Instabilité dans l’Est de la RDC : Le parrain et les témoins indifférents

Congo Nouveau
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Alors que l’Est de la République démocratique du Congo traverse une nouvelle séquence d’incertitude sécuritaire, les acteurs censés peser de tout leur poids pour ramener l’ordre brillent par une indifférence qui interroge. Dans cette crise qui dure depuis plus de deux décennies, les engagements se diluent, les médiations s’essoufflent et les prises de position se font sélectives. Pourtant, le terrain continue de parler : les populations subissent, les groupes armés avancent, et les équilibres régionaux se fragilisent.

Au cœur de cet échiquier mouvant, une réalité saute aux yeux : le Burundi demeure l’un des rares États de la sous-région à alerter clairement sur la dérive sécuritaire en cours, tandis que d’autres acteurs majeurs adoptent un silence qui vaut approbation ou prudence calculée.

Bujumbura, voix isolée dans un concert de mutisme

Les autorités burundaises multiplient avertissements et prises de position. Les opérations conjointes menées dans les zones frontalières, les déclarations publiques et les signaux diplomatiques rappellent que la menace qui plane sur l’Est de la RDC dépasse les frontières congolaises et engage la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

Dans un contexte où plusieurs capitales ferment les yeux ou privilégient les agendas bilatéraux, Bujumbura se distingue par un discours de fermeté et un appel constant à une réponse régionale cohérente. Une posture qui tranche avec les attitudes hésitantes — voire absentes — d’autres partenaires.

Paul Kagame, posture de défi face à Washington

Sur un autre front, la posture de Kigali nourrit encore plus de crispations. Alors que les tensions avec Kinshasa restent vives, Paul Kagame multiplie des prises de position interprétées comme un défi à l’égard de Donald Trump, revenu au centre de la scène politique américaine. Dans un contexte international où les lignes diplomatiques se redessinent, le président rwandais semble vouloir afficher une autonomie stratégique vis-à-vis de Washington, quitte à ouvrir une brèche dans les efforts de désescalade souhaités par plusieurs partenaires.

Cette posture, qui combine assurance, calcul géopolitique et communication offensive, accentue le sentiment que les leviers permettant de faire pression sur les protagonistes se réduisent à vue d’œil.

Une crise dont les témoins se détournent

Ce qui choque davantage, c’est la manière dont certains acteurs internationaux — longtemps considérés comme les garants d’un équilibre minimal — observent désormais la situation sans initiative forte. Entre prudence diplomatique, réajustements stratégiques globaux et priorités ailleurs, l’Est de la RDC ne semble plus occuper la place centrale qu’exigerait l’urgence humanitaire et sécuritaire.

L’attitude des partenaires traditionnels s’apparente à un retrait silencieux, laissant Kinshasa affronter seule un ensemble de menaces qui transcendent largement le cadre national.

Un appel à briser l’indifférence

Face à cette inertie, une question s’impose : qui assumera enfin le rôle de garant d’un processus régional crédible ? Les populations du Nord-Kivu, de l’Ituri ou du Sud-Kivu ne peuvent continuer à payer le prix de calculs géopolitiques qui s’éloignent chaque jour davantage de la réalité du terrain.

Dans un moment où les tensions montent, où les alliances se recomposent et où les ambitions s’affirment, la RDC a besoin d’alliés lucides, constants et responsables. Le Burundi l’a compris. D’autres, manifestement, hésitent encore. Pourtant, l’histoire a montré que l’inaction est souvent le premier moteur de l’irréparable.

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