SNEL/Twiga Power : un projet de 442 à 662 millions validé sans préalables remplis

Mutuma Kuamba
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Le projet de construction de la centrale hydroélectrique de Kibombo dans le Kongo-Central, d’une capacité projetée de 246 MW, fait l’objet de graves interrogations au sein de la Société Nationale d’Électricité (SNEL SA). Des documents internes transmis à l’État actionnaire unique font état d’un possible conflit d’intérêts majeur et d’une contractualisation poursuivie sans autorisation du Conseil d’Administration.

Tout commence par deux courriers du Président du Conseil d’Administration de la SNEL. Dans ses lettres référencées 2043/LN/CA/RMP/MIN/2021 du 19 mai 2021 et 01211/W/CA/RMP/PEL/2021 du 6 juillet 2022, il saisit le Directeur Général pour obtenir des éclaircissements sur l’actionnariat de l’entreprise Tega Power, présentée au Conseil comme partenaire à 79% de la SNEL dans le projet de construction de la centrale pour une valeur totale de 442 millions de dollars américains.

Dans la même correspondance, le PCA demande également des éclaircissements sur un conflit d’intérêts existant entre Tega Power et la SNEL, au niveau de la dualité possible d’influence entre des dirigeants ou salariés de la SNEL et cette entité.

La réponse de la Direction Générale, contenue dans la lettre n°2011/EDG/1773 du 19 mai 2021, se limite à indiquer qu’aucun contrat d’agrégation énergétique n’existait avec Tega Power, sans apporter les clarifications sollicitées sur les liens d’intérêts avec des dirigeants de la SNEL.

Cette omission est relevée à nouveau en juillet 2022. Dans sa réponse du 8 juillet 2022, la Direction Générale indique qu’elle “n’est pas en mesure” de se prononcer sur la question “en l’absence de tout élément probant”.

Or, selon une note transmise pour information au Président de la République, au Premier Ministre, au Ministre des Finances, au Ministre du Portefeuille et aux administrateurs de la SNEL, des pièces, notamment d’actes publics provenant d’une administration publique, indiqueraient que Mme Kasu-Balo Pyonigo Natacha, agent SNEL et membre du cabinet du Directeur Général où elle exerce comme chargée de missions, aurait exercé la fonction de Présidente du Conseil d’Administration de Tega Power au moment où le dossier était présenté au Conseil d’Administration.

“Ce fait n’était pas connu”, souligne le document, qui estime que cela “constitue une manière de dissimuler le conflit d’intérêts majeur qui aurait dû être déclaré et porté à la connaissance du Conseil d’Administration, particulièrement au regard de l’environnement de Tega Power dont les services se trouvent susceptibles d’influencer substantiellement les intérêts financiers de la SNEL”.

Deuxième point de crispation : le non-respect des procédures.

Par sa décision n°04/CA/M/FIP/RMP du 6 juillet 2022, puis confirmée par la décision n°04/CA/06/03/2026 du 6 mars 2026, le Conseil d’Administration avait subordonné la mise en œuvre du projet à la conclusion d’une série de préalables : accord-cadre avec le partenaire, études techniques et financières approfondies, mise en place d’un comité technique conjoint, élaboration d’un business case complet incluant les hypothèses tarifaires, le schéma de financement, le projet de contrat d’achat d’énergie (PPA) et l’analyse consolidée de rentabilité.

Le Conseil avait également décidé de transmettre le dossier à l’Assemblée Générale pour décision de l’État Actionnaire Unique.

Selon le procès-verbal du Comité d’Audit du 22 janvier 2026, le coût estimatif du projet s’élève désormais à environ 662 millions USD pour 246 MW, soit près de 2,74 millions USD par MW, contre 442 millions initialement présentés. Soit une augmentation de 220 millions USD.

Le Comité d’Audit a relevé que le projet présente un intérêt stratégique pour la couverture du déficit énergétique de Kinshasa, mais a recommandé que sa mise en œuvre soit précédée des préalables cités.

Or, toujours selon les documents, “bien que ces préalables n’aient pas été remplis, (…) vous avez poursuivi, sans autorisation ni approbation du Conseil, les négociations et la contractualisation du projet, allant jusqu’à dessiner une modification financière et de gouvernance substantiellement différente (…) et dont les termes s’avèrent hautement désavantageux et défavorables aux intérêts de la SNEL”.

Dans deux autres correspondances datées du 13 mai 2026 et du 6 juillet 2026, signées par le Directeur Général, le Prof. Dr. Ir. Lwamba Muba Teddy, ce dernier affirme que Twiga Power – autre dénomination apparaissant dans les documents pour le même projet – “n’a aucun contrat signé avec SNEL SA relatif à l’agrégation (trading) de l’énergie” et que les contacts sont axés sur le développement de Kibombo, dont l’approbation aurait été accordée en avril 2026 suivant une instruction de l’actionnaire unique.

Le dossier, au dernier ressort, a été transmis à l’Assemblée Générale et à l’État actionnaire pour “les suites qu’il jugera appropriées”.

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