À mesure que la situation politique et sécuritaire congolaise évolue, l’idée d’un dialogue intercongolais global et inclusif refait surface avec insistance. Selon plusieurs indiscrétions persistantes dans les milieux diplomatiques africains, le président Félix Tshisekedi envisagerait avec l’Union Africaine et les Nations Unies de convoquer, à la mi-janvier 2026, un grand forum politique à Lomé, capitale togolaise devenue ces dernières années un carrefour de médiations africaines. Une initiative qui s’inscrirait dans la continuité des consultations pilotées, ces derniers mois, par le conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité, Cashmir Eberande ainsi que des nombreuses rencontres menées avec les différentes confessions religieuses à Kinshasa.
Un contexte marqué par les consultations préliminaires
Depuis plusieurs semaines, une commission spéciale a multiplié des rencontres avec tous les médiateurs et certains présidents des pays voisins de la République Démocratique du Congo et des études ont été approfondies pour l’élaboration du budget détaillé et global de ce grand rencontre des filles et fils du Prophète Simon Kimbangu. Ces échanges, menés dans une relative discrétion, avaient pour objectif de sonder les attentes profondes des différentes partenaires du pays face à la persistance de la crise sécuritaire à l’Est, l’impasse politique qui fragilise les institutions et les tensions internes au sein de certains partis.
En parallèle, à Kinshasa, les confessions religieuses, longtemps considérées comme des piliers de la médiation sociale ont été reçues à plusieurs reprises pour réfléchir à un cadre permettant de rétablir la confiance nationale. Ces rencontres ont permis de dégager un consensus moral : la nécessité urgente d’un dialogue sincère, complet et tourné vers la vérité, loin des compromis politiques habituels.
Pourquoi Lomé ?
Plusieurs raisons semblent faire de Lomé un terrain neutre privilégié :
• sa réputation comme capitale de médiations réussies en Afrique de l’Ouest ;
• l’attitude équilibrée du gouvernement togolais face aux crises régionales ;
• la disponibilité des infrastructures diplomatiques capables de garantir un cadre sécurisé et apaisé.
Le choix d’un pays extérieur évite également toute pression interne et permet d’assurer aux délégués — opposition, majorité, société civile et groupes communautaires — un environnement neutre, parfois difficile à obtenir à Kinshasa ou Goma.
Les grands axes du futur dialogue
Selon les premières orientations évoquées lors des consultations d’Eberande, le dialogue envisagé devrait se structurer autour de trois piliers majeurs.
- Une Commission Justice et Vérité, pierre angulaire du processus
La mise en place d’une Commission Justice et Vérité serait au centre des discussions. Inspirée des modèles sud-africain ou rwandais, elle viserait à :
• documenter les crimes commis contre les populations civiles ;
• établir les responsabilités des acteurs étatiques, non étatiques et étrangers ;
• offrir un cadre de réparation et de réconciliation ;
• proposer un rapport public accessible à tous.
Pour de nombreux dignitaires religieux, cette commission serait l’outil indispensable pour restaurer la confiance nationale. Sans vérité, pas de justice ; sans justice, pas de paix durable.
- L’interdiction définitive du brassage et du mixage entre FARDC et groupes armés
Le second point, particulièrement sensible, concerne la réforme de l’armée. Plusieurs organisations de défense, experts militaires et responsables religieux sont unanimes : le brassage et le mixage entre les FARDC et les rebelles issus de l’AFC/M23 ou d’autres groupes armés de l’Est doivent être définitivement bannis.
Ce mécanisme, utilisé dans le passé pour absorber les combattants rebelles dans l’armée régulière, a souvent alimenté :
• les infiltrations au sein des FARDC ;
• les mutineries récurrentes ;
• la fragilisation des opérations militaires ;
• la résurgence cyclique de nouvelles rébellions.
La ligne défendue par Kinshasa, selon les participants aux consultations, serait désormais claire : aucune intégration de combattants issus de groupes armés responsables d’atrocités.
- Le programme DRCCSP, un chantier stratégique à consolider
Au cœur des priorités sécuritaires demeure le Programme de Désarmement, Réinsertion Communautaire, et Stabilisation des Provinces (DRCCSP). Celui-ci doit jouer un rôle majeur dans :
• la démobilisation durable des groupes armés ;
• la réinsertion économique des ex-combattants ;
• la stabilisation des zones rurales ;
• le retour des déplacés internes et des réfugiés.
Les experts consultés insistent sur l’importance de renforcer la gouvernance du programme, d’améliorer son financement et de l’aligner avec les réalités socioculturelles de chaque territoire.
Une participation large et véritablement inclusive
Pour éviter les erreurs des dialogues précédents souvent critiqués pour leur caractère élitiste, le futur forum devrait réunir :
• les représentants de toutes les forces politiques sans exception ;
• les leaders religieux ;
• les organisations féminines ;
• les jeunes ;
• les associations culturelles et communautaires ;
• les notabilités coutumières ;
• les organisations de victimes ;
• les diasporas congolaises.
Cette inclusivité serait, selon Kinshasa, la garantie d’un accord national durable, soutenu par l’ensemble du tissu social.
Lomé 2026 : un pari politique audacieux
Si le président Félix Tshisekedi confirme cette initiative, le rendez-vous de Lomé pourrait devenir l’un des événements politiques africains majeurs de 2026.
Le défi est immense : réunir des acteurs longtemps antagonistes, restaurer la confiance dans les institutions, proposer un chemin clair vers le règlement de la crise sécuritaire et tracer une vision partagée pour l’avenir.
Mais pour la première fois depuis longtemps, les consultations menées à Kinshasa semblent indiquer un climat favorable. Les confessions religieuses, souvent divisées par le passé, convergent cette fois-ci autour de principes communs. Les organisations citoyennes réclament une méthode nouvelle, loin des compromis politiques éphémères. Les partenaires internationaux observent attentivement, prêts à soutenir un processus transparent.
Vers une nouvelle architecture nationale ?
Le dialogue projeté à Lomé pourrait ouvrir la voie à :
• une politique de justice transitionnelle nationale ;
• un pacte social renouvelé entre l’État et les citoyens.
À moins d’un an de l’échéance, l’initiative, si elle se confirme, sera scrutée par l’opinion congolaise.
Beaucoup y voient déjà un tournant historique : celui où la République Démocratique du Congo décidera enfin, collectivement, de rompre avec les cycles de violence et d’instabilité pour s’engager dans une trajectoire de vérité, de justice et de sécurité durable.
