquelles « la forme républicaine de l’État, le suffrage universel, le nombre et la durée des mandats présidentiels ». Concrètement, il interdit formellement toute révision portant sur la limitation du nombre des mandats présidentiels.

Pour Olivier Kamitatu, l’un des « pères » de cette Constitution et porte-parole de l’opposant Moïse Katumbi, le pouvoir cherche en réalité à « déverrouiller l’article 220 qui limite le nombre de mandats ». Il dénonce une tentative de « braquage constitutionnel », estimant que les arguments avancés par la majorité (comme la répartition des compétences entre l’État central et les provinces) ne sont que des prétextes, ces matières relevant de lois organiques modifiables sans toucher à la Constitution.

La stratégie présidentielle : entre atermoiements et offensives

Le président Tshisekedi, réélu en 2023 pour un second mandat qui doit s’achever fin 2028, a adopté une stratégie en plusieurs temps. Dès mars 2026, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, levait tout doute : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution ». Des responsables du parti présidentiel ont même assumé ouvertement l’objectif d’un troisième mandat.

Le chef de l’État a ensuite habilement joué la carte du « peuple », déclarant en mai 2026 : « Je n’ai pas sollicité de troisième mandat […] mais si les Congolais me demandent de revenir, je suis à leur disposition ». Il a précisé qu’une éventuelle révision ne pourrait se faire que par référendum, tout en laissant planer la menace d’un report des élections de 2028 en raison de l’insécurité dans l’est du pays. Cette juxtaposition d’une main tendue et d’une épée de Damoclès électorale caractérise une stratégie d’encerclement politique.

Une opposition unie et mobilisée : la Coalition C64

Face à ce projet, l’opposition s’est structurée autour de la Coalition Article 64 (C64), qui rassemble les principales forces politiques et organisations de la société civile. Son mot d’ordre est clair : « Pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi ! ».

La C64 a fixé un ultimatum au président, exigeant la convocation d’un dialogue national inclusif avant le 15 août. Elle a obtenu un « petit pas dans la bonne direction » : le 13 août, Félix Tshisekedi a demandé au Parlement une nouvelle délibération de la loi référendaire, ce qui a suspendu temporairement sa promulgation. Mais pour Olivier Kamitatu, ce renvoi ne constitue « qu’un délai de procédure et non une garantie ».

La coalition, qui se veut « pacifique, civique et républicaine », a déjà annoncé une marche nationale pour le 15 septembre 2026, au moment de la rentrée parlementaire. Elle refuse toute violence mais entend maintenir une pression constante.

Les fragilités du camp présidentiel

Le projet ne fait pas l’unanimité au sein même de la majorité. Des figures comme Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, se sont opposées à toute modification, s’attirant une motion de défiance. Ces fissures révèlent que la tentation du troisième mandat fragilise l’Union sacrée, coalition hétéroclite qui porte le président.

Par ailleurs, des obstacles juridiques subsistent. L’état de siège prolongé dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri pourrait, selon l’opposition, rendre inconstitutionnel tout référendum sur une révision constitutionnelle. La Cour constitutionnelle, qui a déclaré la loi conforme le 28 juillet tout en émettant des réserves, devra probablement trancher ces questions épineuses.

Conclusion : une sortie de crise incertaine

La fin du mandat de Félix Tshisekedi s’annonce comme un moment charnière pour la démocratie congolaise. La tentative de modifier la Constitution pour autoriser un troisième mandat cristallise les tensions entre une majorité qui semble déterminée et une opposition qui promet une résistance civique. Comme l’a lancé Olivier Kamitatu au chef de l’État : « Monsieur le Président, il est encore temps de choisir une sortie honorable. Respectez votre serment. Préservez le Congo. Préparez l’alternance. C’est ainsi que vit une République ». L’issue de ce bras de fer, dont le renvoi de la loi référendaire n’est qu’un épisode, reste ouverte. Elle dépendra de la capacité des acteurs à privilégier le dialogue plutôt que la confrontation, et du respect des garde-fous constitutionnels qui fondent l’État de droit en RDC.

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