Serge Owadja, le choix du terrain pour défendre les ressources du Haut-Katanga

Congo Nouveau
4 Min Read

Dans le Haut-Katanga, le sous-sol regorge de promesses que la population n’a jamais vraiment vues se réaliser. Entre exploitations sauvages, circuits de fraude et conditions de travail précaires, l’impression dominante était celle d’un trésor qui profite aux autres. Nommé en mars 2026 au gouvernement du gouverneur intérimaire Martin Kazembe, Serge Owadja a hérité d’un portefeuille sensible : Mines, Hydrocarbures, Énergie, Environnement et Développement Durable. Un ministère exposé, au cœur de tous les rapports de force.

Sa méthode tranche avec les habitudes. Fini le pilotage depuis un bureau. Pour le jeune ministre, la mine ne se gère pas à distance. Elle se comprend dans la poussière, au pied des carrières, là où se prennent les vraies décisions. Dès ses premières semaines, il a multiplié les descentes sur les sites, bottes aux pieds, carnet en main. Objectif : voir par lui-même, et imposer l’ordre.

Le premier front ouvert est celui de la légalité. À Kambove, Kipushi et ailleurs, les missions d’inspection s’enchaînent pour traquer l’exploitation illégale et passer au peigne fin les titres miniers. L’ambition est claire : casser les réseaux parallèles qui saignent l’économie provinciale et rappeler à chaque opérateur que les règles existent. « Quand l’État disparaît du terrain, la fraude s’installe », dit-on.

Le deuxième front est humain. Serge Owadja lie directement la performance minière à la dignité des travailleurs. Il exige des entreprises le respect strict de la loi : sécurité, salaires, conditions décentes. Pour lui, un site qui produit mais broie ses employés n’est pas une réussite. C’est une dette sociale. Le message adressé aux investisseurs est sans détour : pas de compromis sur l’humain dans le Haut-Katanga.

Le troisième chantier, moins visible mais tout aussi vital, concerne l’énergie. Les coupures à répétition plombent les ménages et ralentissent les usines. Le ministre s’est donc imposé comme arbitre et accélérateur de solutions, convaincu qu’une province minière ne peut pas se permettre l’instabilité électrique. Mines productives, foyers éclairés, PME opérationnelles : il plaide pour une cohérence entre production et consommation locale.

Sa vision ne sépare pas l’exploitation de la durabilité. Mines, hydrocarbures, énergie, environnement : tout est connecté. Exploiter implique de penser à la réhabilitation. Produire impose d’anticiper l’impact. Cette approche transversale vise à éviter les erreurs du passé et à inscrire l’action dans la durée, pas dans l’urgence.

Ce qui marque le plus, c’est le style. Peu de cortèges, beaucoup de présence. On le retrouve en pantalon kaki, lunettes anti-poussière, à discuter avec chefs de chantier, jeunes et autorités locales. Cette proximité crée une autre relation à l’autorité : moins de discours, plus de constats, des décisions prises sur place. Un signal reçu 5 sur 5 par les communautés comme par les fraudeurs.

Le pari est ambitieux. Les intérêts sont colossaux, les résistances réelles. Mais en choisissant le terrain plutôt que le confort, la loi plutôt que l’arrangement, Serge Owadja tente de réconcilier le Haut-Katanga avec ses richesses. L’idée est simple : que les ressources du sol servent d’abord à ceux qui vivent dessus. Et que la mine redevienne, non pas une malédiction, mais une fierté.

Cedrick Katay Kalombo

Share This Article
Leave a Comment

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *