Dans un document officiel publié par l’Ambassade du Rwanda aux États-Unis, Kigali reconnaît pour la première fois une coordination sécuritaire avec le M23, une annonce qui, loin d’apaiser les tensions, ravive les soupçons et les critiques. Derrière chaque déclaration des officiels rwandais, les observateurs congolais décèlent un poison diplomatique : une stratégie visant à présenter le M23 non pas comme une marionnette de Kigali, mais comme une rébellion endogène aux institutions congolaises.
Le discours rwandais : propagande ou sécurité ?
Selon Kigali, cette coopération serait dictée par des impératifs sécuritaires, notamment la lutte contre les FDLR. Mais pour Kinshasa, il s’agit d’un « faux prétexte ». Le Rwanda veut apparaître comme un État frontalier contraint de collaborer avec des forces locales pour sa propre sécurité.
La réalité, pourtant, est bien différente. Le M23 entretient des liens avérés avec l’Ouganda, notamment à Bunagana et Ishasha, où se multiplient les activités transfrontalières. Ce constat démontre que le M23 n’est pas une rébellion isolée, mais une organisation régionale instrumentalisée.
Le Rwanda, rusé, cherche à convaincre la communauté internationale qu’il est plus sûr de traiter avec ses « partenaires » rebelles qu’avec le pouvoir légitime de Kinshasa. Une stratégie qui fragilise l’État congolais et alimente la confusion dans les chancelleries étrangères.
Kagame et la légitimation du M23
Pour le président Paul Kagame, l’enjeu dépasse la simple sécurité ; Il s’agit de faire accepter au monde l’existence du M23 comme une cause interne du conflit à l’Est de la RDC. En saluant les propos de la diplomate rwandaise Mathilde Mukantabana, certains acteurs internationaux tombent dans le piège d’une reconnaissance implicite : d’un côté l’agression, de l’autre une rébellion, avec Kigali en simple soutien.
Cette stratégie vise à transformer une agression extérieure en conflit « congolo-congolais », une manière de diluer les responsabilités et de légitimer un groupe armé rejeté par la population congolaise.
Le spectre de Doha et les comparaisons internationales
Les négociations de Doha, imposées à Kinshasa par Washington, rappellent d’autres processus internationaux où des groupes armés ont été « légitimés » par la diplomatie. Le Qatar, par exemple, a soutenu Hayat Tahrir al-Sham en Syrie, tandis que la Turquie a joué un rôle majeur auprès de certains groupes sunnites contre le régime Assad.
Ces parallèles montrent que la stratégie rwandaise s’inscrit dans une logique globale : transformer une agression en conflit interne, et un groupe armé en interlocuteur politique. En acceptant de dialoguer avec le M23, Kinshasa se retrouve piégé dans un processus qui valide, malgré lui, l’existence d’un acteur illégitime.
Tshisekedi : « Je ne veux pas discuter avec des pantins »
En février 2025, le président Félix Tshisekedi avait prévenu : « Je ne veux pas discuter avec des Patins. » Une formule qui, à l’époque, avait semblé radicale, mais qui prend aujourd’hui tout son sens. Poussé vers Doha, Kinshasa s’est retrouvé dans un processus qui, malgré lui, légitime le M23 et entretient l’idée d’un conflit « congolo-congolais ».
Pour Tshisekedi, il n’y a pas de demi-mesure : c’est l’agression ou rien. Reconnaître le M23 comme interlocuteur, c’est accepter implicitement que la RDC est déchirée par une rébellion interne, alors que la réalité est celle d’une agression orchestrée depuis Kigali.
Une guerre de récits
Au-delà des combats sur le terrain, c’est une guerre de récits qui se joue. Le Rwanda veut imposer sa version : un conflit interne où il n’est qu’un voisin prudent. La RDC, elle, insiste sur l’agression extérieure et la manipulation régionale.
Dans cette bataille narrative, chaque mot compte. Saluer les propos d’une diplomate rwandaise, c’est risquer de légitimer une propagande. Appeler Kigali à se retirer, c’est admettre qu’il est présent, mais sans briser l’illusion d’une rébellion autonome.
Le conflit à l’Est de la RDC ne peut être réduit à une querelle interne. Il s’agit d’une agression planifiée, soutenue et assumée par Kigali. Le Rwanda, en reconnaissant sa collaboration avec le M23, ne fait que confirmer ce que Kinshasa dénonçait depuis longtemps.
Alors que la communauté internationale suit de près les développements sécuritaires dans l’Est de la RDC, où les affrontements entre l’armée congolaise (FARDC) et le M23 ont provoqué des déplacements massifs de populations et des crises humanitaires répétées. Elle doit faire un choix : accepter le récit empoisonné du Rwanda, ou reconnaître la réalité d’une agression qui menace la souveraineté congolaise.
Roger AMANI
