Haut-Katanga : À Kibasha, Serge Owadja mise sur le dialogue pour désamorcer la tension minière

Congo Nouveau
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Envoyé en urgence dans le territoire de Kambove, le ministre provincial des Mines du Haut-Katanga n’avait pas pour mission de faire de la figuration. Du 7 au 9 juillet, Serge Owadja a foulé le sol de Kibasha avec un ordre précis du gouverneur ad interim Martin Kazembe : empêcher que la colère des creuseurs artisanaux ne dégénère.

Depuis plusieurs jours, le climat était électrique. Les exploitants artisanaux accusaient les coopératives locales d’abus. Zones disputées, règles contournées, conditions de travail précaires. À Kibasha, la mine devenait moins un lieu de production qu’un point de friction prêt à exploser.

Plutôt que de débarquer avec des injonctions, Serge Owadja a commencé par écouter. Devant les creuseurs, il a reconnu la pénibilité du travail et rappelé la nécessité de se conformer au cadre légal. Le message était double : respect des droits des artisans, mais aussi respect des règles fixées par l’État.

La deuxième étape a consisté à réunir autour d’une même table les représentants des coopératives et les délégués des exploitants. Pas de rapport de force, pas de décision imposée. L’objectif était de faire émerger des concessions réciproques avant que la violence ne s’invite dans les carrières.

Trois jours de discussions ont suffi. Un compromis a été arraché. Les deux parties se sont engagées à respecter des modalités d’exploitation apaisées. Le ministre l’a dit sans détour : « Nous ne voulons plus que le sang des creuseurs soit versé ». À Kibasha, la pioche a repris, cette fois sous le couvert d’un accord.

Au-delà de la crise locale, l’intervention à Kibasha révèle une orientation plus large. Depuis Kinshasa, le pouvoir de Félix Antoine Tshisekedi pousse pour une gestion moins brutale des sites artisanaux. La priorité affichée : protéger les communautés et faire en sorte que les ressources profitent d’abord aux Congolais.

Le choix du dialogue à Kibasha s’inscrit dans cette logique. L’État provincial ne peut plus se contenter de communiqués. Il doit arbitrer, encadrer et parfois contraindre. Mais il doit aussi parler. C’est ce double impératif qu’a tenté d’incarner Serge Owadja sur le terrain.

La mine artisanale reste pourtant un nœud de contradictions. Elle fait vivre des milliers de familles mais échappe souvent au contrôle. Les coopératives réclament de l’ordre. Les creuseurs réclament de la justice. Entre les deux, l’autorité publique doit tracer une ligne qui évite l’affrontement.

Le compromis de Kibasha n’est donc pas une fin. C’est un test. S’il tient, il pourra servir de modèle pour d’autres sites du Haut-Katanga où les mêmes tensions couvent. S’il échoue, il rappellera que sans moyens de suivi et sans sanctions, les accords ne pèsent pas lourd face à l’appât du minerai.

Pour l’instant, le calme est revenu. Le ministre est reparti avec la promesse que les engagements seraient respectés. À Kibasha, l’enjeu n’est plus seulement de produire du cuivre ou du cobalt. Il est de prouver que la mine peut cesser d’être un lieu où l’on risque sa vie pour gagner la sienne.

Cedrick Katay Kalombo

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