La République Démocratique du Congo s’est mise à l’arrêt ce dimanche. Dans les 26 provinces du pays, autorités, chefs religieux, survivants et populations se sont recueillis pour la 4e édition de la Journée nationale du Genocost. Objectif : honorer les millions de victimes des massacres commis depuis 1996 et réaffirmer la volonté de ne plus jamais oublier.
La cérémonie phare s’est tenue à Kinshasa, au Mémorial du Genocost. Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, y était aux côtés de la Première Dame, Denise Nyakeru Tshisekedi.
Après un long moment de silence, le Chef de l’État a pris la parole. Le ton était grave.
« Aujourd’hui, la République tout entière se tient debout, dans le silence, le recueillement et la dignité. Elle rend hommage aux millions de femmes, d’hommes et d’enfants victimes de guerre, des massacres, des déplacements forcés, des violences sexuelles et des autres atrocités qui ont endeuillé notre pays », a-t-il déclaré.
Pour le Président de la République, cette journée a une portée qui dépasse l’émotion. Il s’agit de fixer l’histoire.
« Notre nation rassemble sa mémoire, sa douleur et son espérance. Elle ne le fait ni pour raviver les blessures, ni pour demeurer prisonnière du passé, mais pour rétablir la vérité, rendre aux victimes la place qui leur revient dans notre histoire et préserver les générations futures du retour de l’innommable », a-t-il martelé.
Il a ensuite invité tous les Congolais à souscrire à trois engagements fondamentaux : “ne pas oublier”, “ne jamais laisser les atrocités se répéter” et “commencer à guérir”. Un chemin de guérison qui passe, selon lui, par 4 piliers : la vérité, la justice, la réparation et la solidarité nationale.
FONAREV ET CIAVAR : la mémoire qui devient une action
Le Directeur Général du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), Patrick Fata, a rappelé que le Genocost doit devenir un patrimoine commun.
« Le Congo se relèvera non pas par l’oubli, mais par la vérité ; non pas par la vengeance, mais par la justice ; non pas par le silence, mais par la mémoire », a-t-il affirmé.
Revenant sur l’actualité des violences dans l’Est, il a lancé un avertissement : « Le Genocost, ce sont des millions de vies interrompues. Le génocide n’est malheureusement pas un souvenir. Il demeure une tragédie en cours ».
De son côté, le Coordonnateur de la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes (CIAVAR), François Kakese, a salué les avancées sur le plan international. Selon lui, « la mémoire s’est transformée en action » grâce au renforcement du narratif national et aux progrès du processus de réparation.
Le ministre des Droits Humains, Samuel Mbemba, a présenté le thème de cette édition 2026 : « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? ». Pour lui, il faut désormais passer à l’appropriation collective pour prévenir le retour des atrocités.
Les témoignages de survivants ont marqué un moment d’intense émotion. Devant les autorités, des victimes ont raconté les violences subies. Leur message était le même : justice, réparation et reconnaissance.
Une mobilisation à l’échelle nationale
La commémoration n’était pas que kinoise. Elle a été observée sur toute l’étendue du territoire.
À Kenge dans le Kwango, le gouverneur Willy Bitwisila a conduit un culte œcuménique.
À Matadi au Kongo Central, le gouverneur Grâce Bilolo a appelé à promouvoir la justice et la réconciliation « afin que les auteurs des atrocités répondent de leurs actes ».
Dans l’Est meurtri, à Bunia en Ituri, le coordonnateur provincial du Fonarev, Xavier Macky, a réitéré l’engagement du Fonds pour la vérité et la réparation.
À Kisangani, l’Église du Christ au Congo et la communauté musulmane ont transformé la journée en moment de prise de conscience collective.
À Kananga au Kasaï Central l, les acteurs locaux ont plaidé pour que la parole des survivants reste au centre des commémorations.
Des dépôts de gerbes, des cultes et des marches silencieuses ont aussi eu lieu à Lubumbashi, Mbandaka, Tshikapa, Isiro, Opala et dans tous les autres chefs-lieux provinciaux.
Une mémoire qui entre à l’école
Instituée en 2022, la Journée du 2 août rend hommage aux victimes des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en RDC depuis le milieu des années 1990. Elle s’inscrit dans une dynamique de justice transitionnelle portée par le Fonarev et la Ciavar. Nouveauté de cette année : depuis 2026, le narratif du Genocost est officiellement intégré dans les programmes de l’enseignement primaire et secondaire. L’ambition est claire : transmettre cette mémoire aux jeunes générations pour que l’histoire ne se répète pas.
En se levant ce 2 août, la RDC a voulu envoyer un seul message : se souvenir pour guérir, et agir pour que plus jamais ça.
