Le débat sur le dialogue national en RDC prend une tournure plus tranchée. Vendredi soir, le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi, de l’Université de Liège, invité du Space live de Stanis Bujakera Tshiamala, a livré un constat sans détour : un dialogue dit « inclusif » qui exclurait l’AFC/M23, principal acteur armé du conflit à l’Est, serait une contradiction dans les termes.
Pour l’analyste, la question n’est pas politique, elle est sémantique et pratique.
« Par définition, un dialogue inclusif ne peut exclure. Tous les acteurs impliqués dans le conflit doivent être associés, sans que cela ne fasse débat », a-t-il insisté.
Revenir sur le mot lui-même, c’est selon lui rappeler l’objectif du processus : réunir autour d’une même table ceux qui font la guerre et ceux qui en subissent les conséquences, pour traiter des causes et non seulement des symptômes.
Bob Kabamba juge illusoire de vouloir construire un front commun national tout en faisant l’impasse sur la réalité vécue dans l’Est. Il cite des faits concrets : banques fermées, pénurie de médicaments, difficultés d’accès aux passeports. Autant de problèmes du quotidien qui, selon lui, seront relégués au second plan si le dialogue n’aborde pas frontalement les causes profondes du conflit.
L’universitaire dit avoir passé en revue l’ensemble des textes, communiqués et accords publiés depuis le début de la crise. Y compris la feuille de route portée par la CENCO et l’ECC, les confessions religieuses.
Son constat : ils convergent tous vers la même exigence. Intégrer les causes profondes dans le processus de dialogue.
Or, poursuit-il, la position actuelle du gouvernement congolais s’écarte de cette ligne. D’où le risque, selon lui, de basculer dans ce qu’il appelle un « mono-dialogue ».
« Un exercice à sens unique mené du seul côté du pouvoir », résume-t-il. Autrement dit, un cadre d’échanges où l’on parle des autres sans les autres.
Bob Kabamba rappelle que l’inclusivité n’est pas une question nouvelle en RDC. Elle a toujours été un point de friction récurrent dans les tentatives de sortie de crise.
Le danger qu’il pointe est celui du “décrochage” : quand une partie prenante se sent exclue, elle quitte le processus, le discrédite, ou mène une guerre parallèle. Plusieurs dialogues précédents, dit-il, ont achoppé sur ce même écueil.
Pour éviter la répétition, l’analyste plaide donc pour un cadre qui assume la controverse : associer l’AFC/M23, même si cela crispe, parce que l’exclure reviendrait à dialoguer sans traiter le nœud du conflit à l’Est.
Au-delà des postures, la question posée par le professeur de Liège est celle de l’efficacité. Un dialogue peut-il ramener la paix s’il ne règle pas l’accès aux soins, à l’argent, aux documents d’identité dans les zones sous contrôle des groupes armés ? Peut-il produire de la légitimité s’il est perçu comme sélectif ?
En posant ces questions, Bob Kabamba ne tranche pas sur la forme que doit prendre la rencontre. Il rappelle seulement que le mot « inclusif » engage. Et que, dans l’histoire politique congolaise, chaque fois qu’il a été vidé de son sens, le processus a fini par se fissurer.
Le gouvernement, les confessions religieuses et la société civile poursuivent pour l’heure les consultations en vue de la convocation du dialogue. Reste à savoir si le cadre final assumera l’inclusivité revendiquée, y compris avec ses acteurs les plus contestés.
