Un dialogue politique ne peut produire une paix durable que s’il s’attaque aux causes profondes des conflits, sans compromettre les impératifs de sécurité de l’État. L’opposition politique soutient que la participation du M23 au dialogue constituerait une condition indispensable au retour de la paix. Lisez cette « carte blanche » de Steve Mbikayi sur l’illusion d’un dialogue avec cette rébellion.
Or, les rapports successifs des experts des Nations unies ont documenté l’implication du Rwanda dans le conflit à l’est de la République démocratique du Congo. Si tel est le cas, rien ne permet d’affirmer que la participation de ce mouvement à un dialogue suffirait à mettre définitivement un terme à une crise dont les ressorts dépassent largement l’existence d’une simple rébellion congolaise.
L’expérience recommande une certaine circonspection. Les précédents processus de paix ont été suivis de brassages et d’intégrations d’anciens combattants au sein des Forces armées. Si ces mécanismes ont, par moments, permis une accalmie, ils ont également favorisé l’infiltration de nos forces de défense et de sécurité par l’armée rwandaise. Dès lors, la perspective d’un dialogue avec la participation de l’AFC/M23 conduirait inéluctablement à un nouveau brassage. Une telle perspective est-elle dans l’intérêt de la République démocratique du Congo ?
À cette dimension sécuritaire s’ajoute une autre réalité : la complexité du dossier et le mobile de l’agression. Les repositionnements observés ces derniers mois rappellent que la crise dépasse le seul cadre militaire et s’inscrit dans un environnement politique et géopolitique particulièrement complexe. Dans ce contexte, la RDC pourrait être victime d’une stratégie mûrement élaborée de longue date.
Lorsque le Président de la République avait présenté l’ancien Président Joseph Kabila comme le véritable chef de l’AFC/M23, l’opposition avait dénoncé un procès d’intention. Par la suite, l’ancien Président a publiquement apporté son soutien à la démarche de l’AFC/M23.
Aujourd’hui, Corneille Naanga, Président officiel de ce mouvement évoquent ouvertement l’éventualité d’une prise de sa direction par Joseph Kabila. Dans la mesure où celui-ci avait, en sa qualité de Chef de l’État, officiellement combattu le M23 et qu’il est aujourd’hui présenté comme susceptible d’en prendre la tête, cette évolution ne fait-elle pas craindre l’existence d’un complot soigneusement préparé de longue date contre la République démocratique du Congo ?
Dès lors, soutenir que la participation de l’AFC/M23 à un dialogue entre Congolais constituerait une solution durable à la crise ne relève-t-il pas d’un sophisme ?
Les précédents dialogues dits inclusifs, auxquels participaient d’anciens mouvements rebelles soutenus par le même pays, n’ont pas empêché la naissance de nouvelles rébellions. Des cendres des précédentes rébellions en ont surgi d’autres.
Pouvons-nous continuer à reproduire les mêmes mécanismes tout en espérant obtenir des résultats différents ?
À cet égard, le Président de la République n’a-t-il pas raison de s’opposer à la participation de l’AFC/M23 à un dialogue dont l’objectif serait de constituer un front commun contre l’agresseur étranger ?
La prudence qu’il affiche quant au format du dialogue doit être comprise comme une exigence de responsabilité. Dialoguer est une nécessité. Préserver durablement la souveraineté de la République en est une autre. Entre ces deux impératifs, l’équilibre constitue sans doute le véritable défi.
Avant d’affronter l’agresseur et ses supplétifs, un front intérieur est nécessaire. Après, viendra une autre étape : les patriotes face aux puissances étrangères et leurs marionnettes.
