Le porte-parole du gouvernement congolais a détaillé mardi l’architecture des négociations en cours, distinguant clairement les discussions avec le Rwanda de celles avec le M23, alors que Félix Tshisekedi prépare un dialogue national interne.
« Les accords de Washington constituent le premier dialogue. C’est l’accord que nous avons conclu avec le père, le Rwanda. Le deuxième dialogue est l’accord-cadre de Doha. C’est ce que nous avons conclu avec le fils, le M23. » C’est en ces termes que Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a levé le 28 juillet le voile sur la stratégie diplomatique de la RDC face à la crise sécuritaire qui ravage l’Est du pays.
Intervenant lors d’un briefing de presse, le ministre de la Communication a détaillé l’architecture des négociations en cours, soulignant que l’accord de Doha comporte huit protocoles, dont celui sur la libération des prisonniers et celui sur la mise en œuvre d’un cessez-le-feu qui, a-t-il reconnu, « balbutie encore ». Six autres protocoles restent à finaliser.
Une crise « d’abord sécuritaire »
« Je rappelle encore une fois que la crise est d’abord sécuritaire. La crise que nous connaissons est due à l’agression rwandaise, menée directement par l’armée rwandaise et à travers ses supplétifs », a martelé Muyaya, réitérant la position officielle de Kinshasa qui accuse Kigali de soutenir activement la rébellion de l’AFC/M23.
Les processus de Washington et de Doha sont « censés apporter une réponse à cette crise sécuritaire », a-t-il poursuivi. Mais au-delà de ces canaux diplomatiques, le président Félix Tshisekedi entend convoquer un dialogue national dont l’objectif est de « créer un front intérieur contre l’agression ».
Le M23 exclu du dialogue national
Sur ce point, le porte-parole a été catégorique : les rebelles du M23 n’ont pas leur place dans ce dialogue interne. « Ceux du M23 sont déjà pris en charge dans un protocole et dans un cadre déterminé. Ils n’ont donc rien à voir avec le dialogue attendu ici », a-t-il affirmé, balayant toute confusion.
« Voulez-vous que nous acceptions d’amener le Rwanda et les Rwandais dans un dialogue entre Congolais visant à créer un front interne contre l’agression rwandaise ? Où est la logique ? », s’est-il interrogé, rejetant fermement toute critique sur l’exclusion des rebelles de cette consultation nationale.
Un contexte politique tendu
Cette annonce intervient dans un climat sociopolitique particulièrement crispé. Alors que la recherche d’un consensus face à la crise sécuritaire dans l’Est s’impose comme une priorité, le débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle divise profondément la classe politique.
L’opposition accuse en effet la majorité au pouvoir de vouloir modifier la Constitution pour permettre au président Tshisekedi de briguer un troisième mandat, en contournant la limite des deux mandats prévue par la loi fondamentale. Une accusation que le pouvoir rejette catégoriquement.
Le dialogue national que compte organiser le chef de l’État devra naviguer entre ces eaux troubles, alors que l’urgence sécuritaire dans les provinces orientales ne cesse de s’aggraver et que les processus de paix internationaux peinent à produire des résultats tangibles sur le terrain.
