Signé par Tshisekedi et Kagame : que contient l’accord de paix de Washington ?

Congo Nouveau
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Les langues se sont déliées, dans un sens comme dans l’autre, à propos du contenu de l’accord ratifié hier jeudi par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, en présence de Donald Trump et de plusieurs chefs d’État africains. Cette nouvelle architecture, baptisée « Washington Accords for Peace and Stability », regroupe les textes déjà paraphés ces derniers mois (la Déclaration de principe du 25 avril, l’accord de paix du 27 juin), mais aussi des documents plus récents, dont le cadre d’intégration régionale, encore en cours de finalisation.

L’objectif affiché est de fusionner ces instruments en un mécanisme unique, plus large, couvrant à la fois les engagements politiques, sécuritaires et économiques des deux pays.

Les minerais au cœur de la nouvelle architecture régionale

Le texte au centre des discussions de jeudi est le cadre d’intégration régionale, considéré comme l’ossature économique du processus. Il repose sur un objectif majeur : réorganiser, de manière transparente et contrôlée, les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques dans une région où ces ressources (étain, tantale, tungstène, niobium, or, lithium) alimentent depuis longtemps les économies informelles et les groupes armés.

Washington cherche à résoudre une triple équation :

• protéger les intérêts stratégiques américains dans les minerais critiques,

• permettre à la RDC de récupérer la valeur minière aujourd’hui accaparée par des circuits illégaux,

• renforcer le Rwanda en tant que hub régional de transformation, un rôle que Kigali revendique depuis des années.

Des projets concrets dans le secteur minier

Le document finalise plusieurs initiatives détaillées. Kinshasa et Kigali envisagent notamment la création de centres de “tolling” publics-privés, installés aux postes-frontières ou dans des zones économiques spéciales. Ces plateformes devront :

• vérifier la traçabilité des minerais,

• certifier les flux,

• appliquer automatiquement taxes et droits au pays d’origine,

• sécuriser les cargaisons destinées au commerce international.

Le cadre prévoit aussi :

• des systèmes d’inspection et de validation des sites miniers,

• un suivi complet de la chaîne de custody,

• la certification des exportations,

• l’harmonisation des politiques fiscales pour réduire les incitations à la contrebande,

• la création de zones économiques spéciales, zones industrielles transfrontalières, et outils d’investissement conjoints (joint ventures, financements mixtes).

Énergie : Ruzizi III, méthane du lac Kivu et interconnexion régionale

Sur le volet énergétique, Kinshasa et Kigali réactivent plusieurs projets structurants :

• finaliser le financement et la mise en œuvre de Ruzizi III, avec le Burundi, sous la gouvernance de la CEPGL,

• exploitation coordonnée du méthane du lac Kivu,

• construction d’un pool énergétique régional,

• lancement d’études de faisabilité pour de nouvelles infrastructures électriques.

Infrastructures : transport, ports, routes et Corridor de Lobito

Le texte relance un programme destiné à moderniser les ports, réduire les coûts du fret, améliorer la sécurité du transport lacustre et désigner des points d’entrée et de sortie officiels.

Sur la route :

• identification de chantiers prioritaires,

• renforcement des axes stratégiques,

• postes-frontières à contrôle unique,

• connexion progressive au Corridor de Lobito, présenté comme une alternative d’exportation vers l’Atlantique et soutenu par Washington.

Le cadre prévoit également :

• la normalisation de l’espace aérien,

• la modernisation des services de navigation,

• le retour progressif des liaisons directes entre Kinshasa et Kigali.

Conservation et tourisme : coopération renforcée autour du parc des Virunga

Le cadre renforce la collaboration transfrontalière autour du parc des Virunga (RDC) et du parc des Volcans (Rwanda), dans le cadre du Greater Virunga Transboundary Collaboration (GVTC).

Sont envisagés :

• des mécanismes de sécurité coordonnés,

• des opérations conjointes de suivi de la faune,

• une approche One Health dans les zones tampon,

• la création d’une destination écotouristique intégrée, avec stratégie commune de marque et, à terme, des régimes de visas harmonisés.

Santé publique : un système d’alerte transfrontalier

Les deux pays s’engagent à :

• mettre en place des canaux de communication sanitaire transfrontaliers,

• partager les données épidémiologiques,

• coordonner les campagnes de vaccination,

• collaborer avec l’OMS, l’Africa CDC et le CDC américain.

La mise en œuvre reposera sur :

• un sommet annuel de haut niveau,

• un comité de pilotage (REIF Steering Committee),

• des groupes de travail sectoriels chargés de traduire ces engagements en programmes opérationnels.

Les accords bilatéraux : Kigali–Washington et Kinshasa–Washington

Deux accords bilatéraux viendront compléter ce dispositif :

1. Rwanda – États-Unis : une coopération minière déjà avancée

L’accord sur la « prospérité économique » entre Kigali et Washington formalise une coopération particulièrement active dans le secteur minier.

Kigali met en avant ses propres infrastructures :

• fonderie d’étain,

• raffinerie d’or,

• raffinerie de tantale,

le tout sous la supervision du Rwanda Mining, Petroleum and Gas Board (RMB) et du Rwanda Development Board (RDB).

La société Trinity Metals — issue de la fusion des mines de Nyakabingo (tungstène), Rutongo (étain) et Musha (étain/tantale) — joue un rôle central. Une première cargaison de tungstène rwandais est arrivée aux États-Unis en septembre, soutenue par un financement technique de la DFC américaine.

2. Partenariat stratégique RDC – États-Unis : exploration minière et projet Manono

Ce partenariat, composé de 17 articles, récapitule les projets de coopération lancés depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Il couvre :

• le barrage d’Inga,

• le Corridor de Lobito,

• Ruzizi,

• et surtout les minerais critiques.

Les États-Unis soutiennent un programme d’exploration minérale à grande échelle en RDC, mobilisant des technologies avancées.

La société KoBold Metals — active dans le lithium — est placée au centre du dispositif. Washington appuie son initiative visant à acquérir et développer le gisement de Roche Dure à Manono. KoBold dispose déjà d’autorisations d’exploration dans le Haut-Lomami et le Tanganyika.

CN / RFI

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