Le président du parti Ensemble pour la République est dans un silence stratégique ces derniers temps. Après avoir pris ses distances avec l’ancien président congolais Joseph Kabila, condamné à mort par contumace notamment pour organisation d’un mouvement insurrectionnel et participation criminelle avec l’AFC/M23, Moise Katumbi va-t-il rapprocher à nouveau du président Félix Tshisekedi ? C’est l’épineuse question qui triture les méninges dans les laboratoires politiques en RDC. Un de ses attaquants de pointe, le député national Christian Mwando renvoie des signaux qui donnent matière à réflexion.
Ces derniers, sous les armes de la 10ème Rue Limete, des combattants ne fomentent plus des pamphlets contre le dernier challenger principal de leur leader à la présidentielle de 2023. Sur les réseaux sociaux, Moise Katumbi a même des nouveaux défenseurs dans les rangs du pouvoir. Une seule attitude a déclenché ce comportement docile des combattants de l’UDPS : l’absence de Moise Katumbi Chapwe à la messe noire de Nairobi orchestrée par Joseph Kabila. Cette absence assourdissante du chairman alors qu’il a été vu en décembre 2024 à Addis-Abeba avec l’ancien Raïs de la RDC a été suffisante pour modifier le comportement à Kinshasa. Et Christian Mwando va davantage cimenter cette attitude en annonçant urbi et orbi que « Moïse Katumbi n’est ni derrière Joseph Kabila, ni son collaborateur ».
En effet, sur le plateau de « Dites-nous la vérité », face à la journaliste Elisée Odia, le président du groupe parlementaire Ensemble pour la République a mis fin à l’équivoque : entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi, le fil politique est encore rompu. « Ensemble pour la République n’accepte plus qu’un leadership naisse quelque part à son insu, qu’il y ait une locomotive et qu’Ensemble devienne un simple wagon », a lâché Christian Mwando. Ce député national du parti de Katumbi a fustigé la convocation « unilatérale » de l’opposition politique à ce conclave tenu à Nairobi sous le leadership de l’ancien chef de l’État. Mais pourquoi ? La raison n’est pas à chercher loin. Joseph Kabila est un homme du passé alors que Moïse Katumbi caresse encore l’ambition de devenir président de la République. Rester derrière Kabila, c’est faire ombrage à cette ambition. Une posture qui ne rapproche pas Katumbi de Félix Tshisekedi directement mais le place dans une situation de tolérance par le pouvoir de Kinshasa. Un pouvoir qui a fait de Joseph Kabila un paria après son rapprochement ainsi que ses éloges à la rébellion du M23. « C’est-à-dire, Katumbi demeure aux yeux du régime sur la liste des opposants républicains à l’instar de Denis Mukwege ou de Martin Fayulu », analyse un observateur politique qui souligne que tous les pressings exercés par Kinshasa sur Moise Katumbi étaient pour éviter une collusion de ce puissant businessman avec la rébellion armée.
Les perquisitions répétées ainsi que l’histoire de l’aérodrome de Mulonde rentrent dans cette logique. « Tshisekedi ne voulait pas que Katumbi se retrouve à financer la rébellion de l’AFC/M23 », explique un autre observateur de la vie politique en RDC. La présence de Christian Mwando dans les locaux de l’Union sacrée pour présenter la candidature d’Ensemble pour la République au poste de rapporteur adjoint du bureau de l’Assemblée nationale a suscité des nouveaux soupçons d’un rapprochement. Quand bien même le fils de feu patriarche Charles Mwando Nsimba n’a fait que respecter la loi de la majorité. Puisque ce sont les députés de l’Union sacrée qui devraient élire le candidat de l’opposition à ce poste. Le parti de Katumbi étant la première force de l’opposition, il est dans son droit de présenter un candidat à ce poste. Malgré les critiques d’Olivier Kamitatu, les soutiens à Moise Katumbi et Christian Mwando pleuvent sur les réseaux sociaux, clouant Kamitatu au pilori.
CN