Une opération de séduction à haut risque
La mission de l’émissaire présidentiel à Lubumbashi s’est achevée sur une promesse : celle de porter la voix du Katanga jusqu’à Kinshasa. Derrière ce geste d’apaisement se dessine une stratégie politique complexe, dans une région où la défiance envers le pouvoir central est à son comble.
Une mission d’écoute au cœur des tensions
Raphaël Katebe Katoto affirme avoir “écouté tout le monde” : forces sociales, culturelles et politiques. Son objectif déclaré était d’aller au-delà des échanges de circonstance pour “cerner le vrai problème de la communauté”.
Les doléances recueillies touchent au quotidien des populations, à l’insécurité et à la cohabitation entre communautés. Un notable local, Jean-Claude Muyambo Kyassa, a dressé un tableau préoccupant : “les Katangais se combattent mutuellement”, fragilisant la cohésion de la province.
Cette démarche s’inscrit dans un contexte plus large où le gouvernement a été instruit de renforcer les capacités opérationnelles des forces de défense dans l’espace Grand Katanga, face aux “poches d’insécurité” et aux conflits coutumiers persistants.
Entre neutralité affichée et agenda politique présumé
L’émissaire a tenu à écarter toute interprétation politique, notamment concernant son frère Moïse Katumbi : “Je ne suis pas ici pour un individu. Ma préoccupation principale, c’est la communauté”.
Pourtant, le retour de cette figure influente après plusieurs années d’absence, à quelques jours de la tournée présidentielle dans la région, interpelle. Des observateurs évoquent une tentative de rallier les Katangais au projet de changement constitutionnel, bien que Katebe rejette cette hypothèse : “Aujourd’hui, le changement de la constitution, ce n’est pas encore d’actualité”.
Un équilibre fragile entre Kasaïens et Katangais
La mission se heurte à des tensions identitaires profondes. Le président Tshisekedi, perçu comme “originaire du Kasaï”, suscite des soupçons dans une région marquée par des pogroms anti-Kasaïens dans les années 1990.
Les Katangais accusent le pouvoir central de tribalisme politique et de marginalisation, tandis que l’arrivée massive de Kasaïens est vécue comme un “envahissement” par une partie de la population locale. Le rappel des violences passées pèse lourdement sur le climat social.
Katebe a promis de réserver la “primeur” de ses conclusions au chef de l’État. Le rapport final, attendu dans les prochains jours, déterminera si cette tentative de rapprochement aboutira à un véritable apaisement ou restera une opération de communication sans lendemain.
Cette mission illustre les défis de la gouvernance en RDC : concilier les aspirations régionales avec un pouvoir central souvent perçu comme éloigné, dans un contexte de fragilité sécuritaire et de méfiance intercommunautaire.
En définitive, le pari de Katebe Katoto est risqué : réussir à rallier le Katanga sans raviver les tensions ethniques qui menacent la cohésion nationale.
