C’était le test grandeur nature de la Coalition Article 64. Le mardi 15 septembre, la plateforme qui réunit Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata et Delly Sesanga a remis la pression dans la rue contre tout projet de changement de Constitution et de loi sur le référendum.
La marche coïncidait volontairement avec la rentrée parlementaire. L’objectif affiché : déposer un mémorandum au Palais du Peuple et dire « non » à un troisième mandat.
Alors, pari gagné ou perdu pour l’opposition ? La réponse est nuancée.
Ce que l’opposition a réussi
Rester unie et imposer son agenda. Après avoir reporté sa marche du 22 juillet à la demande de la CENCO et de l’ECC pour « donner une chance au dialogue », la C64 a su rebondir après l’expiration de son ultimatum du 15 août. Elle a maintenu la question constitutionnelle au centre du débat, alors que le pouvoir voulait l’axer sur le Dialogue national pour la paix.
Faire entendre sa ligne rouge. Son message est clair et juridique : « Aucune révision, aucun changement de Constitution, aucun référendum ne peut servir à contourner les articles 220 et 70 », qui verrouillent le nombre de mandats. C’est une piqûre de rappel chiffrée : la marche intervient à 764 jours de l’échéance de convocation de la présidentielle et à 889 jours de la fin du second mandat de Félix Tshisekedi.
Obtenir une légitimation morale. La CNDH elle-même a appelé à faire de cette journée « un moment d’expression démocratique et non de confrontation » et a rappelé que « maintenir l’ordre ne signifie pas supprimer les libertés ».
Ce qui limite la portée
Une mobilisation à géométrie variable. À Kinshasa, le dispositif policier était massif et les activités se sont déroulées « normalement dans plusieurs quartiers ». Des rassemblements ont eu lieu à l’Échangeur de Limete, à Bandalungwa vers Moulaert, mais sans déferlante. En provinces, la marche a été empêchée à Matadi et interdite à Gemena pour cause d’Ebola, et une vingtaine d’arrestations ont été signalées à Lubumbashi.
La stratégie du pouvoir : banaliser. Le gouvernement, par la voix de Patrick Muyaya, a appelé la population à « vaquer à ses occupations » et à aller à l’école et au travail comme d’habitude, mettant en avant le Dialogue national. Même au sein de la majorité, Augustin Kabuya a demandé de décaler la rentrée parlementaire au soir pour éviter toute confrontation, signe que le pouvoir veut éviter l’image de la répression au Palais du Peuple.
Quelles incidences pour Félix Tshisekedi ?
Le pouvoir n’est pas déstabilisé à court terme, mais il est mis sous pression sur trois tableaux. Juridique : Le renvoi de la loi référendaire au Parlement après les réserves de la Cour constitutionnelle est perçu par la C64 non comme un retrait, mais comme une manœuvre dilatoire. Le Président ne peut plus avancer en catimini. Politique : Le rejet par la C64 du dialogue piloté par la Présidence, jugé « corseté » et sans médiateur neutre, prive le dialogue voulu par Tshisekedi d’une partie de sa crédibilité. International : L’opposition a réussi à internationaliser la question : ce n’est plus un débat interne, mais la défense du « pacte républicain » de 2006.
Non, la C64 n’a pas fait tomber le pouvoir et n’a pas paralysé Kinshasa. Oui, elle a gagné son pari principal : prouver qu’elle peut encore mobiliser ensemble, imposer le thème de l’alternance et forcer le pouvoir à se justifier.
Pour Tshisekedi, le risque n’est pas la rue du 15 septembre. C’est la suite : si la loi sur le référendum revient à l’Assemblée et que le projet de changement de Constitution se précise, cette marche sera retenue comme le point de départ d’un front plus large, avec le soutien affiché des principales confessions religieuses et la société civile.
