Afrique francophone | Brazzaville : AFRIMPA créée pour briser le silence sur le paludisme

Mutuma Kuamba
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C’est une première en Afrique francophone. L’Alliance Francophone des Médias et Journalistes contre le Paludisme (AFRIMPA) a été officiellement lancée vendredi à Brazzaville, à l’issue de trois jours de travaux réunissant journalistes, experts, programmes nationaux et société civile. Une plateforme régionale voulue comme une réponse durable à une maladie qui tue encore massivement mais qui reste sous-traitée médiatiquement.

L’initiative est portée par Impact Santé Afrique (ISA), qui en assure le Secrétariat, en partenariat avec la Plateforme des Organisations de la Société Civile d’Afrique Centrale pour la Lutte contre le Paludisme. Les autorités de la République du Congo en font partie. Le séminaire de lancement a réuni des professionnels des médias venus du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Gabon, de la République Démocratique du Congo et de la République du Congo, pays hôte, en présence du ministre de la Santé et de la Population et du représentant du linistre de la Communication et des Médias.

Briser l’invisibilité du paludisme

Ouvrant les travaux, la Directrice exécutive d’Impact Santé Afrique, Mme Olivia Ngou, a planté le décor. Le paludisme, a-t-elle rappelé, continue de peser lourdement sur les pays africains. Il touche des millions de personnes chaque année, en particulier les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.

“Le paludisme continue de peser lourdement sur nos pays. Il touche des millions de personnes chaque année, en particulier les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes. Et pourtant, malgré cette réalité constante, l’attention qu’on lui accorde, elle, ne l’est pas. J’appelle les médias à briser l’invisibilité du paludisme, à traquer les financements et à donner la parole aux communautés affectées”, a-t-elle déclaré.

Selon elle, le paludisme ne disparaît pas entre deux Journées mondiales. S’il est causé par un parasite transmis par la piqûre de moustiques anophèles, sa persistance est aujourd’hui aggravée par trois menaces majeures : l’évolution de la maladie elle-même avec l’émergence de résistances aux médicaments et aux insecticides, la pression sur les financements internationaux qui ne suffiront plus seuls, et la désinformation dans un paysage médiatique bouleversé.

Mme Ngou a fustigé une couverture médiatique trop ponctuelle, concentrée autour de la Journée mondiale du paludisme, d’une épidémie ou du lancement d’une campagne. “Or, ce qui se joue dans ce silence est immense : les décisions de financement, la mise en œuvre des programmes, la redevabilité des acteurs, les innovations qui pourraient sauver des vies”, a-t-elle martelé.
D’où la création d’AFRIMPA. Ce n’est pas un simple programme de formation ponctuel, mais une plateforme régionale qui réunit journalistes, rédacteurs en chef et organisations médiatiques d’Afrique francophone. Elle s’appuiera sur les réseaux déjà actifs au Cameroun et en RDC comme premiers points d’ancrage, avec pour mission de renforcer la qualité, la constance et l’influence du traitement médiatique du paludisme.

Que doivent faire les journalistes ? Maintenir l’attention publique toute l’année, comprendre et traquer les financements : d’où vient l’argent, où il va et si les engagements domestiques sont tenus. Enquêter sur les ruptures de médicaments, donner accès aux bonnes données et aux experts, et surtout raconter les histoires des communautés qui vivent la maladie au quotidien. “Nous voulons que le journaliste qui cherche à comprendre un budget consacré au paludisme sache qui appeler. Que celle qui découvre une histoire importante au Cameroun puisse échanger avec un confrère en RDC, au Congo ou en Côte d’Ivoire”, a-t-elle souhaité.

La qualité de l’information peut sauver des vies

Message appuyé par le gouvernement congolais à Brazzaville. Le ministre de la Santé et de la Population de la République du Congo (RC), le Professeur Jean-Rosaire Ibara, a affirmé que la lutte contre le paludisme, au-delà de sa dimension médicale, est un enjeu de développement et de justice sanitaire, nécessitant une alliance durable entre médias, scientifiques et autorités.

“La lutte contre le paludisme ne se gagne pas uniquement dans les formations sanitaires, les laboratoires et les programmes de santé, mais elle se gagne également dans l’espace public, dans les familles, dans les communautés et dans les médias. La qualité de l’information peut sauver des vies”, a-t-il déclaré à l’ouverture.

Pour le ministre, à l’heure où l’information circule à une vitesse inédite, la lutte contre le paludisme doit aussi être une lutte contre la désinformation. “Une rumeur sur un médicament, une information non vérifiée sur un vaccin, une mauvaise interprétation de données épidémiologiques ou un message alarmiste sans fondement peuvent détourner les populations des interventions utiles. Le journalisme sanitaire doit donc conjuguer trois exigences : la rigueur, la vérification et la pédagogie”, a-t-il insisté.

Il a rappelé que le paludisme n’est pas seulement une maladie infectieuse, mais aussi un problème de productivité, d’équité sociale et de justice sanitaire. En République du Congo, a-t-il révélé, le profil OMS fondé sur les données 2023 estimait environ 1,3 million de cas et 2.200 décès, tandis que 100% de la population vivait en zone de transmission supérieure à un cas pour 1.000 habitants, avec prédominance de Plasmodium falciparum.

Face à cette réalité, la réponse doit être fondée sur la prévention, le diagnostic précoce, l’accès aux traitements efficaces, la protection des femmes enceintes et des jeunes enfants, la lutte antivectorielle et l’utilisation rigoureuse des données, y compris les innovations vaccinales. “Cette Alliance vient combler un vide réel”, a conclu le ministre, appelant à transformer des données complexes en messages compréhensibles.

Une responsabilité qui commence

A la clôture des trois jours de travaux, au nom des journalistes, Gracia Kyto, journaliste à Télé Congo, a remercié les autorités congolaises pour leur leadership, notamment les ministères de la Santé et de la Communication pour l’accueil, la facilitation des visas et l’organisation.

“Pendant trois jours, nous avons parlé de financement, de nouveaux traitements et innovations, de résistance aux médicaments, de données, de réalités communautaires, de populations vulnérables, mais aussi de notre propre responsabilité en tant que journalistes”, a-t-il souligné.
Et d’ajouter : “Nous repartons maintenant avec une responsabilité : continuer à les raconter. Nous aurons besoin de cette même ouverture des autorités, de l’accès aux données et aux experts, du lien avec les communautés et de l’engagement des partenaires pour permettre aux journalistes de faire leur travail”.

Pour les participants, le lancement s’achève. Le travail de l’Alliance Francophone des Médias et Journalistes contre le Paludisme en Afrique, lui, ne fait que commencer.

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