La création du Front pour la refondation de la nation (FRN), le 12 octobre, provoque une crise au sein du PPRD. Plusieurs cadres prennent leurs distances avec Joseph Kabila, tandis que des voix réclament des sanctions contre son ancien parti. Une question demeure : les responsables du PPRD ignoraient-ils réellement les accusations portées depuis plusieurs mois contre leur ancien président ?
L’annonce du FRN, présenté comme une structure politico-militaire dirigée par Joseph Kabila, ravive les tensions autour de l’ancien chef de l’État et de ses liens présumés avec l’AFC/M23. En février dernier, Félix Tshisekedi avait déjà accusé son prédécesseur d’être le parrain de l’Alliance Fleuve Congo, dont le M23 constitue la principale composante armée.
Pour les détracteurs de Kabila, la nouvelle structure renforce ces soupçons. Mais au sein de son ancien parti, les réactions se multiplient.
Des démissions en cascade
Allegra Fosh Ngalula a annoncé sa démission du PPRD, invoquant son attachement à la paix, à la stabilité et aux voies démocratiques. Patrick Nkanga Bekonda, membre du parti depuis 2006, a également quitté ses fonctions de rapporteur du Bureau politique.
India Omari a, lui aussi, pris ses distances, estimant que la fidélité à ses convictions peut imposer de rompre avec certaines orientations. Le docteur Aristote Ngarime a réaffirmé son attachement à la Constitution et déclaré son opposition à la rébellion. Marie-Ange Mushobekwa figure également parmi les personnalités citées dans les prises de distance.
Ces départs illustrent les divisions provoquées par la création du FRN et le malaise de cadres qui refusent d’être associés à une initiative politico-militaire controversée.
Des appels à la dissolution du PPRD
La contestation dépasse les rangs du parti. Aaron Mukula, coordonnateur de la Coalition article 64 alinéa 2, réclame la radiation du PPRD, qu’il considère comme lié à la continuité de l’AFC/M23. L’APDM exige également sa dissolution, présentant le parti comme une vitrine politique de la rébellion. Ces accusations restent à distinguer des responsabilités qui pourraient être établies par les institutions compétentes, dans le respect des procédures légales.
Autre sujet de mécontentement : la préparation du FRN. Selon plusieurs sources, une partie des cadres du PPRD et de la plateforme Sauvons la RDC aurait découvert sa création par les médias. Seuls quelques proches de Joseph Kabila, notamment Marcellin Cishambo, Patient Sayiba et Moïse Nyarugabo, auraient participé à la signature de l’acte constitutif. Cette méthode alimente les critiques sur la concentration des décisions dans un cercle restreint et nourrit le sentiment d’abandon de certains militants restés fidèles au PPRD et au FCC. Malgré ces défections, des proches de l’ancien président, dont Barnabé Kikaya Bin Karubi et Moïse Ekanga, restent associés à son entourage politique. L’ampleur réelle de la crise dépendra toutefois de l’évolution des départs et de la position des structures du parti.
Un avenir incertain pour le PPRD
La création du FRN place Joseph Kabila face à un double défi : défendre sa nouvelle orientation politique et préserver la cohésion du PPRD. Les démissions annoncées révèlent des désaccords profonds sur la stratégie à suivre et sur les limites de la fidélité politique. Une interrogation demeure : les cadres du PPRD ont-ils réellement été surpris par cette évolution, malgré les alertes répétées du pouvoir sur les liens présumés de Kabila avec l’AFC/M23 ? Si les départs se poursuivent, le PPRD risque de perdre une partie de ses figures historiques. La création du FRN pourrait ainsi marquer non seulement une recomposition politique autour de Joseph Kabila, mais aussi une fracture durable au sein de son ancien parti.
